Une cérémonie empreinte de solennité à Brazzaville
Sous les frondaisons du Monument des AET, les clairons ont retenti le 3 décembre, marquant l’ouverture d’un dernier hommage au lieutenant-colonel à la retraite Ernest Lekana, matricule 156, figure respectée des anciens enfants de troupe du Congo-Brazzaville.
La parade était présidée par le colonel-major Rémy Ayayos Ikounga, patron des AET du Congo et de la Fédération africaine, entouré du préfet de Brazzaville Gilbert Mouanda Mouanda et du ministre des Finances Christian Yoka, tous deux issus de la même fraternité.
Derrière le drapeau frappé de l’emblème vert et rouge, dix-huit promotions, conduites par l’aïeul Félix Mouzabakani, ont formé le carré d’honneur, rappelant la cohésion intergénérationnelle qui caractérise cette communauté militaire depuis le temps de l’Afrique-Équatoriale française.
Parcours d’un enfant de troupe devenu pilier militaire
Né en 1939, Ernest Lekana avait intégré en 1953 l’École indigène des Enfants de troupe de l’AEF-Cameroun, devenue l’École militaire préparatoire général Leclerc, où il partagea les bancs avec Marien Ngouabi et Jacques Joachim Yhombi-Opango.
Selon le colonel Serge-Eugène Ghoma Boubanga, secrétaire général adjoint des AET, le disparu incarnait « un sens aigu de l’excellence, une probité contagieuse et une bienveillance qui sécurisait les plus jeunes ».
Ces valeurs, martèle l’association, alimentent encore la doctrine morale des forces armées congolaises, façonnant des cadres capables d’allier discipline, ouverture d’esprit et loyauté envers les institutions nationales.
De Fort-Lamy à Brazzaville, un officier dans l’histoire
En 2024, malgré son âge avancé, Ernest Lekana avait été appelé à présider l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre, structure dédiée à la solidarité et à la transmission mémorielle.
Cette nomination couronnait quarante-et-une années de service sous le drapeau, rythmées par des affectations stratégiques au groupement d’intervention, à la gendarmerie puis à la compagnie des transmissions de l’État-major.
Le 31 juillet 1962, il fut déployé à Fort-Lamy, au Tchad, dans un contexte d’émancipation post-coloniale où l’expertise des officiers formés au Congo était particulièrement sollicitée par la France et les nouveaux États autonomes.
Son retour à Brazzaville coïncida avec la création de la gendarmerie nationale congolaise, au sein de laquelle il exerça comme gendarme hors classe avant la dissolution de 1970 décidée dans la foulée de la Révolution.
Reversé alors dans les transmissions, il contribua à moderniser les réseaux radios et à former les opérateurs qui allaient appuyer les premières opérations de maintien de l’ordre sous la jeune République populaire du Congo.
ONAC-VG : mission de mémoire et de réinsertion
La veille de ses obsèques, la grande muette lui avait déjà rendu les honneurs au foyer des anciens combattants sous le patronage du chef d’État-major général, le général de division Guy-Blanchard Okoï.
Parmi ses distinctions figurent l’Ordre du Mérite congolais au grade d’officier et plusieurs décorations étrangères qui soulignent le rayonnement de son parcours au-delà des frontières nationales.
Depuis 2021, l’ONAC-VG organise chaque année des ateliers de réinsertion pour les vétérans, en partenariat avec le ministère de la Défense et l’Agence de développement des PME, afin de transformer les compétences militaires en savoir-faire civils monétisables.
Ernest Lekana supervisait encore, peu avant son décès, un programme pilote de sylviculture communautaire à Mindouli, convaincu que la protection de la forêt congolaise peut devenir un nouveau champ d’honneur pour les anciens combattants.
Le ministère des Finances, par la voix de Christian Yoka, a confirmé que le budget 2025 intégrera une ligne supplémentaire destinée à pérenniser ces initiatives, soulignant la volonté gouvernementale d’associer sécurité, développement durable et cohésion sociale.
Le point historique et réglementaire
Créé par décret, l’Office national des anciens combattants assure le suivi social, médical et mémoriel de plus de 12 000 ayants droit ; il est financé par un fonds spécial abondé notamment par la taxe sur les produits pétroliers.
Pour les historiens militaires, l’exemplarité d’un officier comme Lekana constitue aussi une ressource pédagogique, car elle permet d’illustrer le continuum entre les engagements coloniaux, la consolidation nationale et les impératifs contemporains de défense et de sécurité régionale.
À retenir
À travers la figure de Lekana, les AET veulent rappeler aux jeunes recrues que l’engagement militaire demeure un vecteur de promotion sociale mais aussi un pacte de responsabilité envers la Nation, la paix et l’environnement régional.
Les témoignages lus au monument évoquent un « père de caserne », diligent mais toujours disponible, qui demandait à ses cadets de « respecter la chaîne de commandement pour mériter la confiance des populations civiles ».
Pour le sociologue Martial Mvoula, cette culture d’entraide constitue « un socle de stabilité dans un contexte sécuritaire régional parfois instable, où l’expérience des anciens reste précieuse pour la cohésion interne ».
Le dernier salut a résonné au clairon avant la remise du drapeau plié à la famille, scellant une page de l’épopée AET tout en ouvrant le chapitre de la transmission aux promotions montantes.
L’héritage d’Ernest Lekana, condensé de discipline, d’audace et de service public, continuera d’irriguer les couloirs des écoles militaires congolaises, à l’heure où le pays consolide sa politique de défense et de sécurité collaborative en Afrique centrale.
