Impulsion présidentielle pour la salubrité
Le premier samedi d’octobre, Brazzaville a renoué avec la vaste opération d’assainissement mensuel voulue par les autorités, rappelant l’exigence présidentielle d’une capitale exemplaire sur le plan hygiénique.
Instituée il y a cinq ans, la tradition mobilise administrations, organisations citoyennes et élus locaux afin de combattre durablement l’insalubrité qui menace la santé publique et l’image du Congo.
Cette édition coïncidait avec la veille de la rentrée scolaire, offrant l’occasion d’un message fort: un environnement propre est un prérequis pédagogique aussi important que les manuels ou les salles de classe.
Trois ministres sur le terrain
Juste Désiré Mondélé, Jean-Luc Mouthou et Ghislain Thierry Maguessa Ebomé ont sillonné trois établissements pour manier râteaux, pelles et sacs, sans protocole superflu, devant des élèves intrigués puis enthousiastes.
Le cortège ministériel s’est d’abord arrêté au complexe scolaire de la Révolution, symbole du renouveau éducatif légué par le chef de l’État, où cours intérieurs et fossés ont été curés.
À Mpila, au lycée technique 5-Février 1979, enseignants et anciens élèves ont prêté leurs bras, rappelant que la formation professionnelle passe aussi par le civisme environnemental.
Focus sur la Révolution
Construit dans les années quatre-vingt, le complexe de la Révolution accueille plus de trois mille collégiens et lycéens répartis en double flux, générant quotidiennement plusieurs tonnes de déchets solides.
L’absence ponctuelle de collecte municipale avait favorisé l’accumulation de détritus derrière les laboratoires de sciences, un espace sensible enfin dégagé grâce à la synergie gouvernement-société civile.
« Nous respectons le bien que le président nous a confié, il nous appartient de le préserver », a insisté Jean-Luc Mouthou devant un parterre d’enseignants soulagés.
Mpila et la mémoire du 5-Février
Le lycée technique 5-Février 1979, inauguré après la disparition tragique de l’ancienne école lors de l’explosion de 2012, demeure un repère pour la jeunesse de Ouenzé.
Les ateliers de mécanique et d’électricité ont été vidés des gravats qui s’accumulaient depuis la dernière saison des pluies, sécurisant machines et couloirs de circulation.
À l’issue de l’opération, le proviseur a remercié la délégation pour « ce coup de balai porteur d’espoir » et promis d’intégrer le tri sélectif dans les cours de technologie.
L’école de Mikalou, un cas d’école
La délégation s’est ensuite engouffrée dans les rues sablonneuses de Djiri pour rejoindre l’école primaire 5-Février 1979 de Mikalou, minée par l’érosion et les crues de la Tsiémé.
Certaines salles sont désormais englouties, d’autres s’affaissent; la cour, transformée en savane, sert aussi de dépotoir improvisé et de plantation vivrière pour les riverains.
L’image, saisissante, a renforcé la volonté ministérielle de prioriser des travaux structurants, tout en réhabilitant l’entretien régulier confié aux comités de parents d’élèves.
Une mobilisation communautaire
Le chef de quartier, Marcel Ngnelibolo, avait déjà convoqué notables et jeunes pour débroussailler l’école avant même l’annonce officielle, preuve d’une conscience citoyenne qui grandit.
Il se réjouit d’une « coïncidence heureuse » et souligne que les nouveaux bâtiments édifiés par le ministère préscolaire permettent déjà de reloger les écoliers d’Emeraude.
Habitants, ONG et élèves ont ainsi rempli des dizaines de sacs, pendant que les brigades municipales chargeaient les bennes, préfigurant un modèle de gestion partagée des déchets.
À retenir
La journée d’assainissement s’ancre désormais dans le calendrier scolaire, rappelant aux communautés éducatives que propreté, santé et réussite sont indissociables dans la vision gouvernementale.
L’implication directe de trois ministres confère une portée exemplaire à l’initiative et pourrait stimuler des campagnes similaires dans d’autres secteurs publics, à Brazzaville comme en province.
Le point éco
Assainir coûte moins cher que réparer; selon les services techniques, le curage préventif des caniveaux d’une école représente à peine 2 % du budget nécessaire à une reconstruction après effondrement.
La démarche soutient en outre l’économie circulaire, les déchets plastique collectés pouvant alimenter la filière de recyclage émergente portée par des start-up congolaises.
Une étude pilotée par l’université Marien-Ngouabi estime que chaque tonne de plastique valorisée pourrait générer dix emplois locaux, argument supplémentaire pour pérenniser les collectes scolaires.
Persistance des défis
La pérennité dépendra d’une collecte régulière, d’abris pour les bennes et d’une éducation à l’hygiène dès la maternelle, point souligné par plusieurs directeurs d’école.
Le flux d’élèves croît chaque année; or, sans infrastructures renforcées, l’assainissement risquera de rester curatif plutôt que préventif, avertissent certaines ONG partenaires de l’opération.
Le ministère prépare un guide technique simplifié qui sera distribué aux chefs d’établissement pour standardiser les bonnes pratiques et faciliter l’appui des collectivités locales.
Perspectives pour l’année scolaire
À une semaine des premiers cours, les élèves retrouveront des enceintes assainies, ce qui pourrait réduire l’absentéisme lié aux maladies hydriques, espère la direction départementale de la Santé.
Juste Désiré Mondélé envisage déjà d’élargir la campagne aux marchés et hôpitaux, afin de bâtir une chaîne continue de salubrité depuis l’école jusqu’au lieu de travail.
La prochaine étape aura lieu le premier samedi de novembre; d’ici là, la sensibilisation se poursuivra en classe, confirmant l’alliance entre éducation et développement durable.
