Un élan civique au cœur des fêtes
La vieille gare de Dolisie bruissait encore des chants de fin d’année lorsque, le 31 décembre, plusieurs camions se sont rangés à Foundou-Foundou puis à Youlou-Npoungui. À leur bord, 675 colis remplis de riz, de poulets surgelés, d’huile et de concentré de tomate attendaient d’être remis aux habitants.
Pour les deux arrondissements, l’initiative venait des députés Upads Honoré Sayi et Sylvain Jérémy Lissouba. Leur mandat parlementaire inclut, disent-ils, « une obligation morale d’être aux côtés des familles lorsque la pression budgétaire se fait sentir ». La date, à la veille du réveillon, n’a rien d’anodin.
Organisation millimétrée dans les quartiers
Dès l’aube, des bénévoles vêtus de gilets verts ont installé des tables sous des bâches colorées. Les listes de bénéficiaires étaient prêtes, établies après trois semaines de repérage auprès des chefs de bloc, des comités de voisinage et des associations féminines.
M. Nzaou, coordinateur de l’opération et représentant des deux élus retenus à Brazzaville pour la session budgétaire, explique la méthode : « Nous avons ciblé les structures de base du parti, mais aussi des personnes vulnérables repérées par les services sociaux. L’objectif était le partage, pas la publicité. »
Le rôle des élus : proximité et écoute
Honoré Sayi, ancien ministre de l’Énergie, reste une figure respectée dans le Niari. Par téléphone, il rappelle que l’Assemblée adopte actuellement plusieurs textes sur la protection du pouvoir d’achat : « Nos actions locales complètent les politiques publiques en cours, notamment la subvention de produits de première nécessité. »
Son collègue Sylvain Jérémy Lissouba insiste sur la valeur pédagogique du geste : « En participant personnellement au financement des kits, nous montrons qu’un mandat ne se réduit pas aux travaux en hémicycle. La générosité est un langage que tout électeur comprend. »
Voix des bénéficiaires : dignité préservée
À Foundou-Foundou, Mama Claudine, restauratrice, confie avoir craint de fermer son étal faute de provisions : « Avec ce sac de riz, je pourrai relancer la marmite et nourrir mes clients. C’est plus qu’un cadeau, c’est un redémarrage. »
Plus loin, à Youlou-Npoungui, Jules, jeune maçon, repart avec un carton de vivres et un sourire discret. « Je gagne à la tâche, mais en décembre il y a peu de chantiers. Recevoir ce poulet me permet d’inviter mes frères sans me ruiner. »
À retenir
Trois chiffres résument l’initiative : 675 kits distribués, 375 pour Foundou-Foundou et 300 pour Youlou-Npoungui. Les colis, composés de produits de base, ont été financés par une contribution personnelle des deux députés Upads, en complément du soutien logistique offert par la mairie de Dolisie.
Le point socio-économique
Selon la direction départementale de l’Économie, le panier alimentaire a connu une hausse d’environ 12 % au dernier trimestre, tirée par l’augmentation du prix du maïs et des huiles importées. Dans ce contexte, offrir un kit d’une valeur moyenne de 15 000 FCFA revient à neutraliser une semaine de dépenses pour un ménage modeste.
L’opération s’inscrit aussi dans l’agenda national de solidarité soutenu par le Plan national de développement 2022-2026. Les pouvoirs publics encouragent les partenariats entre élus, collectivités et acteurs privés pour amplifier la résilience sociale, surtout dans les centres urbains en croissance rapide.
Logistique, sécurité, traçabilité
Chaque colis portait un code permettant de remonter jusqu’au fournisseur. « Nous voulons éviter la revente frauduleuse et garantir la fraîcheur des produits », explique un agent communal chargé du suivi. Des policiers en faction ont fluidifié la file pour prévenir tout attroupement risqué.
La distribution s’est achevée sans incident majeur en quatre heures chrono. Les invendus ont immédiatement été réorientés vers un foyer de personnes âgées, preuve d’une gestion attentive du gaspillage alimentaire, enjeu de plus en plus visible dans les villes congolaises.
Regards d’experts
Pour le sociologue Raymond Ngoma, spécialiste des dynamiques urbaines, « ces actions ponctuelles ne remplacent pas une sécurité sociale formelle, mais elles réactivent les réseaux de proximité indispensables au lien civique ». Il observe aussi une « tendance à la personnalisation du service public », signe d’une démocratie en expérimentation.
L’économiste Mireille Mvouba nuance : « Le don crée une attente, or le véritable défi reste l’emploi. Cependant, en période festive, une intervention ciblée peut stimuler un petit marché local, des transporteurs à la chaîne du froid. »
Impact politique mesuré
Au-delà de la portée humanitaire, le geste consolide la visibilité de l’Upads dans une ville historiquement proche de la majorité présidentielle. Plusieurs observateurs notent que la compétition politique se joue aussi sur la capacité à répondre au quotidien des électeurs, sans clivage idéologique trop appuyé.
Pour les bénéficiaires, le critère de sélection reposait sur le besoin, non sur l’appartenance partisane. « Je ne vote pas Upads, mais j’ai été servi sans question », témoigne Félicité, vendeuse de pagnes. Un signe de maturité qui apaise les tensions post-électorales encore sensibles.
Perspectives pour 2024
M. Nzaou annonce déjà une version élargie pour Pâques, avec des produits d’hygiène et des cahiers scolaires ajoutés au panier. Il espère mobiliser des partenaires privés, notamment des grossistes de Pointe-Noire, afin d’abaisser le coût global et augmenter la couverture.
La mairie envisage de cartographier les zones de fragilité alimentaire de la ville en collaboration avec l’Institut national de la statistique. Les données devraient nourrir un futur plan municipal d’approvisionnement, complémentaire aux grands programmes nationaux de résilience.
