La rentrée se précise
À la veille de la reprise officielle des cours fixée au 1er octobre 2025, les autorités congolaises ont mis en scène, à Brazzaville, une distribution symbolique de manuels de français et de mathématiques destinée aux départements ruraux et semi-urbains.
L’initiative, pilotée par le ministre Jean-Luc Mouthou, marque la seconde phase d’un programme lancé l’an dernier et ambitionne de combler la pénurie chronique d’ouvrages scolaires dans les zones les plus enclavées.
En présence des préfets des Plateaux, du Pool, de la Cuvette, de la Cuvette-Ouest, de la Sangha et de la Likouala, le membre du gouvernement a rappelé que « l’école ne saurait attendre » et que l’exécutif se dit techniquement prêt pour un démarrage ponctuel.
Cette mise à disposition de connaissances tangibles se veut un signal envoyé aux familles souvent fragilisées par le coût matériel de la scolarité, d’autant que nombre de parents redoutaient un report de rentrée au regard des discussions syndicales.
Un geste fort pour l’équité scolaire
Au total, 252 250 manuels de mathématiques et 198 050 de français sortiront des entrepôts de l’Institut national de recherche et d’action pédagogique, a détaillé son directeur général Augustin Nombo, soulignant une production locale qui réduit la dépendance aux importations.
La répartition s’appuie sur le nouveau découpage administratif afin que la dotation suive la croissance démographique des districts reculés, où plusieurs classes se partagent encore un seul manuel par discipline.
Pour Mireille Ouassanda, institutrice à Impfondo, « un enfant qui tourne la page au même rythme que l’enseignant gagne une confiance précieuse ». À ses yeux, l’équité passe d’abord par la présence matérielle de livres au pupitre.
Des contenus revisités pour de meilleurs apprentissages
Conçus selon l’approche par compétences, les nouveaux ouvrages condensent des situations concrètes tirées du quotidien congolais : parcours de pêche sur le fleuve, marché vivrier, chantier forestier.
Les illustrations simplifiées, réalisées avec des graphistes nationaux, facilitent la mémorisation des sons difficiles du français ou des tables de multiplication, précise l’équipe éditoriale.
Chaque séquence renvoie l’enseignant à une fiche pédagogique téléchargeable depuis la plateforme du ministère, une première qui, selon ses concepteurs, uniformisera la qualité de l’accompagnement jusque dans les salles de classe fluviales.
Le choix des deux disciplines n’est pas anodin : les évaluations nationales montrent que la maîtrise de la lecture en troisième année peine à dépasser 45 %, tandis que seuls quatre élèves sur dix réussissent les opérations à deux chiffres.
Anticiper les inquiétudes sociales
La rentrée se profile sur fond de revendications portées par des syndicats d’enseignants volontaires et communautaires, inquiets de la régularisation de leur statut et du paiement de primes arriérées.
Jean-Luc Mouthou relativise : « Les crispations accompagnent toujours les grands rendez-vous scolaires. Nous sommes à l’écoute et des réponses concrètes seront annoncées avant la Toussaint ».
Cette fermeté nuancée s’appuie sur la feuille de route sociale adoptée en Conseil des ministres, prévoyant un audit des effectifs, la conversion progressive des volontaires méritants en contractuels et un renforcement des inspections itinérantes.
Un dispositif de suivi pour garantir l’impact
Outre la distribution, le ministère lance une campagne de formation éclaire de 1 200 encadreurs pédagogiques chargés de coacher les équipes d’école sur l’usage rationnel des manuels et la maintenance des stocks.
Un système numérique de codes QR présents sur les couvertures permettra de tracer chaque ouvrage depuis l’entrepôt jusqu’à la salle de classe, un pas de plus vers la lutte contre la revente illicite.
Les premières missions de contrôle, prévues en novembre, dresseront une cartographie des besoins restants et pourraient déboucher sur une troisième vague d’impression dès 2026, ont confié des sources proches du projet.
Perspectives d’une stratégie nationale du livre scolaire
À travers cette opération, Brazzaville teste un modèle de chaîne de valeur intégrée, de la conception à la distribution, susceptible d’être étendu à l’histoire-géographie et aux sciences dès le prochain budget.
Le directeur de cabinet du ministre évoque déjà des partenariats avec des imprimeurs de Pointe-Noire pour abaisser les coûts et soutenir l’emploi local, tandis que des discussions avec la Banque mondiale portent sur une éventuelle ligne de crédit.
Au-delà du quantitatif, la stratégie devra inclure la promotion des langues nationales et l’accessibilité pour les apprenants à besoins spécifiques, rappellent plusieurs ONG éducatives.
Mais pour l’heure, l’image de centaines de cartons scellés quittant la capitale rassure des parents déjà confrontés à la hausse des fournitures : elle incarne, selon eux, la promesse d’une rentrée moins inégale.
Si les camions atteignent leurs destinations sans encombre, chaque élève de CP1 au CM2 des six départements concernés disposera enfin d’un manuel personnel, petite révolution dans un pays où l’écrit circule encore de main en main.
Le point économique
Le point éco : avec un coût moyen estimé à 2 600 F CFA l’unité, l’investissement global atteint environ 1,17 milliard F CFA, financé sur le budget national et un appui de l’UNESCO, selon des chiffres communiqués par le Trésor.
À retenir
À retenir : la livraison des manuels constitue l’un des cinq engagements prioritaires du Plan d’action éducatif 2024-2028, aux côtés de la construction de 600 salles de classe et du recrutement de 3 000 nouveaux enseignants.
