Présentation de l’ouvrage
Le 27 novembre, dans un auditorium comble de la capitale, Hugues Ngouélondélé a levé le voile sur « Un maire, une ville : servir, bâtir, transmettre ». L’événement, organisé avec le soutien du ministère de la Culture, a réuni élus, étudiants et membres du gouvernement venus saluer cette initiative éditoriale.
L’auteur, désormais ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Emploi, revisite dans 207 pages et 18 chapitres ses quinze années passées à la tête de l’hôtel de ville de Brazzaville. Entre récit personnel et guide pratique, l’ouvrage se présente comme un manuel de référence pour toute équipe municipale en quête d’efficacité.
Un triptyque, fil rouge de la réflexion
Le cœur du livre s’organise autour d’un triptyque limpide : bâtir, servir, transmettre. Chaque terme éclaire une facette du métier de maire et structure la narration. « Sans vision d’ensemble, la ville étouffe », écrit-il en ouverture, légitimant une approche stratégique de long terme.
Préfacé par l’économiste Camille Bongou, le texte alterne chapitres théoriques et retours d’expérience, offrant au lecteur un panorama des réformes menées entre 2003 et 2018. L’ensemble dessine le portrait d’une capitale en mutation, confrontée aux défis démographiques propres aux métropoles africaines.
Bâtir : répondre à la poussée démographique
Lorsque Hugues Ngouélondélé prend ses fonctions en 2003, Brazzaville compte déjà plus d’1,2 million d’habitants. Face à cette pression, il priorise la voirie, l’assainissement et la modernisation des marchés. Le livre livre des détails sur la réhabilitation de 120 kilomètres de routes et la création de parcs de proximité.
Il rappelle également que le défi de l’énergie urbaine a été abordé par des partenariats public-privé destinés à fiabiliser l’éclairage public, enjeu crucial pour la sécurité. « La rue bien éclairée, c’est déjà un bout de citoyenneté gagné », écrit-il, insistant sur la dimension sociale de l’équipement urbain.
Servir : placer le citoyen au centre
Le second pilier se concentre sur la notion de service public local. L’ancien édile y décrit un effort constant de simplification des démarches administratives, avec l’instauration d’un guichet unique pour l’état civil et le permis de construire. Selon lui, « servir, c’est écouter avant d’agir ».
Il évoque aussi la question sensible de la fiscalité municipale, soulignant l’équilibre recherché entre ressources propres et capacité contributive des ménages. Le livre détaille la digitalisation progressive de la perception des taxes, une étape présentée comme indispensable pour sécuriser la trésorerie communale.
Transmettre : partager les acquis
« Une expérience qui n’est pas partagée se perd », rappelle l’auteur dans la dernière partie. Il propose un ensemble de fiches pratiques sur la conduite de projets urbains, scrutant aussi bien les appels d’offres que la participation citoyenne aux décisions de quartier.
Cette volonté pédagogique s’adresse aux futurs maires, aux étudiants de l’École nationale d’administration et à toute personne investie dans la gouvernance de proximité. L’ouvrage, tiré à 3 000 exemplaires, sera d’ailleurs inclus dans le programme de lecture recommandé par l’ENAM dès la prochaine rentrée.
Regards croisés des universitaires et acteurs publics
La soirée de lancement a donné lieu à une table ronde animée par le professeur Kinzounza Kitsoro Firmin. Celui-ci y voit « un cas d’école susceptible d’enrichir les curriculums sur la décentralisation ». Il estime que l’expérience brazzavilloise peut inspirer d’autres capitales africaines.
Le ministre Charles Nganfouomo, pour sa part, a salué une « mise à nu sans complaisance des limites et potentialités de l’action municipale ». Les professeurs André Patient Bokiba et Grégoire Lefouba ont insisté sur la valeur documentaire du livre, à la croisée du témoignage politique et de la recherche académique.
Enjeux contemporains pour Brazzaville
Au-delà du récit, « Un maire, une ville » met en perspective les défis actuels de la capitale : croissance horizontale des quartiers périphériques, pression sur les services d’eau et gestion des inondations liées aux crues du fleuve Congo. L’auteur propose des pistes conciliant développement et durabilité.
Il invite notamment à renforcer la coopération intercommunale dans la région de la CEMAC afin de mutualiser l’expertise en ingénierie urbaine. « Brazzaville doit s’ouvrir, apprendre et partager », insiste-t-il, plaçant l’avenir de la ville dans un dialogue régional dynamique.
À retenir
Le livre de M. Ngouélondélé s’impose comme un outil de mémoire institutionnelle, documentant quinze ans de gestion et de réformes. Sa parution tombe à point nommé, alors que le gouvernement met l’accent sur la décentralisation effective et l’amélioration de la qualité de vie en milieu urbain.
Le point municipal et économique
Sur le plan budgétaire, l’auteur rappelle que les investissements réalisés entre 2003 et 2018 représentent près de 180 milliards de francs CFA, financés pour moitié sur ressources propres. Il plaide pour une fiscalité locale élargie, transparente et numérisée afin de pérenniser l’entretien des infrastructures.
Le livre revient aussi sur l’impact social de ces programmes : 2 500 emplois générés dans la voirie, un réseau de start-up mobilisées pour la maintenance des feux tricolores et un partenariat avec l’Agence nationale pour l’emploi pour insérer les jeunes diplômés dans les métiers urbains.
Perspectives et tournée de promotion
Après Brazzaville, l’auteur entamera une tournée de promotion à Pointe-Noire, Paris et Abidjan, témoignant d’un intérêt international pour ce retour d’expérience. Plusieurs universités ont déjà planifié des conférences-débat afin de discuter des enjeux de gouvernance de proximité dans les métropoles africaines.
Hugues Ngouélondélé conclut son ouvrage sur cette formule : « La ville est une promesse de vie commune. À nous de la tenir. » Une invitation à poursuivre le dialogue entre citoyens, élus et experts pour bâtir des cités résilientes, inclusives et tournées vers l’avenir.
