Une série d’effractions inquiétantes
La nuit du 20 août a brisé le calme du quartier Tahiti à Dolisie : des inconnus ont forcé toutes les portes du CEG Pierre Lountala, retournant les tiroirs sans emporter un seul bien matériel. L’étrangeté du forfait alerte parents d’élèves et autorités locales depuis le lever du jour suivant.
Cette attaque fait écho à deux intrusions commises quelques jours plus tôt au CEG Hammar et au CEG de l’Unité, toujours dans la capitale du Niari. Là encore, les voleurs ont privilégié la fouille méthodique aux objets de valeur, laissant perplexes directeurs d’école et enquêteurs sur le terrain.
Selon Ludovic Maxime Maboulou, proviseur du CEG Pierre Lountala, les forces de l’ordre apprécient la préparation presque clinique des assaillants : aucune trace de précipitation, pas de graffitis, seulement des serrures brisées. « Ils savaient où chercher », confie-t-il, surpris cependant du butin inexistant aux yeux des habitants du quartier inquiet.
Un casse-tête logistique pour les chefs d’établissement
Les chefs d’établissement évoquent un défi logistique permanent : absence de clôture pour certains sites, personnel de garde en nombre limité et budget d’entretien contraint. Dans une ville en expansion rapide, la protection de dizaines de salles de classe devient un exercice délicat d’équilibre budgétaire pour les autorités locales.
Sur le terrain, plusieurs directeurs font appel aux associations de parents pour financer des cadenas renforcés ou des lampadaires à panneaux solaires. Cette stratégie participative se heurte néanmoins à la précarité de nombreuses familles, déjà mobilisées pour régler les frais de scolarité annuels, jugés souvent trop élevés localement.
Les réponses institutionnelles en cours
Alertée, la direction départementale de la police a lancé des patrouilles nocturnes ciblées autour des établissements sensibles. Le commissaire de Tahiti assure que « la sécurisation des écoles figure parmi nos priorités », rappelant la récente dotation en motos tout-terrain destinée à couvrir les artères périphériques durant la saison sèche.
Du côté du ministère de l’Enseignement général, un projet pilote prévoit l’installation progressive de caméras à énergie solaire dans dix collèges du Niari. Les premiers équipements, attendus pour la rentrée prochaine, seront couplés à un centre de supervision implanté au siège de l’académie afin d’analyser alertes en direct.
Parallèlement, le Conseil départemental examine un partenariat public-privé visant à promouvoir la clôture verte des écoles, utilisant des haies d’eucalyptus à croissance rapide. L’objectif est double : dissuader les intrusions et offrir un écran végétal réduisant les nuisances sonores liées aux axes routiers adjacents, tout en embellissant les cours.
Un phénomène aux racines sociales complexes
La sociologue Brigitte Ndzoboko relève que ces effractions s’inscrivent dans une dynamique urbaine où la symbolique de l’école, perçue comme dépositaire d’un savoir valorisé, attire des actes de contestation silencieuse. « Dévaster sans voler devient un message contre l’institution », explique-t-elle en entretien accordé à notre rédaction depuis Brazzaville hier.
Le taux de chômage des jeunes, supérieur à 25 % selon la direction régionale du Plan, alimente un sentiment d’exclusion. Dans certains quartiers périphériques, le collège se dresse comme le seul bâtiment public entretenu, accentuant un contraste matériel qui peut cristalliser frustrations et actes de défi chez les marginaux.
Pour l’économiste Guy-André Kamba, l’enjeu dépasse la simple vidéosurveillance : « La sécurité scolaire repose d’abord sur la résorption des inégalités et la création d’emplois décents ». Il évoque la récente initiative gouvernementale d’appui aux micro-entreprises agricoles, susceptible d’absorber une main-d’œuvre désœuvrée dans la ceinture forestière du Niari, notamment à Louvakou.
Vers une résilience communautaire
Face aux incertitudes, plusieurs communes rurales voisines ont misé sur la vigilance communautaire : les écoles ferment désormais leurs portails à 18 heures précises, sous la surveillance alternée de bénévoles. Les élèves participent à inventaires hebdomadaires du matériel, consolidant un sentiment collectif de copropriété de l’espace éducatif dès le primaire.
À Dolisie même, la mairie planche sur un dispositif de parrainage entreprise-école ciblant la maintenance des fermetures et l’éclairage. Les sociétés forestières, très implantées, pourraient parrainer un établissement chacune, en échange de campagnes de sensibilisation à la sécurité au travail menées par les élèves durant les vacances scolaires.
Des psychologues scolaires rappellent aussi le rôle préventif du dialogue. Lors d’ateliers organisés en mai, ils ont incité les collégiens à verbaliser leurs craintes d’agression. Cette médiation, calée sur le modèle de la justice restaurative, renforce la confiance interne et diminue les rumeurs anxiogènes dans les couloirs scolaires.
L’expérience de Brazzaville, où des clubs d’élèves ambassadeurs de la paix sillonnent les quartiers pour dialoguer avec les jeunes déscolarisés, inspire déjà Dolisie. Un premier club devrait voir le jour au CEG Pierre Lountala, soutenu par l’Unicef et le ministère en charge de la Jeunesse dès octobre prochain.
Dans un contexte où l’éducation reste un pilier stratégique du Plan national de développement, la mise en sécurité des écoles niariennes apparaît comme un test de cohésion. Les initiatives locales, articulées aux programmes gouvernementaux, laissent entrevoir une réponse graduée où prévention sociale et innovation technologique convergent dès maintenant.
