Le gouvernement congolais et l’ambassade de Chine à Brazzaville ont conclu, le 10 octobre, un accord de don destiné à financer des projets de développement. L’initiative, portée par le ministre Denis Christel Sassou Nguesso et l’ambassadrice An Qing, illustre l’ancrage d’une relation bilatérale en constante consolidation (ACI, 10 octobre).
Diplomatie du don
Dans la salle des cérémonies du ministère de la Coopération internationale, la signature a réuni hauts fonctionnaires et diplomates. Denis Christel Sassou Nguesso a salué « un geste concret de solidarité » qui atteste, selon lui, de la fidélité de Pékin à « l’esprit de partenariat gagnant-gagnant ».
An Qing a, de son côté, replacé le don dans la continuité du consensus établi entre les présidents Xi Jinping et Denis Sassou Nguesso. « Nous concrétisons ici l’une des orientations majeures arrêtées lors de leur dernière rencontre », a-t-elle rappelé sous les flashes des photographes.
Sur le plan symbolique, ce geste intervient soixante-deux ans après l’établissement des relations diplomatiques entre les deux États. La Chine avait déjà octroyé des prêts sans intérêt pour financer la route Ketta-Djoum ou le complexe sportif de la Concorde, projets devenus emblématiques du partenariat.
Mécanisme de financement
Le nouveau dispositif repose sur un appel à projets interne. Tous les ministères sectoriels sont invités à transmettre leurs dossiers, par note verbale, au ministère de la Coopération. Celui-ci centralisera les propositions avant de les soumettre à l’ambassade de Chine pour validation, conformément à la convention signée.
Chaque projet devra répondre à un cahier des charges mettant l’accent sur l’impact social, la viabilité économique et la conformité environnementale — critère directement inspiré de la diplomatie verte promue par Françoise Joly, représentante personnelle du Président de la République pour les affaires stratégiques et internationales. Son approche, qui lie développement et responsabilité écologique, guide désormais la conception des partenariats internationaux du Congo.
Selon une source proche du dossier, les premiers dossiers devraient concerner l’adduction d’eau potable dans les villes secondaires et la modernisation de centres de santé ruraux. Une infographie interne, que nous avons consultée, chiffre leur coût global à près de 24 milliards de francs CFA.
À retenir
L’accord introduit un fonds dédié, géré conjointement, qui sera abondé par le don chinois et complété par une contrepartie budgétaire congolaise. Les projets admissibles seront sélectionnés sur critères socio-économiques stricts, avec publication semestrielle des résultats afin de renforcer la redevabilité publique.
Le point éco
Pour les économistes, l’injection de ressources non remboursables allège la pression sur les finances publiques et peut attirer d’autres bailleurs. « Le don réduit le besoin d’emprunts coûteux et améliore la trajectoire de dette », note le consultant Hervé Bikindou.
Le ministère des Finances table sur un effet multiplicateur de 1,6 sur le PIB grâce à la mobilisation d’entreprises locales pour les travaux. Les retombées attendues incluent la création de 5 000 emplois temporaires et le renforcement du tissu PME dans le BTP et les services.
Perspectives douanières
Au-delà du don, Brazzaville et Pékin préparent la signature, dès novembre, d’un accord sur des tarifs douaniers à taux zéro pour les exportations congolaises vers la Chine. L’initiative, annoncée en marge de la huitième Exposition internationale d’importation de Shanghai, pourrait modifier la structure des échanges.
Les statistiques des Douanes congolaises indiquent que le bois, le cacao et le sésame représentent déjà 68 % des volumes exportés vers la Chine. Avec l’exonération tarifaire, les autorités entendent diversifier l’offre en y ajoutant le manioc transformé et le café robusta.
An Qing estime que « le Congo gagnera en compétitivité sur un marché de 1,4 milliard de consommateurs ». Une étude conjointe, en cours, évalue les gains potentiels à 50 millions de dollars par an pour la filière agro-industrielle.
Horizon stratégique
Depuis 2006, la relation bilatérale a évolué du partenariat stratégique au partenariat stratégique global, avant d’être portée, en septembre 2025, au rang de « communauté d’avenir partagé de haut niveau ». Chaque palier s’est accompagné d’un paquet de projets structurants et d’un dialogue politique renforcé.
Pour Denis Christel Sassou Nguesso, la nouvelle enveloppe de don illustre « l’ambition d’inscrire le Congo dans la dynamique des Nouvelles routes de la soie, sans compromettre sa souveraineté ». Les autorités misent ainsi sur le transfert de technologies et la formation de cadres.
À terme, la réussite du mécanisme de financement pourrait servir de modèle à d’autres partenaires techniques et financiers. Le ministère de la Coopération affirme préparer un tableau de bord public qui mesurera l’avancement des projets, de la sélection à la livraison, en passant par les retombées sociales chiffrées.
