Brazzaville accueille le Forum du capital humain
Pendant deux jours, Brazzaville a vibré au rythme du premier Forum du capital humain, rassemblant plus de trois cents participants dans un hôtel du centre-ville.
Chefs d’entreprise, décideurs publics, universitaires et étudiants ont confronté leurs analyses autour d’un même constat : sans une main-d’œuvre formée et motivée, l’ambition de diversification économique reste fragile.
Capital humain et croissance économique
La Banque mondiale chiffre à 38 % la contribution du capital humain à la croissance potentielle des pays d’Afrique centrale.
Pour le Congo, où l’économie repose encore majoritairement sur les hydrocarbures, l’enjeu est stratégique : transformer la rente pétrolière en investissements durables dans l’éducation, la santé et la formation professionnelle.
AGL et Congo Terminal, des acteurs engagés
Filiale du groupe MSC, Africa Global Logistics gère la logistique terrestre et portuaire tandis que Congo Terminal opère le port de Pointe-Noire, véritable poumon du commerce extérieur national.
Selon Aristide Ndjawe, directeur des ressources humaines de Congo Terminal, l’entreprise alloue chaque année 3 % de sa masse salariale à la formation continue, soit près de 400 millions de francs CFA dédiés au perfectionnement technique et au développement du leadership.
Politique publique d’appui aux compétences
Le ministère de la Fonction publique a présenté durant le forum le projet de Réforme de la gestion prévisionnelle des emplois, un dispositif qui doit faciliter l’ajustement entre les besoins des administrations et le vivier de jeunes diplômés.
Un partenariat pilote a d’ores et déjà été signé avec l’École supérieure polytechnique de Pointe-Noire pour financer dix laboratoires métiers et insérer 150 étudiants par an en alternance dans des entreprises privées.
Voix d’experts et témoignages
« Nous devons sortir d’une logique de diplôme unique pour embrasser la formation tout au long de la vie », insiste Nouani Kiba Gatsongo, président exécutif de l’Observatoire africain des ressources humaines, qui animait un atelier sur la marque employeur.
Étudiante en management, Grâce Mombili retient surtout la simulation d’entretien qui lui a permis « de réduire le stress face aux recruteurs ». Elle espère désormais intégrer la logistique portuaire, un secteur où les postes de cadres féminins progressent.
Défis de l’emploi jeune au Congo
Avec plus de 60 % de la population âgée de moins de 25 ans, le pays doit créer 45 000 emplois nouveaux par an simplement pour absorber les arrivées sur le marché du travail, rappellent les services du Haut-commissariat à l’insertion.
La digitalisation lente de l’économie et la dépendance aux importations de biens manufacturés freinent cette dynamique, mais les réformes fiscales engagées depuis 2022 et la relance des chantiers de zones industrielles visent à élargir la base de l’emploi productif.
Le point économique
Selon le cabinet Deloitte Congo, chaque point de productivité supplémentaire obtenu grâce à la montée en compétences pourrait générer 90 milliards de francs CFA de PIB additionnel, soit l’équivalent du budget annuel de la santé.
Qualité de vie au travail comme levier
Parmi les messages forts, la notion de bien-être au poste a été longuement débattue : les intervenants s’accordent à dire qu’un collaborateur épanoui réduit de 30 % le risque d’accident et double sa capacité à innover.
AGL teste depuis septembre un dispositif de navettes écologiques et de paniers frais subventionnés, tandis que Congo Terminal vient d’ouvrir un espace de consultation psychologique gratuit, fréquenté à ce jour par 120 salariés.
Le cadre juridique du travail
Me Inès Massamba, avocate au barreau de Brazzaville, rappelle que le Code du travail congolais impose aux employeurs de consacrer au moins 1 % de la masse salariale à la formation, un seuil que les grands groupes dépassent déjà.
Les discussions ont néanmoins souligné la nécessité de mettre à jour les textes sur le télétravail, actuellement en phase de consultation interministérielle, afin d’encadrer ce mode d’organisation plébiscité pendant la pandémie.
Innovation numérique dans les RH
Start-ups et éditeurs de logiciels ont présenté des solutions de recrutement utilisant l’intelligence artificielle pour présélectionner les candidatures et réduire la discrimination totem ; un pilote sera lancé début 2026 avec le soutien de l’Agence de développement du numérique.
L’Université Marien-Ngouabi a annoncé la création d’un master spécialisé en analyse de données RH, répondant à la demande croissante du marché pour des profils capables de transformer les tableaux de bord en politiques de motivation.
Financement et partenariats
La Société financière internationale étudie un mécanisme de co-garantie destiné aux PME souhaitant moderniser leurs outils de formation, tandis que la Banque de développement des États d’Afrique centrale envisage une enveloppe de 20 millions de dollars pour soutenir les incubateurs régionaux.
À retenir
Le forum a posé les bases d’un dialogue permanent entre État, entreprises et universités ; AGL et Congo Terminal confirment leur rôle moteur ; la prochaine étape sera la mise en place d’indicateurs de suivi pour mesurer l’impact réel sur l’emploi.
Perspectives à moyen terme
Les organisateurs envisagent de décliner le rendez-vous dans les chefs-lieux de département dès 2026, afin d’y impliquer les PME régionales et de renforcer l’appropriation locale d’une vision axée sur la valorisation des talents congolais.
À long terme, les organisateurs espèrent hisser Brazzaville au rang de hub régional du capital humain, en attirant des délégués de la CEMAC et en inscrivant le forum à l’agenda officiel de l’Union africaine.
