Brazzaville consacre la confiance aux « Anciens »
Dans la vaste salle des conférences internationales du Palais des congrès, la solennité habituelle des grandes assises de Brazzaville s’est doublée, le 6 juillet 2025, d’une atmosphère de camaraderie quasi militaire. Les Anciens Enfants de Troupe du Congo – les fameux AET, héritiers de l’École militaire préparatoire général Leclerc – ont reconduit à l’unanimité Rémy Ayayos Ikounga à la présidence de leur bureau exécutif national pour un nouveau cycle statutaire de trois ans. Le ton de l’assemblée a été marqué par un mélange de fierté et de sens du devoir : fierté de voir un ancien camarade continuer de porter la bannière associative, devoir de rester fidèles au socle de valeurs forgé dans les couloirs de l’EMPGL.
Une communauté soudée par l’héritage de l’EMPGL
Fondée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’EMPGL a formé des générations d’élèves officiers venus de tout le Bassin du Congo. Elle demeure, pour les AET, bien plus qu’un établissement : un espace de socialisation où la discipline militaire s’allie à l’instruction humaniste. Le cycle de réélection de 2025 intervient à la veille du 80ᵉ anniversaire de l’école, rendez-vous symbolique qui doit rappeler le rôle de la maison-mère dans la consolidation de l’État moderne. « C’est une grande occasion pour raffermir nos rangs et exalter les valeurs qui nous définissent : loyauté, mérite, cohésion », a rappelé le président réélu dans son allocution.
Une diplomatie associative à l’échelle panafricaine
Au-delà du seul territoire national, l’Association des AET du Congo a récemment pris une dimension continentale grâce à la création de la Fédération des Anciens Enfants de Troupe d’Afrique. L’accession de Rémy Ayayos Ikounga à la présidence tournante de cette structure lui confère une double casquette : fédérer les chapitres nationaux et porter la voix congolaise au sein d’un réseau panafricain. Les responsables de la FAET évoquent déjà des programmes d’échanges académiques, de mentorat pour les jeunes militaires et de réflexion sur la contribution des AET à la sécurité collective sur le continent. Cette diplomatie associative bénéficie d’une écoute bienveillante des chancelleries, intéressées par la résilience des réseaux d’anciens dans la prévention des crises transfrontalières.
Le défi logistique des manifestations du 80ᵉ anniversaire
Adoptés lors de l’assemblée générale, le rapport financier et le plan d’action 2025-2028 font la part belle aux préparatifs du jubilé. Expositions itinérantes, colloques historiques, cérémonial militaire : l’ambition est de conjuguer mémoire et modernité afin de toucher aussi la jeunesse civile. Sur le plan budgétaire, les AET misent sur des partenariats public-privé et sur l’appui des institutions culturelles françaises, détentrices de fonds d’archives relatifs à la période de l’Afrique équatoriale française. Les autorités congolaises voient dans cette célébration une opportunité de diplomatie douce, susceptible de rehausser le rayonnement de la capitale, déjà hôte régulier de sommets internationaux.
Perspective : la relève et l’éthique du service public
À l’issue de la session, plusieurs voix ont insisté sur la nécessité d’inscrire l’action associative dans une perspective intergénérationnelle. Le vice-président Armel Nzoulani a souligné que « l’âme d’une promotion réside dans la capacité à transmettre un ethos de service public au-delà des grades et des carrières ». Les AET entendent ainsi renforcer leurs programmes de bourses, de formation civique et de soutien social aux veuves et aux orphelins des anciens. Ce maillage solidaire, souvent discret, rejoint les priorités gouvernementales en matière de cohésion nationale et de valorisation de la jeunesse. En plaçant la mémoire vivante au service de l’inclusion, l’association s’offre une feuille de route qui dépasse la simple nostalgie militaire.
Une gouvernance associative sous le signe de la continuité
Soutenu par un bureau exécutif où figurent René Nganongo au secrétariat général et Arthur Ndey Moizibi à la trésorerie, Rémy Ayayos Ikounga a expliqué que « la solidité d’un navire dépend d’abord de l’unité de son équipage ». L’assemblée a validé sans réserve le rapport de la Commission de contrôle présidée par Alexandre Dzabatou, preuve d’une gestion jugée saine. Dans un environnement institutionnel où la transparence est scrutée par les partenaires internationaux, cette exigence comptable devrait conforter la crédibilité des AET auprès des bailleurs et des mécènes. La cohérence du dispositif interne apparaît, à l’aube d’un triennat chargé, comme le meilleur gage d’efficacité.
Brazzaville, laboratoire de mémoire partagée
En définitive, la réélection de Rémy Ayayos Ikounga s’apparente moins à une reconduction de routine qu’à la confirmation d’une vision : faire des AET un acteur de la mémoire nationale et un vecteur d’intégration régionale. La conjoncture internationale rappelle à quel point les liens forgés dans les internats militaires peuvent se transformer en passerelles diplomatiques. Dans la capitale congolaise, ce laboratoire de mémoire partagée témoigne de la capacité du tissu associatif à se mettre au diapason des ambitions publiques, sans perdre son identité. À l’horizon 2026, le rendez-vous du 80ᵉ anniversaire viendra, tel un exercice de passage de relais, sonder la vigueur de cet engagement collectif.
