Brazzaville muscle sa riposte choléra
Réunis fin août 2025 à Brazzaville, trente-deux cadres des ministères, partenaires humanitaires et responsables sanitaires ont décortiqué, durant deux jours, les ressorts de la communication sur les risques et l’engagement communautaire afin de mieux contenir la flambée de choléra.
L’initiative, appuyée par l’OMS et le ministère de la Santé et de la Population, prolonge l’atelier national des formateurs organisé quelques jours plus tôt et confirme la volonté des autorités d’ancrer la préparation sanitaire au cœur des politiques publiques.
Dans la salle, experts en infodémiologie, médecins, chargés de communication sectorielle ou point focaux départementaux ont confronté leurs pratiques, parfois disparates, pour élaborer un langage commun et des outils de réponse rapides, coordonnés et scientifiquement étayés.
La méthode CREC décryptée
L’approche CREC, déjà testée lors des urgences Ebola en Afrique de l’Ouest, s’articule autour de trois phases : préparation, réponse puis réhabilitation, avec une attention constante portée à la perception des communautés et à la lutte contre la désinformation.
Pour Dr Vincent Dossou Sodjinou, représentant de l’OMS au Congo, « il serait illusoire de réussir un programme d’hygiène sans l’adhésion active des ménages ». Sa mise en garde résonne comme un fil rouge : former, c’est aussi instaurer la confiance.
Une formation à haute valeur ajoutée
Aux manettes pédagogiques, Barry Rodrigue, expert régional basé au Hub OMS de Dakar, a alterné exposés théoriques, jeux de rôle avec les médias et exercices d’analyse comportementale, rappelant qu’une alerte sanitaire se gagne autant sur le terrain que sur les ondes.
Les participants ont produit, en petits groupes, des plans de communication simulant une montée de cas à Pointe-Noire : messages radio en kit, fiches d’échanges porte-à-porte, briefing d’influenceurs et stratégie de veille sur les réseaux sociaux pour étouffer les rumeurs.
Un module a été consacré à la collecte de données qualitatives en temps réel, indispensable pour ajuster la réponse. « Les chiffres bruts ne suffisent pas ; il faut savoir ce que les familles ressentent », insiste Mireille Moussangou, point focal du département du Kouilou.
La session a également passé au crible l’infodémiologie, science jeune qui dissèque la circulation des informations sur Internet : repérer les pics de rumeurs, qualifier leur viralité et concevoir des contre-messages crédibles avant que la méfiance ne s’installe.
Capitaliser les acquis
En marge de la formation, un document de capitalisation a été lancé : il répertorie outils, protocoles et retours d’expérience, et sera diffusé dans les onze départements via la plateforme numérique Santé-Info mise en service par le gouvernement congolais en 2024.
Cette circulation de la connaissance doit faire des trente-deux bénéficiaires des relais capables d’accompagner les collectivités, les chefs religieux et les radios de proximité, afin que chaque acteur se sente copropriétaire de la vigilance sanitaire.
Au total, plus de quatre-vingts agents ont été formés en quatre jours, entre l’atelier des 21-23 août et la session CREC, un chiffre salué par le Programme national de lutte contre le choléra qui y voit un jalon vers l’éradication.
Voix des partenaires
Sur le terrain, les partenaires techniques soulignent la cohérence de l’ensemble. « Les modules sont calqués sur les orientations du Plan national de développement 2022-2026 », rappelle Marcel Mahoulou, conseiller au ministère de l’Économie, convaincu que la santé publique soutient la croissance.
La Banque mondiale et l’UNICEF ont fait part de leur intérêt pour soutenir la reproduction de l’atelier dans les zones rurales du Niari et de la Sangha, où l’accessibilité aux services de base complique souvent la diffusion des messages de prévention.
À retenir
Trois enseignements se détachent : la CREC réduit les délais de réaction, l’implication des influenceurs locaux accroît la couverture des messages, et la collecte d’indicateurs qualitatifs affine la décision politique. Ces axes structureront les futures simulations d’urgence.
Le point sanitaire
Selon la direction de l’épidémiologie, onze districts sanitaires sur quarante-huit restent classés à risque moyen, mais aucun foyer actif n’a été signalé depuis juillet. Le gouvernement table sur une certification de contrôle total du choléra d’ici fin 2026.
Pour atteindre cet objectif, le ministère de la Santé prévoit d’intégrer la CREC dans tous les exercices de simulation et de renouveler, chaque semestre, les compétences des radio-animateurs communautaires, considérés comme première ligne d’alerte.
Au-delà de la crise actuelle, cette stratégie de communication participative pourrait devenir un standard pour d’autres priorités sanitaires : vaccination de routine, paludisme ou lutte contre les maladies hydriques, soulignant la vision préventive prônée par les autorités congolaises.
Innovation numérique en soutien
Une application mobile, actuellement en phase pilote à Brazzaville, permettra bientôt de signaler en un clic toute suspicion de cas et d’obtenir les conseils validés par la task-force. Les stagiaires ont testé l’outil et proposé des améliorations pour les zones à faible connectivité.
Parole partagée, santé protégée
En définitive, la formation CREC confirme la doctrine congolaise : la sécurité sanitaire repose autant sur les laboratoires que sur la parole partagée. Mieux s’écouter pour mieux protéger, tel est le credo qui oriente désormais la lutte contre les épidémies.
