Contexte institutionnel et rôle du CSLC
Le décret présidentiel n°2025-340 du 7 août 2025, nommant Médard Milandou Nsonga à la tête du Conseil supérieur de la liberté de communication, intervient dans un moment charnière pour le paysage médiatique congolais, marqué par une expansion numérique rapide et des attentes accrues de transparence.
Institué en 2001, le CSLC est chargé de garantir l’équilibre entre la liberté d’expression, le pluralisme des opinions et la responsabilité éditoriale. Ses décisions servent d’arbitre entre pouvoirs publics, organes de presse et citoyens, dans un contexte institutionnel où la cohésion sociale reste prioritaire.
Portrait de Médard Milandou Nsonga
Peu médiatisé hors des cercles culturels, Médard Milandou Nsonga est avant tout journaliste de formation. Il a fondé le festival Tam-Tam d’or, consacré à la valorisation du patrimoine musical, et dirigé de grandes cérémonies officielles, développant ainsi un sens aigu de la médiation publique.
Son passage au sein du collège du CSLC, depuis mai 2025, lui a offert un apprentissage accéléré des rouages réglementaires. Un proche confie qu’il « écoute beaucoup et agit prudemment », qualité appréciée dans un organe qui privilégie la recherche du consensus aux décisions spectaculaires.
Renforcer la régulation et l’indépendance
Dès sa prise de fonctions, le nouveau président a souligné que la sécurité juridique des journalistes constituait sa « préoccupation cardinale ». Il envisage de renforcer les textes d’application du Code de la presse pour clarifier les motifs de suspension et réduire les marges d’interprétation.
L’indépendance du CSLC demeure toutefois un enjeu délicat. D’après le constitutionnaliste Guy Ibovi, « les garanties existent, mais elles passent par la pratique quotidienne ». Médard Milandou entend institutionnaliser des audiences publiques mensuelles afin que les décisions soient motivées et accessibles.
Sur la dimension économique, le régulateur veut ouvrir un dialogue tripartite avec le ministère des Finances et les organisations professionnelles pour imaginer des incitations fiscales dédiées à la modernisation des rédactions, sans compromettre la neutralité éditoriale ni le principe d’autofinancement progressif.
L’enjeu incontournable du numérique
La scène numérique congolaise compte plus de deux cents plateformes d’information, dont une majorité animée par de jeunes équipes installées à Brazzaville et Pointe-Noire. Jusqu’ici, leur statut demeurait flou, oscillant entre simple blog et entreprise de presse au sens juridique.
Le CSLC projette de publier, d’ici la fin 2025, un référentiel rédéfini pour les médias en ligne, assorti d’un dispositif de formation certifiant. Selon une note interne consultée par nos soins, une trentaine de formateurs seraient mobilisés en partenariat avec l’UNESCO et l’organisation régionale Ciltac.
Ce que réclament les rédactions
Dans les salles de rédaction, la nomination a été accueillie avec prudence. « Nous évaluerons le président sur sa capacité à garantir l’accès à l’information publique », indique Marie-Noëlle Taty, directrice du quotidien Les Dépêches. Elle rappelle que seule une minorité de conférences de presse institutionnelles est ouverte aux médias privés.
Pour l’ONG Reportage Sans Frontières Congo, il est crucial d’établir un mécanisme de protection des sources, aligné sur les meilleures pratiques africaines. Le CSLC envisage, selon nos informations, un protocole avec la police judiciaire pour proscrire les convocations directes de journalistes hors réquisition judiciaire.
Vision régionale partagée
Le Congo-Brazzaville occupe la 117e place de l’indice africain de développement des médias, selon l’UA. Les autorités ambitionnent d’intégrer le top 80 en 2028, objectif qui suppose une synergie accrue entre régulateur, opérateurs télécoms, universités et organisations de la société civile.
Dans ce cadre, la présidence du CSLC a entamé des pourparlers avec ses homologues du Cameroun et du Gabon pour mutualiser la veille sur la désinformation transfrontalière. Un centre d’alerte conjoint pourrait voir le jour à Ouesso, carrefour stratégique des trois pays.
Une loi modernisée en préparation
Le gouvernement travaille parallèlement à l’actualisation de la loi de 2002 sur la liberté de communication. Un avant-projet consulté par notre rédaction introduit un chapitre dédié aux contenus audiovisuels à la demande, visant à intégrer les services de streaming sous l’autorité du CSLC.
Cette révision devrait aussi préciser les critères de reconnaissance du statut de journaliste indépendant, jusque-là défini par simple affiliation à une rédaction. Les associations professionnelles plaident pour un enregistrement auprès du CSLC garantissant l’accès aux formations et aux éventuelles aides publiques.
Gouvernance participative recherchée
Pour atténuer la méfiance, Médard Milandou a annoncé la création d’un Conseil consultatif regroupant représentants des médias, des ONG et du secteur privé. Organe non décisionnel, il pourra formuler des avis publics, renforçant ainsi la légitimité des arbitrages rendus par le CSLC.
Cette ouverture est saluée par la Haute-Commissaire aux droits humains, Antoinette Dinga-Dzondo, pour qui « le dialogue assuré par le CSLC constitue un pilier de la gouvernance démocratique dans notre pays ». Les observateurs attendent désormais un calendrier précis et des indicateurs d’évaluation partagés.
Stabilité sociale et information fiable
Au-delà des réformes techniques, la fonction du CSLC touche à la cohésion nationale, car la circulation d’informations fiables contribue à apaiser les tensions identitaires. Une étude de l’Université Marien-Ngouabi démontre que la confiance envers les médias progresse quand les mécanismes de régulation sont jugés transparents.
