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La nomination d’Anibor Kragha au panel du G20 Africa Energy Investment Forum, prévu le 21 novembre à Johannesbourg, incarne l’accélération du chantier aval sur le continent. À la clé, une enveloppe estimée à 20 milliards de dollars pour répondre à la demande croissante de carburants.
Johannesbourg accueille le G20 Africa Energy Forum
L’événement, piloté par la Chambre africaine de l’Énergie, mettra face-à-face grands investisseurs et promoteurs africains. Objectif : nouer des partenariats structurants pour sécuriser une chaîne d’approvisionnement encore fragile.
Selon le calendrier communiqué, la journée du 21 novembre alternera tables rondes techniques, rencontres BtoB et séances de levée de capital. Les organisateurs tablent sur une participation d’une cinquantaine d’institutions financières, dont plusieurs maisons de gestion basées au Golfe et en Asie.
Anibor Kragha, voix du raffinage continental
Homme-clé de l’Association africaine des raffineurs et distributeurs (ARDA), Anibor Kragha défend depuis cinq ans un agenda axé sur la modernisation des raffineries et le déploiement de dépôts régionaux. Sa présence à Johannesbourg conforte l’idée d’une approche concertée du raffinage africain.
« Nous devons traiter notre pétrole chez nous pour capter la valeur ajoutée », martèle-t-il régulièrement. À ses yeux, l’alignement du G20, de la Banque africaine de développement et des fonds souverains locaux peut libérer les capitaux nécessaires tout en créant des emplois qualifiés.
20 milliards de dollars pour la chaîne aval
Les projections du rapport State of African Energy 2026 parlent d’elles-mêmes : la demande de produits raffinés passera de quatre à six millions de barils par jour d’ici 2050, sous l’effet conjugué de l’urbanisation et du développement industriel.
Pour satisfaire cette courbe, l’AEC estime à 20 milliards de dollars l’effort indispensable dans les infrastructures aval : unités de raffinage, bacs de stockage, terminaux côtiers et réseaux de pipelines. L’objectif est double : réduire les importations de carburants et fluidifier la logistique régionale.
Le Forum G20 jouera le rôle de passerelle entre développeurs et bailleurs. « En 2024, 55 % de nos carburants restent importés ; c’est une fuite de devises qu’il faut colmater », rappelle NJ Ayuk, président exécutif de l’AEC, appelant à des solutions « made in Africa ».
Les raffineries africaines montent en puissance
L’année 2024 a vu la mise en route de la mégaraffinerie Dangote au Nigeria, d’une capacité initiale de 650 000 barils par jour. L’industriel étudie déjà un doublement des volumes, preuve que le marché intérieur peut absorber une offre accrue.
En Angola, l’inauguration du site de Cabinda a injecté 30 000 barils quotidiens supplémentaires, tandis que les projets de Lobito et de Soyo, respectivement 200 000 et 100 000 barils, cherchent leurs financeurs ultimes. Le gouvernement mise sur des partenariats public-privé flexibles.
Le Congo-Brazzaville n’est pas en reste : la raffinerie de Fouta, prévue fin 2025, affichera 2,5 millions de tonnes annuelles. Située à Pointe-Noire, elle vise l’intégration avec le terminal pétrolier existant et devrait renforcer l’offre destinée aux marchés du Cameroun et du Gabon.
Des pipelines pour relier marchés et investisseurs
À l’Est, la conduite EACOP de 1 443 km qui unira les champs ougandais de Kingfisher et Tilenga au port tanzanien de Tanga avance à grands pas. Mise en service prévue pour 2026, elle ouvrira un nouveau corridor pétrolier vers l’océan Indien.
Plus au nord, la Nigeria-Morocco Gas Pipeline, valeur 25 milliards de dollars, s’apprête à démarrer la construction après la création en octobre 2025 de la société de projet. Le tracé longera treize pays atlantiques et offrira un accès direct au hub gazier européen.
Le Congo, pour sa part, a paraphé avec un consortium russe un accord portant sur la liaison Pointe-Noire–Loutété–Maloukou-Trechot. Couplée à la raffinerie de Fouta, cette infrastructure créera un axe logistique intégré et réduira les coûts d’acheminement vers le centre du pays.
À retenir
En fédérant institutions financières et États producteurs, le Forum G20 de Johannesbourg ambitionne de mobiliser 20 milliards de dollars pour renforcer le raffinage, la distribution et les pipelines africains, condition sine qua non d’une industrialisation créatrice d’emplois et de valeur locale.
Le point juridique/éco
Les dossiers examinés à Johannesbourg devront composer avec des cadres réglementaires parfois disparates. Certains pays, à l’image du Congo-Brazzaville, ont modernisé leur code des hydrocarbures pour offrir des exonérations fiscales ciblées et des garanties de rapatriement de dividendes, facteurs appréciés des investisseurs.
La mise en conformité avec les standards ESG figure aussi en bonne place. Les promoteurs de pipelines devront prouver l’absence d’impact majeur sur les communautés riveraines et la biodiversité, condition désormais impérative pour accéder aux guichets des banques multilatérales et des gestionnaires d’actifs occidentaux.
Cap sur la sécurité énergétique africaine
À court terme, la somme des projets annoncés couvrirait 70 % des besoins raffinés du continent, selon l’ARDA. Les surplus ouvriront la voie à un commerce intra-africain plus dense, adossé à la Zone de libre-échange continentale (ZLECAf).
Reste un défi de taille : former les techniciens et ingénieurs requis. L’École supérieure du pétrole de Pointe-Noire prépare déjà un cursus dédié aux métiers de l’aval, preuve que la dynamique d’investissement s’accompagne d’un volet capital humain indispensable à la souveraineté énergétique.
