Un Conseil présidé par Denis Sassou Nguesso
À 10 heures précises, la salle des banquets du Palais du Peuple s’est remplie de ministres, conseillers et hauts fonctionnaires, tous tournés vers la table ovale où siège le président Denis Sassou Nguesso, maître de cérémonie d’un Conseil des ministres jugé crucial.
Pendant deux heures quinze, le gouvernement a passé au crible neuf dossiers touchant la terre, l’énergie et l’intégration économique, avec pour fil conducteur la consolidation de la croissance et la quête d’emplois durables dans un contexte régional exigeant.
Réserve de Hollmoni : la potasse propulse Kouilou
Premier texte validé, le décret autorise la société Luyuan des Mines Congo à occuper 578 hectares à Hollmoni, dans le Kouilou, pour bâtir un terminal portuaire destiné aux granulés de potasse, minerai très demandé par l’agriculture mondiale.
L’investissement annoncé dépasse deux cents millions de dollars et doit générer mille cinq cents emplois directs pendant la construction, puis plus de huit cents postes permanents lors de l’exploitation, soit un levier social majeur pour cette zone littorale encore peu industrialisée.
Selon un cadre du ministère des Affaires foncières, la concession comprend également la restauration de mangroves fragiles, condition fixée par le gouvernement afin d’aligner le projet sur les engagements climatiques pris lors de la COP-27.
Déclassement stratégique à Dolisie
Le Conseil a ensuite validé le déclassement de plusieurs parcelles bâties à Dolisie et leur cession gratuite à la Banque des États de l’Afrique centrale, ouvrant la voie à l’implantation d’une nouvelle agence bancaire dans la troisième ville du pays.
Pour les habitants du Niari, la présence de la BEAC devrait fluidifier les transactions, soutenir les PME forestières et agricoles, et réduire les coûts liés aux transferts, analyse un économiste local qui y voit un « signal de déconcentration bancaire attendu depuis dix ans ».
Un pacte énergétique ambitieux pour 2030
Sous l’impulsion du ministre Émile Ouesso, le gouvernement a adopté le Pacte national énergétique, traduction congolaise de l’initiative panafricaine lancée à Dar es-Salam et visant un accès universel à l’électricité d’ici 2030, particulièrement en zones rurales.
Les priorités incluent la réhabilitation des barrages, l’enfouissement de lignes vétustes et l’ouverture accrue au capital privé afin d’alléger la dette des sociétés publiques, sans renoncer à la tarification sociale qui protège les ménages modestes.
Brazzaville mise sur l’intégration régionale avec la CEEAC pour mutualiser les surplus hydroélectriques et sécuriser la desserte pétrolière des centrales thermiques, démarche jugée « essentielle pour réduire les coûts de production de 20 % », selon une note interne.
Statistiques, BAD et leadership régional
Au chapitre économique, le ministre Ludovic Ngatse a détaillé la transition vers le Système de Comptabilité Nationale 2008, nouvel outil censé mieux mesurer l’économie informelle et le capital naturel, points clés pour valoriser la forêt congolaise dans les financements carbone.
Cette modernisation statistique arrive alors que le Congo prend, à Abidjan, la présidence du Conseil des gouverneurs de la Banque africaine de développement, événement salué par les partenaires qui y voient la confirmation d’une expertise réformatrice patiemment construite.
CEEAC et CEMAC : diplomatie proactive
Devant ses pairs à Sipopo, le président Sassou Nguesso a soutenu la nomination du Burundais Ezéchiel Nibigira à la tête de la CEEAC, gage de continuité dans la réforme institutionnelle engagée depuis Libreville et centrée sur la paix régionale.
Quelques jours plus tard à Bangui, il a transmis la présidence tournante de la CEMAC au Congo, exposant un programme de réformes économiques et financières qui mise sur la convergence budgétaire, la diversification hors pétrole et une meilleure mobilité des capitaux.
Ce leadership régional nourrit les candidatures congolaises aux postes multilatéraux, notamment la direction générale de l’UNESCO, démarche que la diplomatie de Brazzaville qualifie de « logique pour un pays pivot entre bassins du Congo et du Golfe de Guinée ».
Capital humain et nominations
Le Conseil a par ailleurs entériné la nomination de Jean-Noël Ngouedy Makota à la tête du Domaine de l’État et de Dimitri Presley Diambou Bounkita à l’Inspection générale des PME, choix salués pour leur expérience technique et leur connaissance du terrain.
À travers ces promotions, l’exécutif affirme sa volonté de renforcer l’ingénierie administrative indispensable à la sécurisation foncière et à l’accompagnement des artisans, deux piliers identifiés dans le Plan national de développement 2022-2026.
Ce qu’il faut retenir
De la potasse du Kouilou à l’énergie verte, du nouveau cadre statistique à l’offensive diplomatique, le Conseil des ministres du 17 septembre confirme une ligne gouvernementale axée sur la création d’emplois, la modernisation des infrastructures et l’affirmation d’un Congo moteur au sein des organisations régionales.
Le point économique
Au ministère de l’Économie, l’adoption du référentiel SCN 2008 permettra de recalculer le PIB dès 2026 ; les premières estimations internes suggèrent une hausse apparente de quinze à vingt pour cent, chiffre qui améliorera le ratio dette-PIB sans recourir à un moratoire.
Les économistes préviennent toutefois que l’expansion statistique ne remplace pas les réformes structurelles ; ils insistent sur l’exécution rapide des projets sélectionnés, car chaque journée de retard dans la levée de fonds retarde la création d’emplois promis à la jeunesse urbaine.
