Mouyondzi, carrefour agricole du Niari
À quelque 250 kilomètres au sud de Brazzaville, Mouyondzi occupe une position singulière dans le Niari : plateau fertile, climat clément et tradition vivrière remontant aux premiers comptoirs coloniaux. Manioc, arachide, maïs et palmier à huile y composent une mosaïque agricole dont dépend près de 80 % de la population active, selon les estimations du ministère congolais de l’Agriculture. Cette vocation n’est pas cantonnée à la subsistance ; elle irrigue l’économie locale, fait levier sur le petit commerce et soutient un maillage de coopératives embryonnaires. La promesse d’une montée en gamme n’échappe à personne, tant le pays, engagé dans la diversification de ses recettes hors pétrole, scrute désormais ses terroirs avec un regard neuf.
Une édile à la convergence des priorités nationales
Élue en 2022, Anne Marie Claudine Kabala s’inscrit dans la dynamique impulsée par le Plan national de développement 2022-2026, lequel consacre un pan entier à la sécurité alimentaire. « Notre potentiel ne peut plus se contenter d’être décrit, il doit être monétisé de manière inclusive », confie-t-elle, esquissant une trajectoire qui conjugue intensification raisonnée des rendements et création de valeur locale. Cette ligne de conduite, saluée par la préfecture de Madingou, se veut complémentaire des orientations présidentielles en faveur de la souveraineté alimentaire, rappelées encore lors du dernier Forum panafricain sur l’agro-industrie tenu à Oyo.
Chaînes de valeur : de la parcelle au marché sous-régional
La stratégie municipale repose sur un pivot simple : le regroupement des exploitants. L’expérience congolaise montre que l’accès au crédit, aux intrants améliorés et aux débouchés est fonction de la taille critique des projets. Mouyondzi propose donc des « pôles de production solidaire » où l’on mutualise matériels, formation technique et négociation commerciale. Les premières discussions avec la Banque africaine de développement, intéressée par un programme pilote sur l’arachide et le niébé, laissent entrevoir des lignes de financement dédiées aux silos de stockage et aux unités de décorticage. L’enjeu n’est plus seulement de produire davantage mais de transformer localement pour capter la valeur ajoutée avant que les camions ne prennent la route de Dolisie ou de Pointe-Noire.
L’eau, denrée stratégique d’un tissu rural résilient
À Mouyondzi, la saison sèche — de juin à septembre — éprouve sévèrement ménages et cultures. Les forages hérités des années 1990 ne suffisent plus. C’est pourquoi la municipalité promeut un projet d’hydraulique villageoise intégrée, adossé à un principe comptable clair : restituer aux communautés autant d’eau qu’elles en prélèvent. Il s’agit de réhabiliter les réseaux vétustes, de mettre en place des châteaux d’eau alimentés par pompes solaires et d’instaurer une tarification symbolique destinée à l’entretien. Des ONG germano-congolaises, fortes de leur expérience à Boko, ont déjà réalisé des études hydrogéologiques préliminaires. Selon la maire, cette convergence entre agriculture irriguée et eau potable garantit la santé publique tout en sécurisant l’arrière-plan productif.
Partenariats public-privé et diplomatie décentralisée
La réussite de la feuille de route municipale dépendra de sa capacité à tisser des alliances. Outre l’État, interlocuteur naturel, des entreprises agro-industrielles de Pointe-Noire ont manifesté un intérêt pour des contrats d’achat à terme. Parallèlement, la ville est jumelée depuis novembre dernier à Limoges Métropole, qui apporte un savoir-faire en matière de circuits courts. Cette diplomatie décentralisée ouvre la voie à des transferts technologiques — pressage à froid des huiles végétales, compostage industriel — et à des programmes de formation croisée. Pour le sociologue Hervé Loukaka, spécialiste des ruralités congolaises, « le défi n’est pas technique mais institutionnel : il faut sécuriser le cadre foncier et clarifier la gouvernance des recettes pour susciter la confiance des bailleurs ».
Entre espérance pragmatique et responsabilité partagée
Mouyondzi ne prétend pas réécrire à elle seule le récit agricole congolais, mais son expérimentation illustre la mue silencieuse de territoires longtemps perçus comme périphériques. La municipalité s’engage à imprimer un tempo rigoureux : évaluation trimestrielle des rendements, audit participatif des usages de l’eau, publication des comptes des coopératives. Cette transparence, soutenue par les services déconcentrés de l’État, constitue un gage de stabilité pour les investisseurs et, partant, une assurance pour les familles d’exploitants. Dans un pays où la jeunesse représente 60 % de la population, l’enjeu est aussi social : donner aux diplômés ruraux des perspectives locales afin d’endiguer l’exode vers Brazzaville.
Perspectives d’une ruralité congolaise renouvelée
À l’horizon 2028, le scénario optimiste évoque une production arachidière doublée, un taux de couverture en eau potable porté à 95 % des ménages et la naissance d’une dizaine de petites entreprises agro-alimentaires. Ces chiffres, prudents, s’appuient sur les projections du Centre national des statistiques agricoles. Ils présument toutefois une coopération durable entre les pouvoirs publics, la société civile et le secteur privé. « Notre boussole demeure l’autonomie alimentaire », rappelle Anne Marie Claudine Kabala, consciente que le grand dessein se matérialise dans la constance des gestes quotidiens : semer, irriguer, transformer et, surtout, partager la valeur créée. Au-delà des frontières du Niari, la démarche ouvre un chemin pour d’autres collectivités en quête d’un développement endogène, responsable et aligné sur les priorités nationales.
