Brazzaville mise sur ses jeunes footballeurs
Du 27 au 29 décembre, le centre de formation d’Ignié se transformera en ruche. Pour la première fois, la Fédération congolaise de football convie onze ligues départementales autour d’une Coupe inter-ligues réservée aux moins de 15 ans chez les garçons et aux moins de 16 ans chez les filles.
Au-delà de la simple compétition, l’instance veut constituer une banque de profils aptes à alimenter demain les sélections nationales U17 et U20. « Nous voulons que chaque département devienne vivier », explique Jacques Ontsira, membre du comité d’organisation et passionné de détection des jeunes talents.
Un format pensé pour l’éclosion des talents
L’édition inaugurale s’appuie sur un format resserré : matches parallèles sur terrain réduit, effectifs de sept joueurs de champ plus un gardien, quatre remplaçants obligatoirement utilisés, mi-temps de dix minutes pour des rencontres de deux fois vingt-cinq minutes. Le rythme oblige les coachs à privilégier technique et réactivité.
Chaque équipe disputera au minimum cinq rencontres, garantissant un temps de jeu conséquent aux soixante-quatorze garçons et soixante-six filles attendus. La programmation simultanée, inspirée des tournois scandinaves, limite l’attente entre deux matches et préserve la fraîcheur physique indispensable à l’expression du potentiel.
Le règlement impose par ailleurs la sortie du ballon au sol, bannit les dégagements longs et encourage la relance courte. L’idée, selon Ontsira, est de « forger dès l’enfance l’identité de jeu offensif et technique chère aux Diables Rouges » sans sacrifier la rigueur tactique.
Les ligues départementales mobilisées
Brazzaville engage deux sélections masculines et deux féminines, reflet de son bassin licencié le plus dense. Mais la Bouenza, la Likouala ou la Sangha entendent rivaliser. Les délégations, hébergées au complexe d’Ignié, arriveront la veille pour un briefing médical et pédagogique piloté par la direction technique nationale.
Dans chaque ligue, la phase qualificative interne a mobilisé écoles, collèges et structures communautaires, révélant l’appétit des familles pour le ballon rond. À Owando, les plateaux d’identification ont attiré plus de 400 enfants un mercredi après-midi, selon le président de la ligue de la Cuvette.
Le ministère des Sports assure le transport routier des délégations plus éloignées et salue « une initiative alignée sur la Stratégie nationale de développement du sport à l’horizon 2030 ». Ce soutien logistique souligne l’importance accordée aux périphéries, souvent moins médiatisées que la capitale.
Une vitrine pour le football féminin
Pour la Fécofoot, l’obligation pour chaque ligue d’aligner une équipe féminine démontre un volontarisme salué par plusieurs associations. Le football féminin, stimulé par la Coupe d’Afrique des Nations 2022, bénéficie d’une mobilisation croissante des coaches diplômées et des arbitres féminines issues du programme FIFA Forward.
Les rencontres U16 se dérouleront aux mêmes horaires que celles des garçons, supprimant toute hiérarchie implicite. « Nous voulons voir éclore la prochaine Christelle Mambou », sourit la sélectionneuse de Pointe-Noire, qui a prévu des entraînements spécifiques axés sur la finition devant le but.
Objectif : structurer la formation nationale
La banque de données générée par le tournoi sera consolidée dès janvier dans le logiciel Fifa Connect, déjà utilisé par la Fédération. Chaque joueur sera suivi sur trois indicateurs clés : croissance physique, progression technique et assiduité scolaire, critère devenu déterminant depuis la charte signée avec l’Éducation nationale.
À moyen terme, la Fécofoot ambitionne d’ouvrir trois centres régionaux de perfectionnement, inspirés de l’académie de Diata. Les jeunes repérés à Ignié y recevront un encadrement sportif mais aussi des ateliers numériques et environnementaux, conformément aux priorités gouvernementales de diversification économique et de transition écologique.
À retenir
Au-delà du palmarès, la Coupe inter-ligues se veut laboratoire de bonnes pratiques : quotas de temps de jeu, parité d’accès aux installations, renforcement médical avec un médecin pour deux terrains et utilisation d’une application de suivi des commotions, développée par l’université Marien-Ngouabi.
Les finales, programmées le 29 décembre en fin d’après-midi, seront diffusées en direct sur Télé Congo et sur la page Facebook de la Fécofoot. Une fanzone permettra aux supporters d’assister aux matches sur écran géant et de participer à un quiz sur l’histoire du football national.
Le point économique
Le budget du tournoi, estimé à 38 millions de francs CFA, est cofinancé par le ministère des Sports, la Fifa via le programme Forward et trois entreprises nationales des secteurs télécoms, boissons et BTP. L’ensemble couvre transports, hébergement, restauration, dotations en équipements et retransmission télévisée.
En retour, les partenaires bénéficieront d’une visibilité sur les panneaux LED du centre d’Ignié et sur les maillots officiels, conçus par un atelier textile de Makoua. La Fédération espère ainsi créer un précédent financier et convaincre d’autres sponsors d’investir dans les compétitions de base.
Rayonnement sous-régional
La CEMAC suit l’expérience avec intérêt. Selon un responsable sportif camerounais présent comme observateur, ce format pourrait être dupliqué dès 2024 dans un tournoi zonal. « Le Congo joue un rôle de locomotive en matière de détection », juge-t-il, soulignant la qualité des infrastructures d’Ignié rénovées l’an dernier.
