Brazzaville accueille l’élite de l’urologie
Le deuxième congrès de la Société d’urologie du Congo s’est clos le 27 septembre à Brazzaville, après trois jours de dialogue scientifique ayant réuni 120 participants de sept pays africains, unissant praticiens, chercheurs et étudiants autour des grands axes de la discipline.
Offrant soixante-deux communications, dont une affichée, la rencontre a exploré l’andrologie, l’uro-oncologie, la lithiase, la chirurgie et l’uropédiatrie, tout en s’adaptant aux réalités techniques et économiques propres à l’Afrique subsaharienne.
Ateliers pratiques au cœur des besoins
La première journée fut consacrée à deux ateliers de haute technicité : la réparation des fistules vésico-vaginales selon Chassar-Moir et la résection bipolaire transurétrale de la prostate, procédures pertinentes dans les hôpitaux à ressources limitées.
Sous la supervision du Pr Alain Prosper Bouya, les participants ont alterné démonstrations in situ et simulations sur mannequins, permettant un transfert de compétences immédiat vers les services régionaux où le déficit d’urologues reste sensible.
Andrologie : la jeunesse au centre
Trente-et-une communications ont balisé la deuxième journée, avec un accent sur l’infertilité masculine, la varicocèle et la dysfonction érectile, pathologies silencieuses mais socialement lourdes dans des sociétés où le couple demeure vecteur de cohésion.
Le Dr Rodrigue Koumba a rappelé que « quatre couples sur dix consultent tardivement, faute de structures de dépistage de proximité », plaidant pour l’intégration systématique des bilans andrologiques dans le suivi prénuptial.
Uro-oncologie : priorité au dépistage
Les interventions sur le cancer de la prostate, premier cancer masculin au Congo, ont souligné l’urgence d’organiser des campagnes nationales de dépistage assorties d’outils d’imagerie moderne que plusieurs centres commencent à acquérir grâce à des partenariats public-privé.
Selon le maître de conférences Stève Aristide Ondziel-Opara, « un diagnostic posé deux ans plus tôt suffit à doubler l’espérance de vie des patients », un propos ayant fait consensus parmi les délégués.
Lithiases et chirurgie endoscopique
La lithiase urinaire, souvent diagnostiquée tardivement dans les zones rurales, a suscité des échanges nourris autour des lithotripteurs portables et des solutions de télésuivi qui réduisent hospitalisation et coûts.
Les chirurgiens ont confronté leurs expériences du laser et de l’endoscopie, saluant des taux de succès prometteurs mais regrettant un accès inégal aux consommables importés, facteur inflationniste pour les budgets hospitaliers.
Uropédiatrie : anticiper pour sauver
Les cas de duplicité urétrale et d’abcès rénal ont mis en exergue la rareté des spécialistes pour enfants, alors que la population congolaise demeure jeune ; le renforcement des filières de formation en pédiatrie chirurgicale a été jugé prioritaire.
La gangrène de Fournier, urgence vitale, rappelle la nécessité d’une prise en charge préhospitalière rapide ; un protocole national d’orientation des malades vers les centres dotés de blocs urologiques est en cours d’élaboration avec le ministère de la Santé.
Compétences et coopération régionale
Le congrès a validé un plan de mobilité pour jeunes internes entre Brazzaville, Abidjan et Niamey afin de mutualiser les plateaux techniques et favoriser l’émergence d’une recherche clinique multicentrique portée par la future Société africaine d’urologie.
Plusieurs intervenants ont salué le soutien logistique du gouvernement congolais, dont la mise à disposition du Centre hospitalier universitaire, signe d’une volonté de consolider l’offre de soins spécialisés tout en renforçant l’attractivité scientifique de la capitale.
Le point éco-santé
Les discussions ont révélé que les pathologies urologiques absorbent 1,8 % des dépenses sanitaires congolaises, proportion amenée à baisser grâce à la télémédecine et à la fabrication locale de consommables.
Les économistes présents estiment qu’un patient traité précocement en ambulatoire coûte trois fois moins cher qu’une prise en charge tardive avec complications, argument renforçant l’appel des cliniciens à des politiques de prévention plus offensives.
Formation continue et digitalisation
Pour palier la dispersion des spécialistes, la SUC a signé un protocole avec l’Université Marien-Ngouabi visant à diffuser, via une plateforme en ligne, des cours interactifs et des retransmissions de bloc opératoire en temps réel.
Cette digitalisation devrait bénéficier à vingt-cinq jeunes médecins dès 2024, réduisant les coûts de mobilité et préparant la relève locale, condition indispensable à la pérennité des avancées discutées durant le congrès.
L’Ordre national des médecins étudie par ailleurs un crédit de points de formation continue adossé à chaque participation aux assises, renforçant le caractère obligatoire du perfectionnement professionnel prôné par les autorités sanitaires.
Recherche et financement ciblé
Un appel à projets doté de cinquante millions de francs CFA a été lancé pour financer des études sur la bio-chimie des calculs rénaux et l’impact des habitudes alimentaires urbaines, sujets jugés stratégiques pour la prévention.
Cap sur la prochaine édition
En clôturant les travaux, le Pr Bouya a encouragé les congressistes à « transformer l’essai » par des publications indexées et des registres nationaux des pathologies, tandis que la troisième édition est envisagée à Pointe-Noire pour rapprocher l’événement du bassin pétrolier.
Le sentiment général reste optimiste : la dynamique scientifique, soutenue par l’État et la diaspora médicale, ouvre de nouvelles perspectives pour l’urologie congolaise, appelée à jouer un rôle moteur dans la santé masculine et infantile de la sous-région.
