Enjeux routiers nationaux
À Brazzaville, la 22e session du comité de direction du Fonds routier a mis en lumière l’écart grandissant entre les ambitions du Congo en matière de mobilité et les moyens disponibles. Le réseau, long de 25 000 kilomètres, requiert un entretien constant pour garantir sécurité et compétitivité.
Des besoins chiffrés en dizaines de milliards
Le directeur général, Elenga Obat Nzenguet, rappelle que le simple entretien annuel absorberait plus de 50 milliards de francs CFA. Dans les caisses, cinq petits milliards sont effectivement mobilisés pour 2025, soit à peine 10 % des besoins identifiés par les services techniques.
L’écart n’est pas nouveau, mais il s’accentue avec la diversification économique. Les routes restant le premier vecteur d’échanges, chaque retard de maintenance génère des coûts logistiques supplémentaires pour les producteurs d’hydrocarbures, d’agro-industries ou de bois, piliers de la croissance nationale.
Un contexte macroéconomique exigeant
Le président du comité, Yves Ickonga, situe ces tensions budgétaires dans un environnement mondial heurté par les effets post-pandémiques et les réalités géopolitiques. Les recettes fiscales, encore dépendantes des cours pétroliers, doivent se ventiler entre santé, éducation et réponses sociales.
Face à cette réalité, le ministère des Finances maintient une démarche prudente, privilégiant la soutenabilité de la dette et la stabilité monétaire au sein de la CEMAC. Toute augmentation des enveloppes sectorielles s’opère donc avec une marge étroite et sous contrôle.
Les pistes de mobilisation de ressources
Les administrateurs ont validé l’idée d’un élargissement de l’assiette de la taxe sur les lubrifiants et pneus importés. Selon les projections internes, une majoration de deux francs CFA par litre pourrait générer près de trois milliards supplémentaires par an.
La collaboration avec les bailleurs multilatéraux demeure une autre voie. La Banque africaine de développement a, par exemple, manifesté son intérêt pour cofinancer des programmes d’entretien périodique s’ils s’accompagnent d’indicateurs de performance solides et d’un suivi indépendant.
Le secteur privé local reste, lui aussi, un partenaire potentiel. Les contrats d’entretien par niveaux de service, déjà expérimentés sur l’axe Dolisie–Loubomo, ont permis de mutualiser risques et gains, tout en garantissant une meilleure réactivité des entreprises nationales.
La course contre la saison des pluies
Le calendrier inquiète les techniciens. Dès octobre, les précipitations rendront certaines pistes latéritiques difficilement praticables. Une cartographie des points noirs a été finalisée : elle priorise 600 kilomètres, dont les abrupts de Kindamba et les ponts sur le Niari.
Le Fonds routier prévoit d’y consacrer la moitié de son enveloppe disponible, soit 2,5 milliards. Les équipes de terrain seront appuyées par le génie militaire, dont l’expertise en période humide a souvent permis de maintenir les liaisons stratégiques.
Gouvernance et transparence des projets
Lors de la session, les administrateurs ont adopté un manuel actualisé de procédures. Celui-ci renforce l’obligation de publier, sous trente jours, le détail des dépenses et le nom des prestataires, gage de confiance pour les partenaires internationaux.
En parallèle, une interface numérique ouverte au public est annoncée pour 2026. Elle permettra aux usagers de signaler en temps réel les dégradations et d’accéder aux calendriers d’intervention, réduisant ainsi la perception d’opacité entourant l’entretien routier.
Voix d’experts et d’usagers
Pour l’économiste Marc-André Koumba, la route reste « le premier outil de cohésion territoriale ». Il estime qu’un franc investi dans la maintenance économise trois francs en reconstruction ultérieure, argument utilisé pour convaincre les partenaires d’élargir leur appui.
Sur le terrain, Chantal, transporteur entre Sibiti et Komono, confie que chaque saison des pluies allonge son trajet de deux heures et renchérit le fret de 15 %. « Les petites réparations avant l’orage, dit-elle, valent mieux qu’une route totalement coupée ».
À retenir
Besoins annuels : 50 milliards ; ressources disponibles : 5 milliards. Priorités immédiates : 600 km critiques avant octobre. Outils envisagés : nouvelle taxe, partenariats BAD, interface citoyenne. Objectif affiché : rendre chaque franc investi traçable et rapidement visible sur le terrain.
Le point économique
La stratégie s’aligne sur la recommandation du FMI d’accroître les investissements d’entretien pour préserver le capital existant plutôt que de financer des reconstructions coûteuses. En renforçant le Fonds routier, l’État protégera son attractivité logistique et soutiendra la diversification hors pétrole.
Vers un modèle pérenne
À moyen terme, l’objectif est de faire du Fonds routier un instrument de financement mixte, capable de lever des émissions obligataires vertes. Les recettes issues de la taxe carbone régionale, en cours de discussion, pourraient abonder ce guichet.
Les équipes planchent déjà sur un portefeuille de projets bancables, notamment l’entretien en continu de la RN1 et la réhabilitation préventive des bretelles industrielles de Pointe-Noire. Ces opérations généreraient des péages ciblés permettant de rembourser les investisseurs.
Pour Elenga Obat Nzenguet, l’enjeu dépasse l’aspect technique. « Entretenir nos routes, c’est valoriser notre union nationale et accélérer l’intégration sous-régionale », résume-t-il. Une orientation qui résonne avec la volonté du gouvernement de bâtir des infrastructures adaptées à l’émergence.
