Au cœur de l’hommage national
Le Palais des congrès de Brazzaville a revêtu, le 13 octobre, ses drapeaux de deuil pour saluer André Georges Mouyabi. Devant le chef de l’État, Denis Sassou Nguesso, parlementaires, ministres, diplomates et anonymes ont mêlé recueillement et gratitude.
En déposant une gerbe sur le cercueil, le président de la République a rappelé « le sens du devoir et la loyauté d’un grand serviteur de l’État ». Le geste scellait l’adieu de la communauté nationale avant le transfert de la dépouille vers le village natal, Ditadi.
Un itinéraire politique singulier
Né en 1935 dans la Bouenza, Mouyabi franchit les bancs du collège moderne de Dolisie avant d’embrasser la fonction publique. Dès 1965, il devient commissaire du gouvernement à Dolisie, révélant un goût prononcé pour l’administration de proximité.
Élu, un an plus tard, président de l’Assemblée nationale, il conduit l’hémicycle jusqu’à sa dissolution en 1968 par le président Alphonse Massamba-Débat. L’épisode, loin d’entamer son engagement, l’incite à investir d’autres champs ministériels.
Tour à tour, il pilote l’Industrie et les Mines, l’Urbanisme, puis la Fonction publique. Chaque portefeuille nourrit sa réputation de technicien appliqué, adepte d’un dialogue feutré plutôt que de tribunes résonnantes.
Des chantiers qui ont marqué l’économie
Au ministère de l’Industrie, il défend la diversification des exportations, encore polarisées sur le pétrole. Ses notes internes plaident pour la relance du segment bois-transformation, anticipant les actuelles politiques de la valeur ajoutée locale.
À l’Urbanisme, Mouyabi supervise les premiers plans directeurs de Brazzaville et Pointe-Noire, insistant sur la viabilité des quartiers périphériques. Ce souci d’équité territoriale réapparaît aujourd’hui dans les programmes de modernisation communale.
Son bref passage à la Fonction publique, en 1993, introduit la rationalisation des effectifs administratifs. Le principe d’audits de compétence, désormais ancré dans les réformes en cours, trouve là son origine.
Le cérémonial républicain
Le protocole voulait que l’oraison funèbre soit portée par l’Assemblée nationale. Fernand Sabaye, premier secrétaire, a donc évoqué « l’image d’un homme d’État laborieux et discret, empreint d’humilité », soulignant un héritage d’intégrité utile à la jeune génération.
La musique de la Garde républicaine a entonné le Chant patriotique pendant que la famille, installée au premier rang, recueillait les condoléances officielles. Derrière le formalisme, percevait-on la volonté d’inscrire Mouyabi parmi les références consensuelles de la vie publique.
La dépouille a ensuite pris la route de Madingou, puis de Ditadi, selon le rite combinant protocole d’État et traditions villageoises. Les autorités locales ont annoncé la pose d’une stèle commémorative à l’entrée du district de Loudima.
Échos et valeurs partagées
Plusieurs anciens collaborateurs rappellent sa méthode. « Il corrigeait ses dossiers à l’encre verte, jamais rouge, persuadé qu’on bâtit mieux par l’encouragement », se souvient un ex-directeur de cabinet. Une posture qui contraste avec les crispations parfois observées dans les années de transition.
Des universitaires relisent son parcours comme l’illustration d’une génération de cadres passés par la coopération française avant de s’enraciner dans les priorités nationales, entre souveraineté économique et ouverture régionale.
Auprès de la diaspora, l’annonce de sa disparition a suscité de nombreux témoignages relayés sur les réseaux sociaux. L’écho révèle la permanence d’un lien affectif entre figures politiques et communautés expatriées en quête de repères.
À retenir
Mouyabi incarne la continuité institutionnelle du Congo moderne : député, président d’assemblée, ministre et conseiller spécial. Sa capacité à naviguer dans plusieurs régimes, sans heurt public, témoigne d’une culture de l’État que la classe politique cherche volontiers à cultiver.
Le point juridique
Le décret présidentiel classant les funérailles au rang d’hommage national se fonde sur la loi de 2011 encadrant la reconnaissance des hautes personnalités. L’acte permet la prise en charge intégrale des frais et consacre la conservation des archives personnelles au Centre national de documentation.
Un legs pour la jeunesse
Au-delà de la solennité, le souvenir de Mouyabi offre un jalon pédagogique. Les facultés de droit envisagent d’intégrer son mandat parlementaire dans les études de cas sur la séparation des pouvoirs, juste après l’expérience inédite des années 1960.
Dans son village, l’école primaire portera bientôt son nom. Le maire de Loudima y voit « le moyen d’inspirer les élèves à unir ambition scolaire et service public ». Ainsi, l’hommage déborde les murs du Palais des congrès pour se convertir en projet collectif.
