Appel solennel depuis Dolisie
Le 29 novembre 2023, dans l’atmosphère chaude de la place de l’Indépendance à Dolisie, Jean Valère Mbani s’est adressé à plusieurs centaines de militants pour lancer un message simple : « Excellence, poursuivez la marche ». La phrase, reprise en chœur, a immédiatement marqué les esprits.
En conviant le chef de l’État à briguer un nouveau mandat lors de la présidentielle de mars 2026, le président du parti Le Congo en marche a réouvert, plus tôt que prévu, le débat sur la succession politique au Congo-Brazzaville.
Un anniversaire haut en symboles
La cérémonie s’inscrivait d’abord dans la célébration du sixième anniversaire du LCEM, formation lancée en 2017 autour du triptyque « patriotisme, discipline, développement ». Pour l’occasion, le mouvement a inauguré son nouveau siège national, financé sur fonds propres, en périphérie de la ville.
Derrière les rubans tricolores, les responsables ont dévoilé une salle polyvalente destinée à l’école politique. Ici, candidats aux municipales comme animateurs de quartier recevront des formations sur la gestion de la cité, la fiscalité locale ou la médiation communautaire, promet Jean Valère Mbani.
LCEM, un parti de la nouvelle génération
Encore marginal dans l’hémicycle, le LCEM revendique plus de 30 000 adhérents, issus des départements du Niari, de la Bouenza et de Pointe-Noire. Son positionnement de centre-gauche nationaliste lui permet de dialoguer autant avec la majorité que les organisations de la jeunesse estudiantine.
L’implantation progressive de comités de base dans l’hinterland pétrolier s’appuie sur un discours axé sur la stabilité et la promotion des initiatives locales. « Notre avenir ne passera ni par l’aventure ni par l’importation de modèles étrangers », martèle régulièrement Mbani dans ses causeries politiques rurales.
Les réalisations mises en avant
Dans son allocution, le leader a dressé un inventaire des infrastructures livrées sous l’impulsion de Denis Sassou N’Guesso : pont de la Louvakou, extension de l’hôpital général de Dolisie, réhabilitation du tronçon RN1-RN6, électrification rurale à Mayoko. Autant de chantiers qui, selon lui, transforment le quotidien.
L’orateur a salué « la patience d’un bâtisseur », rappelant que les investissements sociaux représentent désormais plus de 40 % des dépenses de l’État. Chiffres à l’appui, il a cité la hausse de 18 % du budget Santé-Éducation sur la période 2021-2023, malgré un contexte financier mondial tendu.
Vers un nouveau cycle politique
À vingt-huit mois de l’échéance présidentielle, les partis commencent habituellement à tester leurs slogans. L’appel public du LCEM survient toutefois avant même la clôture du premier cycle du Plan national de développement 2022-2026, preuve, pour certains observateurs, d’une volonté de clarifier rapidement le paysage.
« Notre démarche vise la continuité et la sérénité », explique Clémence Mabiala, secrétaire générale adjointe du LCEM. Selon elle, annoncer la couleur tôt permet d’éviter « l’inflation des candidatures gadgets » et de consacrer le reste du calendrier à la consolidation des programmes sectoriels.
Voix de la jeunesse et des sages
Sous la grande tente blanche, les délégués des sections jeunesse ont repris le slogan « 2026, le temps de la maturité ». Pour ces militants nés après 2000, la priorité reste l’emploi. Ils voient dans la stabilité institutionnelle un levier pour attirer capitaux agricoles et industries de transformation.
Les notables, eux, insistent sur la paix retrouvée dans le Niari depuis deux décennies. « Nous avons connu les années de rupture ; nous ne voulons plus retourner dans le brouillard », confie le doyen Roger Ngouabi. Son message, largement applaudi, s’appuie sur la mémoire collective pour convaincre.
Le point juridique et économique
Les dispositions constitutionnelles, révisées en 2015, autorisent le président à solliciter deux mandats de cinq ans. L’élection 2021, première du cycle, fixe légalement la prochaine à mars 2026. Aucun obstacle formel n’empêche donc une nouvelle candidature de Denis Sassou N’Guesso si l’intéressé en fait le choix.
Sur le plan budgétaire, le Fonds monétaire international projette une croissance congolaise à 4 % en 2024, soutenue par le rebond du secteur pétrolier et l’accélération des travaux d’infrastructures. Le maintien d’une stratégie gouvernementale lisible est perçu comme un signal rassurant pour les bailleurs multilatéraux.
Ce qu’il faut retenir
L’initiative du LCEM ouvre ainsi la saison des positionnements politiques tout en célébrant la vitalité d’un parti jeune. À Dolisie, l’ambiance festive a débouché sur un message clair : la base militante souhaite prolonger la trajectoire actuelle et capitaliser sur les acquis économiques en gestation.
Le chef de l’État, en voyage de travail à Oyo au moment de l’événement, n’a pas réagi publiquement. Dans son entourage, on se contente de rappeler que « le temps de la décision appartient au Président ». Les prochains mois diront si l’appel venu du Niari porte.
Quoi qu’il en soit, le calendrier institutionnel s’installe progressivement. Les conclaves politiques, les revues macroéconomiques et les chantiers sociaux prévus en 2024 façonneront le climat d’ici 2026. Pour l’heure, Dolisie vient de donner le ton, et la marche semble bel et bien enclenchée.
