La Banque mondiale consolide son partenariat
Lundi, dans les couloirs feutrés du ministère des Transports à Brazzaville, la représentante résidente de la Banque mondiale, Alexandra Célestin, a martelé un message simple : l’institution poursuivra « sans relâche » son soutien aux projets qui relieront davantage le Congo à lui-même et à ses voisins.
Face à la ministre Ingrid Olgha Ghislaine Ebouka-Babackas, qui pilote désormais un portefeuille élargi, la diplomate a salué le lancement du Plan stratégique de connectivité et de transport, matrice destinée à hiérarchiser les chantiers routiers, ferroviaires, fluviaux et aéroportuaires pour la décennie 2024-2034.
Plan stratégique de connectivité : cap sur 2034
L’enjeu dépasse la réfection ponctuelle des routes : il s’agit de réduire les coûts logistiques, de fluidifier l’acheminement des produits agricoles de la Cuvette vers Pointe-Noire, et d’offrir une alternative terrestre crédible pour les pays enclavés que sont le Tchad ou la Centrafrique.
Selon les données consolidées par la Banque mondiale, le transport absorbe jusqu’à 60 % du prix final des denrées importées à Brazzaville; baisser cette proportion de dix points d’ici cinq ans libérerait, calcule l’institution, près d’un point de croissance annuelle.
Le Psct, en cours de validation interministérielle, identifie cent dix-sept kilomètres de corridors à goudronner en priorité, une modernisation du port autonome de Pointe-Noire et la remise sous tension de la ligne CFCO jusqu’à Mbinda, véritable colonne vertébrale économique du Sud au Niari.
Financements innovants et gouvernance renforcée
Pour financer ce portefeuille estimé à 1,3 milliard de dollars, Brazzaville entend conjuguer crédits concessionnels, partenariats public-privé et, fait nouveau, mobilisations d’obligations vertes afin de verdir les futurs tronçons et de limiter l’empreinte carbone des chantiers.
« Nous regardons avec attention cette innovation financière », confie un cadre de la Banque mondiale, rappelant que l’institution a déjà labellisé un projet solaire à Djiri et qu’elle privilégie désormais les infrastructures climato-compatibles dans son portefeuille Afrique centrale.
Côté gouvernement, la ministre insiste sur la gouvernance des travaux : appels d’offres sous surveillance du régulateur, contrôle indépendant de la qualité des enrobés et calendrier de décaissement aligné sur les réels avancements afin d’éviter une accumulation d’ouvrages inachevés.
Cette méthode tranche avec la décennie 2000, marquée par des opérations d’urgence souvent peu documentées. Les partenaires comme l’Union européenne saluent la création prochaine d’un observatoire national de la mobilité appelé à publier, chaque trimestre, l’état d’avancement physique et financier des grands chantiers.
Transport urbain : la mobilité de demain
Au-delà des infrastructures, la Banque mondiale place la logistique urbaine parmi les chantiers prioritaires. Brazzaville, qui approche deux millions d’habitants, voit sa circulation saturée ; l’idée d’un transport collectif structurant par bus rapides sur couloirs dédiés refait surface dans le Psct.
Une étude de faisabilité, financée à hauteur de 4 millions de dollars par l’institution de Washington, sera bouclée début 2025 avec un accent mis sur les solutions numériques de billetterie et de géolocalisation, secteur dans lequel des start-up congolaises manifestent déjà leur intérêt.
Pour la Banque mondiale, l’impact social prime : chaque dollar investi dans le bus rapide urbain génèrerait, selon ses projections, 2,3 dollars de valeur grâce au temps économisé par les voyageurs et à la baisse des émissions de particules fines sur les principaux axes.
Intégration régionale et hub logistique
La dimension régionale n’est pas en reste. Le corridor Pointe-Noire-Brazzaville-Bangui-Ndjamena, inscrit au Programme des infrastructures de l’Union africaine, doit recevoir un appui technique conjoint de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement afin d’harmoniser la signalisation et la maintenance préventive.
L’institution identifie toutefois des atouts, notamment l’existence d’un chemin de fer qui longe la côte atlantique, d’un fleuve navigable sur huit mois et d’un port en eau profonde capable d’absorber le transbordement régional, autant de briques pour bâtir un hub logistique.
Calendrier, impacts sociaux et perspectives
Interrogé par l’hebdomadaire, l’économiste Joël Ondongo rappelle que les recettes fiscales tirées des douanes pourraient croître de 25 % si le temps d’attente au port tombait sous les cinq jours, contre onze actuellement, hypothèse jugée réaliste à l’issue des investissements prévus.
Brazzaville et la Banque mondiale doivent finaliser d’ici mars un accord de prêt de 250 millions de dollars baptisé C2T, pour « Connectivité et transformation des transports ». Son volet social prévoit la formation de 1 500 jeunes aux métiers de la maintenance routière et des systèmes d’information.
Pour Alexandra Célestin, « l’intégration sous-régionale passe par la route, mais aussi par les compétences ». Un message que la ministre Ebouka-Babackas reprend à son compte, estimant que les ingénieurs congolais doivent pouvoir piloter à terme les revues techniques, réduire la dépendance aux bureaux d’études étrangers.
À retenir : la phase 1 du Psct démarre T3 2024; priorité au corridor RN2, ponts modulaires sur la Sangha et guichet unique de suivi des cargaisons.
Les bailleurs suivront de près les indicateurs de performance, assortis de décaissements conditionnels. Si les jalons sont respectés, un financement additionnel pourrait être sollicité pour prolonger le programme jusqu’en 2030, date à laquelle le Congo ambitionne de se hisser au Top 120 du classement Doing Business.
