Brazzaville accueille GoChap
Le hall moderne d’un hôtel du centre-ville servait de décor, ce vendredi, à la conférence de presse qui marque l’arrivée officielle de GoChap au Congo-Brazzaville. Devant des start-uppers, des chauffeurs et quelques représentants du ministère des Postes, la direction de la plateforme panafricaine a dévoilé son plan d’expansion.
Christ Kimbémbé, directeur général, a rappelé qu’après le Togo et le Burkina Faso, Brazzaville représentait « une étape logique » dans la stratégie régionale de l’entreprise. Les premières courses test circulaient déjà dans la capitale depuis mars, confirmant, selon lui, « un enthousiasme au-delà de nos prévisions ».
Une super-app africaine aux ambitions régionales
GoChap se définit comme une super-app, c’est-à-dire une application unique agrégant plusieurs services urbains. En un clic, l’utilisateur peut commander un taxi, louer un véhicule, réserver un appartement, faire livrer un repas chaud ou des médicaments. L’objectif affirmé : gagner du temps et réduire les coûts de transaction.
La version congolaise, disponible sur Google Play et App Store, s’appuie sur une interface en français et en lingala. Les équipes de développement ont intégré un système de géolocalisation compatible avec les particularités du réseau urbain de Brazzaville, souvent soumis à des coupures d’électricité ou à une connectivité mobile fluctuante.
Mobilité, livraison, santé : le modèle multiservices
Dans le segment mobilité, l’application recense déjà plus de 400 chauffeurs, tous enregistrés avec pièce d’identité, permis de conduire et contrôle technique du véhicule. Un centre d’appels bilingue doit fonctionner 24 heures sur 24 pour résoudre les litiges éventuels et assurer le suivi des trajets en temps réel.
Pour la livraison de repas, GoChap a signé des partenariats avec une trentaine de restaurants, principalement situés dans les arrondissements de Moungali, Poto-Poto et Makélékélé. Les pharmaciens volontaires, encadrés par l’Ordre national, fourniront quant à eux des produits soumis à prescription après vérification d’une ordonnance scannée.
Sécurité et traçabilité au cœur de l’offre
Le patron de la start-up met en avant une architecture technique hébergée sur des serveurs installés au Congo afin de respecter la réglementation sur la souveraineté numérique. Chaque transaction est horodatée et stockée dans des bases chiffrées, auditables par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information.
« Nous travaillons en transparence avec la police routière et la direction des transports urbains », précise Christ Kimbémbé. Les chauffeurs reçoivent une formation de sensibilisation à la sécurité routière et signent un code de conduite. Les clients disposent d’un bouton SOS qui géolocalise instantanément le véhicule auprès des forces de l’ordre.
Un marché numérique soutenu par l’État
Le ministère des Postes, des télécommunications et de l’économie numérique salue une initiative « alignée avec la feuille de route gouvernementale de digitalisation ». Selon des données officielles, le taux de pénétration Internet au Congo a dépassé 35 % en 2023, tandis que le mobile money progresse de 27 % par an.
La loi sur la protection des données personnelles, adoptée en 2022, impose aux plateformes de déclarer leurs fichiers auprès de la Commission nationale de contrôle. GoChap affirme avoir déposé son dossier dès janvier, se positionnant en précurseur parmi les jeunes pousses, conformément aux directives du ministre Léon Juste Ibombo.
Perspectives pour l’emploi et l’entrepreneuriat
Les estimations internes évoquent la création de 2 000 emplois directs d’ici fin 2024, en majorité des chauffeurs et des coursiers indépendants. Le modèle de rémunération prévoit une commission de 15 %, inférieure, selon l’entreprise, aux standards des concurrents internationaux, ce qui devrait préserver un revenu net attractif.
Au-delà des recrutements, GoChap envisage un programme d’incubation dédié aux développeurs locaux, afin d’enrichir l’écosystème par des modules tiers : billetterie d’évènements, paiement de factures ou e-commerce artisanal. « Nous voulons que les ingénieurs congolais deviennent fournisseurs plutôt que simples utilisateurs », insiste la responsable produit, Clarisse Tchicaya.
L’Agence nationale pour l’emploi confirme être en discussion pour intégrer les offres GoChap sur sa plateforme digitale et former des profils sans-emploi à la relation client. Ce partenariat public-privé, encore à l’état d’ébauche, pourrait bénéficier d’un appui financier de la Banque mondiale via le projet Cab-Congo.
Le point juridique/éco
Selon le cabinet d’avocats Ndinga & Associés, la prestation de transport via application relève du régime de l’intermédiation électronique prévu par la loi de 2019 sur le commerce numérique. Les opérateurs doivent disposer d’un siège local, garantir la fiscalisation des revenus et transmettre chaque trimestre un rapport d’activité.
GoChap indique avoir obtenu son numéro d’identification fiscal et prévoit de collecter la TVA sur chaque transaction dès le premier semestre 2024. Une mesure qui pourrait, selon l’économiste Jérôme Okou, « encourager la formalisation des activités informelles et générer de nouvelles ressources pour le budget public ».
À retenir
Super-app multiservices, hébergement local des données, partenariats avec restaurateurs et pharmacies, création d’emplois : GoChap incarne la montée en puissance d’une économie numérique congolaise qui veut gagner en souveraineté et en compétitivité. Les prochains mois diront si le pari de la super-app saura dépasser l’effet de nouveauté.
Pour l’heure, la start-up capitalise sur un contexte réglementaire jugé favorable et sur l’engouement croissant des citadins pour les solutions de paiement et de mobilité dématérialisées. En se positionnant comme acteur responsable, elle espère non seulement fidéliser sa clientèle mais aussi inspirer d’autres innovations locales.
