Brazzaville, la République célèbre et s’interroge
Devant les deux chambres réunies en congrès, le président Denis Sassou Nguesso a dressé, le 28 novembre, un panorama exigeant de l’État de la Nation. Entre mémoire des crises passées et feuille de route économique, le chef de l’État a insisté sur la paix, la jeunesse et l’intégration africaine.
Dans une salle du Palais des congrès empreinte de solennité, l’allocution a coïncidé avec le 67e anniversaire de la République. Sur ce fil symbolique, le président a revisité six décennies de turbulences internes, rappelant les Trois Glorieuses de 1963, les crises des années 1990 et les affrontements de 1997.
Des leçons de l’Histoire à la culture de paix
« On ne construit jamais l’unité sur la haine », a-t-il cité, reprenant ses mots de 1991. Pour Denis Sassou Nguesso, la paix dépasse l’absence de conflit : elle engage la sécurité quotidienne et la cohésion sociale. Le rappel historique vise d’abord les jeunes, invités à méditer ces dérives.
Le chef de l’État a salué « l’ADN pacifique » du peuple congolais, persuadé que Brazzaville peut demeurer un havre stable au cœur du Golfe de Guinée. Il a appelé à la défense collective de ce capital immatériel, déclarant qu’un seul traité de paix vaut mieux que d’innombrables victoires militaires.
Sécurité publique renforcée
Le président est aussi revenu sur l’opération Ngoki, conduite par la Force publique contre la criminalité urbaine. Depuis juin, plus de 1 200 armes artisanales ont été saisies et les vols à main armée ont chuté de 30 % à Brazzaville, selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur.
2024, cap sur la jeunesse congolaise
L’année 2024 est officiellement décrétée année de la jeunesse. Pour le président, elle doit devenir un laboratoire d’engagement citoyen et de promotion de l’entrepreneuriat. Il promet des dispositifs renforcés d’accompagnement et rappelle que « la transformation de chacun conditionne la réussite de la démocratie pluraliste ».
Des complexes scolaires modernes verront le jour à Owando, Oyo et Pointe-Noire. Les travaux du lycée technique de Madingou sont annoncés terminés, tandis que l’université de Kintélé s’étend. Objectif : porter le taux de scolarisation secondaire à 80 % à l’horizon 2025, contre 65 % aujourd’hui, selon le gouvernement.
Santé et protection sociale en accélération
Côté santé, l’hôpital général de Ouesso est opérationnel et celui de Dolisie sera inauguré début 2025. Le chef de l’État a souligné le déploiement progressif de la couverture maladie universelle, financée par un fonds public-privé, pour garantir aux ménages à faibles revenus un panier de soins de base.
Au-delà du bâti, la réforme focus sur la formation de spécialistes. Cent cinquante nouveaux médecins généralistes sont sortis de la faculté de Brazzaville cette année. Un programme de bourses en cardiologie, oncologie et santé publique complète l’effort, avec l’appui de la Banque africaine de développement, selon la présidence.
Agriculture, énergie : vers une souveraineté durable
Le discours a accordé une place centrale aux zones agricoles protégées, considérées comme le levier majeur de diversification économique. Trois cents hectares supplémentaires seront aménagés à Loudima pour le maïs et le soja, tandis que le corridor de Makoua testera des chaînes de valeur manioc-poisson visant l’autosuffisance rurale.
Dans l’énergie, la centrale solaire de Boundji, attendue fin 2024, complétera le barrage de Liouesso pour porter la part renouvelable à 35 % du mix national. Denis Sassou Nguesso voit dans cette transition un atout climat et un futur marché sous-régional, notamment vers la RCA et le Gabon.
Finances publiques et diplomatie proactive
Sur le plan budgétaire, le président a défendu la consolidation engagée depuis 2022. Le ratio dette-PIB serait passé de 87 % à 77 % grâce aux recettes pétrolières, à l’amnistie fiscale ciblée et à la digitalisation du Trésor. L’excédent primaire, projeté à 1,5 % en 2025, facilitera l’investissement social.
Côté diplomatie, Brazzaville poursuit l’agenda panafricain. Le chef de l’État a rappelé sa médiation dans le conflit frontalier RCA-Tchad et son plaidoyer climatique au Sommet africain de Nairobi. Le Congo vise un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU pour le biennium 2028-2029, a-t-il confirmé.
À retenir
Paix, jeunesse, diversification : les trois maîtres-mots du discours conditionnent la feuille de route pour 2025. Le gouvernement promet 35 % d’énergies renouvelables, un taux de scolarisation secondaire de 80 % et une dette contenue sous les 75 % du PIB, indicateurs scrutés par Brazzaville comme par les bailleurs.
Le point économique
Les économistes saluent la progression de l’excédent primaire, mais soulignent l’impératif de mobiliser la fiscalité non pétrolière. Pour Valérie Okemba, analyste chez BGFIBank, « la digitalisation douanière doit accélérer ». L’émergence des zones agricoles protégées rend crédible un scénario de croissance hors-hydrocarbures supérieur à 4 %.
Une République en marche
En clôture, Denis Sassou Nguesso a appelé à la « mobilisation autour de l’unité, du travail et du progrès ». Trois slogans vieux de 1958, mais toujours porteurs. En filigrane, la promesse d’élections apaisées et d’un Congo plus résilient, décidé à transformer ses atouts en bien-être partagé.
