Feuille de route validée à Brazzaville
Réunis le 17 octobre à Brazzaville, les ministres chargés des Transports des six pays de la Cémac ont validé le plan d’action et le projet de budget 2026 de l’Agence de supervision de la sécurité aérienne en Afrique centrale. Une étape jugée décisive par les délégations.
Sous la présidence de la ministre congolaise Ingrid Olga Ghislaine Ebouka-Babackas, le Comité a également acté la redevance de sécurité aérienne régionale dans cinq États, tout en demandant à finaliser un contrat de recouvrement avec l’Iata pour sécuriser les flux.
Des ressources durables pour la sûreté
À retenir : l’Assa-AC veut passer d’un budget de moyens à un budget de résultats, avec des indicateurs centrés sur la réduction d’incidents et l’amélioration de la certification des aéroports. Le projet 2026 prévoit 18 programmes, dont un tiers orienté vers la formation.
Le déploiement de la RSAR pourrait générer, selon les estimations internes, plus de cinq milliards de francs CFA par an. Toutefois, le faible recouvrement des contributions statutaires oblige encore l’Agence à composer avec des arriérés, estimés à près de 40 % du budget voté.
Les ministres ont donc rappelé que chaque trésor public devait solder les retards avant la fin du premier trimestre 2025. « Nous ne pouvons sécuriser nos cieux si nous ne sécurisons pas nos finances », a résumé le Camerounais Jean-Ernest Massena Ngalle Bibehe, voix respectée du secteur.
Gouvernance budgétaire et rationalisation
Pour rationaliser la dépense, le directeur général Eugène Apombi préparera désormais des plans d’activités triennaux, assortis d’une trajectoire de réduction des charges de fonctionnement. La première mouture, attendue en mars, devra aligner la masse salariale sur les recettes prévisibles et limiter les missions extérieures.
Harmonisation réglementaire avant 2026
Le chantier réglementaire reste colossal. Le Comité a fixé au 31 décembre 2026 la date butoir pour que les six pays terminent la migration vers la réglementation communautaire, inspirée des normes OACI. À ce jour, seul le Gabon a franchi le seuil des 75 % d’alignement.
Pour accélérer, les ministres ouvrent la voie à une délégation exceptionnelle de signature auprès du Conseil des ministres de l’Union économique d’Afrique centrale. Objectif : surmonter les lenteurs parlementaires nationales et publier plus vite les règlements d’exécution indispensables au contrôle unifié.
À Brazzaville, plusieurs experts estiment que cette option renforcera la crédibilité de la Cémac auprès des bailleurs spécialisés. « La Banque africaine de développement suit de près la gouvernance réglementaire », glisse un consultant ayant travaillé sur le plan de sécurisation des couloirs pétroliers du Golfe de Guinée.
Transparence et contrôle des comptes
Sur le volet transparence, le Comité exige que les rapports d’activité et les comptes soient approuvés par les organes internes avant transmission à la Cour des comptes communautaire. Les états financiers 2024, certifiés sans réserve, sont salués comme une avancée malgré les tensions de trésorerie.
Le Congo, qui préside l’Assa-AC pour douze mois, entend faire de la rigueur budgétaire un marqueur. La nomination du Congolais Leyami Gastel Aimard au poste stratégique de directeur de l’administration et des finances s’inscrit dans cette volonté de renforcer la chaîne contrôle-audit.
Renforcer les compétences régionales
Côté compétences, un plan triennal 2026-2028 de formation technique a été adopté. Il ciblera les inspecteurs de piste, les auditeurs Sécurité et les juristes. Des modules sur le programme national de sécurité opérationnelle doivent permettre d’uniformiser les barèmes d’inspection et de fiabiliser la collecte de données.
Le sujet sensible de la prime d’inspecteur reste ouvert. Le Comité souhaite un nouveau scénario, plus incitatif mais soutenable, à soumettre lors de la prochaine session. Les représentants du Tchad ont suggéré un mécanisme indexé sur les performances, proposition qui sera étudiée par la direction.
Le directeur général compte s’appuyer sur les universités régionales pour étoffer le vivier de pilotes-inspecteurs, encore très restreint. Un partenariat avec l’École africaine de la météorologie et de l’aviation civile d’Abidjan est en discussion afin d’assurer un flux continu de profils certifiés.
Sur le terrain, les aéroports de Pointe-Noire, Douala et Libreville serviront de laboratoires à la nouvelle grille d’audit. Des capteurs numériques y seront installés pour suivre en temps réel les paramètres critiques, du balisage à la résistance des pistes, réduisant ainsi les inspections manuelles.
Leadership congolais et perspectives
Pour les capitales de la sous-région, l’enjeu dépasse la technique : il s’agit aussi d’ouvrir davantage leurs hubs aux compagnies internationales et de soutenir la croissance du fret pétrolier, bois et agro. Le renforcement de la sécurité devrait, selon les prévisions, réduire de 20 % les surprimes d’assurance.
À Brazzaville, l’opinion salue le rôle moteur du Congo. Le gouvernement y voit une traduction du cap fixé par le président Denis Sassou Nguesso en matière d’intégration sous-régionale et de diversification économique. Les partenaires, eux, apprécient la stabilité institutionnelle qui facilite le déploiement des réformes.
Reste que la feuille de route sera jugée à l’aune de ses résultats. La prochaine session, prévue au second semestre 2025, devra confirmer la progression des recouvrements et la signature des premiers amendements réglementaires. D’ici là, les six États savent qu’ils jouent une partie crédibilité.
