Révision 2023-2024 : un test démocratique majeur
À six mois de la clôture de la révision extraordinaire des listes électorales, le directeur général des Affaires électorales, Jean-Claude Etoumbakoundou, dresse un bilan « satisfaisant ». Ses équipes viennent de parcourir six départements et constatent une mobilisation qu’elles jugent « à la hauteur de l’enjeu ».
Instituée le 1ᵉʳ septembre, l’opération vise à inscrire de nouveaux électeurs, corriger des informations et retrancher les doublons, condition préalable à une présidentielle 2026 irréprochable. Objectif avoué : disposer d’une base de données fluide, sécurisée et partagée par l’ensemble des acteurs politiques et civils.
Sur le terrain, l’élan citoyen s’affirme
Dans les quartiers de Pointe-Noire comme dans les villages de la Cuvette, les files se forment devant les bureaux d’enregistrement. Les agents, identifiants biométriques à portée de main, recueillent pièces d’identité et formulaires, tandis que les chefs de village rappellent, mégaphone à l’appui, l’importance de l’exercice.
« La population répond à un rythme acceptable », observe le DGAE. Les premières compilations montrent un rajeunissement du corps électoral, impulsé par les campagnes numériques des préfectures et l’appui des radios communautaires, déterminantes pour convaincre les habitants éloignés des chefs-lieux.
Une logistique éprouvée, des ajustements techniques
Sur le plan logistique, la direction des élections a mis en circulation plus de trois cents kits biométriques calibrés pour des milieux parfois dépourvus de connexion stable. L’acheminement du matériel par voie fluviale, notamment sur la Likouala, représente un défi que les superviseurs disent « maîtrisé ».
Cependant, quelques lenteurs existent : pannes de batteries solaires, logiciels capricieux, difficultés d’authentification de cartes d’identité vieillissantes. « Nous réglons ces soucis au fur et à mesure ; aucun site n’a connu d’arrêt prolongé », assure une technicienne déployée dans le Kouilou, où deux stations ont été remplacées sous vingt-quatre heures.
Transparence institutionnelle et contrôle croisé
La direction s’appuie sur un maillage institutionnel solide : préfectures, sous-préfectures, secrétariats généraux de mairie et Commission nationale électorale indépendante partagent en temps réel les scans des formulaires pour croiser les références. Ce protocole, baptisé « double regard », doit limiter la fraude et accroître la confiance.
Chaque semaine, la coordination CNEI-DGAE organise un point d’étape interne. Les tableaux sont comparés, les doublons signalés, les anomalies renvoyées aux commissions administratives. « Nous avançons de manière transparente ; les chiffres définitifs feront l’objet d’une publication publique », indique un membre de la plénière, joignable à Brazzaville.
Les partis de la majorité et de l’opposition constructive disposent d’observateurs dans les centres névralgiques. Selon plusieurs témoins, les retards constatés à Dolisie ou Kinkala ont pu être résorbés grâce à cette présence croisée qui sécurise le processus et préfigure l’esprit de compétition apaisée souhaité par tous.
Cap sur la présidentielle de 2026
À l’horizon mars 2026, près de trois millions d’électeurs sont attendus dans les isoloirs. Le ministère de l’Intérieur veut profiter de la période sèche pour achever l’inscription des zones enclavées, notamment aux confins du Niari, avant de passer à la phase de validation informatique centralisée.
À retenir
Le point d’étape présenté par Jean-Claude Etoumbakoundou révèle trois indicateurs positifs : un taux moyen d’affluence quotidien de 72 %, moins de 0,5 % de fiches rejetées et une parité hommes-femmes quasiment atteinte. Autant de signaux encourageants à huit mois de la fermeture officielle du registre.
Le point juridique et financier
D’un point de vue juridique, la révision répond aux dispositions de la loi électorale révisée l’an dernier, qui impose le recours à la biométrie et la publication des listes provisoires dans un délai de trente jours. Plusieurs juristes saluent la clarté des textes, évitant ainsi les contentieux pré-scrutin.
Sur le plan budgétaire, le gouvernement a affecté un financement spécifique, estimé à 4,2 milliards de francs CFA, pour la maintenance des équipements et la formation du personnel de terrain. Les opérateurs télécoms nationaux apportent une connectivité subventionnée qui réduit significativement la facture, selon un pointage du ministère des Finances.
Innovation et prochaines étapes
Dans les centres urbains, des écrans affichent déjà en boucle des tutoriels rappelant les étapes d’inscription. À Brazzaville, les étudiants en communication de l’Université Marien-Ngouabi se sont portés volontaires pour jouer les facilitateurs, guidant les aînés dans l’utilisation des tablettes et garantissant ainsi l’inclusivité numérique du dispositif.
En zone forestière, la sensibilisation emprunte d’autres codes. Des animateurs sillonnent la Sangha en pirogue, armes de mégaphone et de chanson en langue locale pour rappeler que « chaque bulletin compte ». Ce format, inspiré des campagnes de santé publique, montre la capacité d’adaptation culturelle des équipes électorales.
La prochaine étape consistera à publier les listes provisoires afin de recueillir les réclamations. Les commissions locales disposeront alors de quinze jours pour statuer. Ce calendrier serré est jugé réaliste par les observateurs, qui rappellent la discipline administrative démontrée lors des scrutins de 2022 et 2023.
Pour Jean-Claude Etoumbakoundou, l’enjeu dépasse la seule présidentielle : « Nous posons les fondations d’une administration électorale moderne, capable d’embrasser la future décentralisation numérique ». Une vision partagée par plusieurs partenaires internationaux, déjà prêts à soutenir la formation continue des agents après la clôture du processus.
