Yanga, symbole d’une ambition numérique
Sous un soleil de saison, les villageois de Yanga ont vu jaillir, derrière les forêts de palmiers, un pylône 4G flambant neuf. Cette antenne, inaugurée le 22 septembre, scelle l’entrée du Kouilou dans l’ère de la connectivité haut débit.
« Avec 203 localités connectées, le Fasuce prouve que le Congo peut réduire la fracture numérique à un rythme soutenu », a déclaré Louis Marc Sakala, directeur général de l’Arpce et secrétaire du comité du fonds, devant un public rassemblé au pied de l’équipement.
Une avancée pour 375 000 concitoyens
Le bilan dressé par l’Arpce couvre cinq années de déploiement progressif. De Pointe-Noire à Ouesso, 375 000 habitants, pour la plupart installés dans des zones jusqu’ici enclavées, disposent désormais d’un accès stable à Internet mobile.
Ces chiffres reflètent la dynamique impulsée par le Président Denis Sassou Nguesso, dont la stratégie numérique nationale entend convertir la couverture réseau en levier de développement local et d’attractivité économique.
La voix du Premier ministre
Originaire de Yanga, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a salué « un progrès majeur pour les populations rurales ». « Enfant de ce village, je mesure le saut que représente la possibilité de consulter un médecin ou de commercialiser un produit via un simple smartphone », a-t-il confié.
Le chef du gouvernement y voit la concrétisation d’une promesse présidentielle : accélérer la modernisation des territoires pour que chaque village « dialogue avec le monde » sans quitter ses terres.
Un modèle de financement solidaire
Le Fasuce est alimenté par une contribution prélevée sur le chiffre d’affaires des opérateurs télécoms et par des subventions publiques. Ce mécanisme mutualise les coûts des infrastructures dans les zones peu rentables, garantissant leur viabilité économique sans grever les finances de l’État.
Louis Marc Sakala rappelle que « chaque tour construite doit s’autofinancer in fine ». Le fonds cible donc des sites où la densité démographique et les besoins sociaux justifient un investissement initial avant que l’activité des abonnés ne prenne le relais.
Impacts sur l’agriculture et l’éducation
À Moutamba, dans le Niari, les cultivateurs consultent désormais les cours du manioc sur leur téléphone pour mieux négocier leurs récoltes. À Etoumbi, la plateforme d’enseignement à distance mise en place avec le ministère de l’Éducation enregistre une fréquentation en hausse de 60 % depuis l’arrivée d’Internet.
Ces exemples traduisent la capacité de la connectivité à diversifier les revenus, améliorer les rendements et attirer les jeunes vers des métiers numériques naissants, créant ainsi un cercle vertueux pour l’économie rurale.
À retenir
203 localités couvertes, 375 000 citoyens connectés et une infrastructure 4G qui s’étend désormais à l’ensemble des douze départements. Le programme reste concentré sur les villages de moins de 5 000 habitants, considérés comme prioritaires par le gouvernement.
Dans chaque site, un centre communautaire équipé d’ordinateurs reconditionnés assure la formation aux usages de base : recherche, messagerie, services administratifs en ligne. L’objectif est d’accroître la demande de services numériques locaux pour pérenniser les antennes.
Le point juridique / éco
La loi n°31-2020 sur les communications électroniques confie au Fasuce la mission de service public universel. Elle impose une transparence des appels d’offres et un audit annuel des comptes, conditions saluées par les partenaires techniques et financiers.
Sur le plan macroéconomique, la Banque mondiale estime qu’une hausse de 10 % du taux de pénétration Internet pourrait engendrer un gain de croissance d’un demi-point de PIB. Le Congo compte capitaliser sur ce multiplicateur pour accélérer la diversification au-delà des hydrocarbures.
Innovation locale et contenus adaptés
Le fonds encourage la création d’applications en langue locale. À Makabana, une start-up développe un service de télésanté qui connecte infirmiers ruraux et hôpitaux de Pointe-Noire. À Impfondo, un portail forestier communautaire informe les exploitants sur la législation environnementale.
Ces initiatives, couplées à la connectivité, renforcent la cohésion sociale et facilitent la diffusion des politiques publiques en matière de santé, d’éducation et de gestion durable des ressources.
Prochaines étapes et défis
Le Fasuce ambitionne de couvrir 95 % de la population d’ici 2027. Les zones marécageuses du Likouala et les plateaux du Pool nécessitent toutefois des solutions hybrides combinant fibre, satellite et antennes solaires pour maîtriser les coûts.
Autre défi : former davantage de techniciens locaux capables d’entretenir le réseau. Un partenariat avec l’Université Marien-Ngouabi prévoit l’ouverture, dès la rentrée prochaine, d’un diplôme universitaire spécialisé en maintenance télécoms rurales.
Une feuille de route sous le signe de l’inclusion
À Yanga, la coupure du ruban n’était qu’un début. Les habitants ont aussitôt partagé des photos de la cérémonie sur les réseaux sociaux, preuve spontanée de l’intégration au monde numérique.
Pour Louis Marc Sakala, « la perspective d’un Congo entièrement connecté est réaliste ». Et pour Anatole Collinet Makosso, cette perspective incarne « l’équité territoriale à laquelle aspire la nation ». Le prochain village branché portera sans doute l’espoir d’un avenir toujours plus interconnecté.
