ZLECAF au Congo : l’alerte utile du CESE
Le 16 janvier, lors de la cérémonie d’échange de vœux du nouvel an, la présidente du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Emilienne Raoul, a remis la ZLECAF au centre de l’agenda institutionnel. L’application effective du traité est attendue d’ici 2030, a-t-elle rappelé.
Sans dramatiser, le message est clair : l’intégration continentale ne se prépare pas à la dernière minute. Le CESE revendique un rôle d’accompagnement, en appui des pouvoirs publics, pour anticiper les effets économiques, sociaux et environnementaux de l’ouverture progressive des marchés africains.
Concertation avec ministères et entreprises : méthode CESE
Emilienne Raoul annonce la poursuite du travail déjà engagé avec les représentants des ministères et les chefs d’entreprises. L’objectif est de mieux cerner, secteur par secteur, les impacts possibles de la ZLECAF sur l’économie nationale, afin d’éclairer la décision publique.
Dans l’entourage de l’institution, on insiste sur une approche pragmatique : recueillir les contraintes des opérateurs, identifier les opportunités de débouchés, puis traduire ces constats en avis et recommandations. Un cadre proche du CESE résume : « Il faut transformer l’accord continental en outils concrets ».
Développement local : intégrer les réalités des territoires
La présidente du CESE met aussi l’accent sur la prise en compte des réalités territoriales dans les projets à venir. L’enjeu dépasse les frontières commerciales : il touche l’organisation des filières, la circulation des biens et la capacité des acteurs locaux à s’insérer dans des chaînes de valeur régionales.
Emilienne Raoul évoque une collaboration étroite avec les collectivités locales afin d’identifier un modèle de développement local adapté aux spécificités du pays. L’idée est de partir des dynamiques existantes, puis de renforcer ce qui peut créer de l’activité, de l’emploi et de la stabilité sociale.
Réforme du secrétariat général : un chantier interne prioritaire
Sur le plan interne, la présidente du CESE annonce une réforme du secrétariat général, présenté comme le pilier de l’administration permanente. « Il est l’élément moteur du bon fonctionnement de notre institution. Aussi, avons-nous prévu dans le plan d’action de le réformer », déclare Emilienne Raoul.
Derrière ce chantier, le CESE recherche une meilleure capacité d’exécution et de suivi. Dans un contexte où les politiques publiques exigent des avis rapides, documentés et applicables, l’architecture administrative devient un sujet stratégique, au même titre que les orientations de fond.
Ressources humaines : intégrations et régularisations
Sur le volet des ressources humaines, Emilienne Raoul rappelle que 36 agents décisionnaires ont été intégrés à la fonction publique au titre des quotas des années 2021, 2022 et 2023. Pour l’institution, ces intégrations consolident la continuité et la mémoire administrative.
Par ailleurs, 52 personnes qui n’ont pas rempli les critères requis ont été immatriculées à la Caisse nationale de sécurité sociale. Le CESE présente cette mesure comme une clarification des situations, visant à mettre chaque dossier en conformité avec les règles applicables, sans créer d’ambiguïté.
Le rôle du CESE selon la loi organique : produire des avis utiles
Revenant sur les actions menées en 2025, Emilienne Raoul souligne le rôle stratégique du CESE, tel que défini par la loi organique : analyser les évolutions économiques, sociales et environnementales, puis formuler des avis et recommandations à l’attention des pouvoirs publics.
La présidente insiste sur l’exigence de méthode : « Nos avis doivent être éclairés par les travaux des chercheurs, des scientifiques, des spécialistes et des acteurs de terrain ». Dans cette logique, l’institution se veut un pont entre expertise et décision.
Rencontres citoyennes : un dialogue sur la vie quotidienne
Dans la même dynamique, le CESE dit avoir innové en lançant des rencontres citoyennes. Ces espaces de dialogue entre société civile et pouvoirs publics abordent des thématiques d’actualité qui touchent le quotidien, notamment les nouvelles formes de délinquance et la criminalité juvénile.
Au sein de l’institution, certains y voient une façon de capter des signaux faibles. Un participant à une rencontre décrit un format « plus direct, moins protocolaire », où les préoccupations remontent plus vite, permettant d’orienter ensuite des études et des recommandations.
Délinquance juvénile : vers un observatoire et des données fiables
À la suite de ces échanges, le CESE propose la création d’un observatoire de la délinquance juvénile. L’ambition est de disposer de données fiables et actualisées, afin d’éviter les décisions à l’aveugle et de mieux calibrer la prévention comme la réponse institutionnelle.
L’institution envisage également de conduire une étude sur la santé mentale des jeunes Congolais, en collaboration avec des spécialistes. Elle rappelle avoir déjà produit une étude sur les stratégies de gestion efficace des déchets solides, dont les recommandations ont été transmises au ministère en charge de l’Assainissement.
Plan d’action 2026-2029 : formation, coopération, cadre de travail
Présentant les grandes orientations du Plan d’action 2026-2029, le vice-président du CESE, Jean de Dieu Goma, met en avant plusieurs priorités : formation du personnel, restructuration du secrétariat général, renforcement de la coopération avec les institutions de l’État.
Le plan mentionne aussi une coopération accrue avec la société civile et les partenaires techniques et financiers, ainsi que l’amélioration du cadre de travail du personnel. Pour le CESE, ces leviers doivent permettre de produire des avis plus opérationnels, en phase avec les attentes des citoyens et des décideurs.
Le point éco : ZLECAF, un test de compétitivité d’ici 2030
À l’horizon 2030, la ZLECAF mettra à l’épreuve la compétitivité des entreprises, mais aussi la capacité des administrations à simplifier, accompagner et sécuriser l’activité. Le CESE choisit ici une posture d’anticipation : identifier tôt les ajustements nécessaires.
L’accent mis sur les territoires rappelle une évidence : la réussite d’une intégration commerciale se joue autant dans les textes que dans la réalité des routes, des services et des compétences. Pour l’institution, préparer l’ouverture, c’est aussi renforcer l’organisation interne et la qualité de l’expertise publique.
À retenir : le CESE se positionne comme boussole
Le 16 janvier, Emilienne Raoul réaffirme la volonté du CESE d’accompagner le Congo-Brazzaville dans la mise en œuvre de la ZLECAF attendue d’ici 2030. Le travail se poursuit avec ministères et chefs d’entreprises, tout en associant les collectivités locales.
Réforme du secrétariat général, clarifications sur les ressources humaines, rencontres citoyennes, projet d’observatoire de la délinquance juvénile et plan d’action 2026-2029 dessinent une institution qui veut renforcer son efficacité. L’objectif affiché : produire des avis solides, utiles à l’action publique.
