Brazzaville mise sur la science pour ses richesses
Sous les plafonds du Palais des congrès, près de deux cents chercheurs, entrepreneurs et étudiants ont inauguré la toute première édition des Journées scientifiques et technologiques de l’Institut national de recherche en sciences de l’ingénieur, innovation et technologie, preuve d’une appétence nouvelle pour la connaissance appliquée.
Le ministre de la Recherche scientifique et de l’Innovation technologique, Rigobert Maboundou, a ouvert les travaux en rappelant que « la prospérité de notre pays dépend de la capacité de ses jeunes à transformer le savoir en valeur ». Une formule applaudie qui place l’intelligence au rang de ressource stratégique.
Le choix du thème, « Importance des sciences de l’ingénieur, de l’innovation et de la technologie dans la valorisation des ressources naturelles », sonne comme un manifeste : il s’agit de convertir gisements miniers, forêts et terres fertiles en emplois stables, revenus pérennes et rayonnement régional.
Des journées pour rapprocher laboratoires et industries
Le professeur Michel Elenga, directeur général de l’INRSIIT, insiste sur « l’affirmation d’une ambition nationale : faire de la recherche, de l’innovation et de la technologie les piliers du développement ». Les huit panels programmés doivent aboutir à une trame d’actions concrètes pour chaque filière.
Derrière l’exercice académique, le gouvernement vise un objectif clair : fédérer les laboratoires publics, les start-up et les groupes industriels présents dans l’agroalimentaire, l’énergie ou le bois, afin d’accélérer la montée en gamme des chaînes de valeur locales.
La présence remarquée de responsables de la compagnie pétrolière nationale, de sociétés forestières certifiées et d’ONG environnementales illustre cette volonté de décloisonnement. Les débats croisent normes internationales, besoins du marché sous-régional et impératifs de protection des écosystèmes.
Sécurité alimentaire et climat au cœur des débats
La première table ronde a exploré la conception de procédés de transformation de manioc à haute valeur nutritive, question stratégique pour un pays où cette racine constitue l’aliment de base. Les chercheurs ont présenté des solutions de fermentation contrôlée capables de réduire les pertes post-récolte de 30 %.
Autre front prioritaire : la mise au point de biofertilisants locaux, moins coûteux que les intrants importés et mieux adaptés aux sols ferrugineux. Selon le docteur Grâce Matondo, « l’indépendance alimentaire passera par une chimie verte connectée aux savoirs traditionnels ».
Le changement climatique a également retenu l’attention. Des modélisations inédites sur la vulnérabilité des mangroves côtières ont été partagées, de même qu’un prototype de drone cartographiant en temps réel la déforestation illégale. Les porteurs de projets espèrent un financement du Fonds vert national lancé l’an dernier.
À retenir
Les participants convergent sur un principe : la valeur ajoutée se créera davantage dans les usines que dans les mines. Pour y parvenir, un environnement réglementaire incitatif, la propriété intellectuelle sécurisée et une fiscalité de soutien à l’innovation sont jugés indispensables.
Plusieurs universités ont annoncé la signature imminente de conventions de recherche avec des PME congolaises afin de tester des membranes de filtration d’eau conçues à partir de fibres de bambou. Un premier indicateur tangible de la passerelle campus-industrie voulue par les autorités.
En marge des assises, un concours d’innovations a distingué un incubateur capable de prolonger de dix jours la conservation des œufs en zone rurale. Le lauréat bénéficiera d’un accompagnement technique du ministère et d’une enveloppe d’amorçage de dix millions de francs CFA.
Le point économique
La Banque mondiale estime que la transformation locale des matières premières pourrait générer 3 % de croissance additionnelle par an pour la République du Congo d’ici 2030. Le ministère de la Recherche veut capter une part significative de cette manne en mobilisant 1 % du PIB pour les dépenses R&D.
Les investisseurs saluent déjà l’impact budgétaire de la loi sur les clusters technologiques, entrée en vigueur en février. Elle accorde un taux réduit d’impôt sur les sociétés durant cinq ans aux structures implantées dans les zones industrielles spéciales de Pointe-Noire et d’Oyo.
Si les promesses se concrétisent, la recherche appliquée devrait créer, selon l’INRSIIT, près de 15 000 emplois qualifiés dans la transformation agroalimentaire et les énergies renouvelables. De quoi répondre aux attentes d’une jeunesse qui représente plus de 60 % de la population congolaise.
