Enjeux éducatifs nationaux
Sous les lustres des Tours jumelles, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a lancé, le 16 décembre, les programmes TRESOR et PARQEB. L’événement, très attendu par la communauté éducative, traduit l’engagement de l’exécutif à remettre l’école au centre du projet national.
Autour de lui se tenaient le préfet de Brazzaville, les représentantes de l’UNICEF, de l’UNESCO et de la Banque mondiale, témoignant d’un front commun pour que l’éducation, pilier du Plan national de développement 2022-2026, gagne enfin en efficacité.
Un double levier pour le capital humain
TRESOR, dédié à la transformation du secteur, et PARQEB, axé sur l’enseignement fondamental, s’imbriquent pour couvrir tout le cycle de l’éducation de base. Les deux instruments servent une même ambition : muscler le capital humain, condition de la diversification économique voulue par Brazzaville.
L’approche répond aux conclusions des États généraux de l’éducation, organisés cette année sous le patronage du chef de l’État. Ces assises ont réclamé des mesures concrètes pour la qualité des apprentissages et l’inclusion des zones rurales et périphériques.
Des financements inédits et ciblés
Doté de 94,6 milliards FCFA, TRESOR s’appuie sur un mécanisme de financement axé sur les résultats. Chaque tranche est débloquée lorsque des indicateurs – présence des enseignants, taux de scolarisation ou disponibilité des manuels – franchissent un seuil validé par les partenaires.
PARQEB est, lui, porté par un don du Partenariat mondial pour l’éducation, orchestré par le duo UNESCO-UNICEF. La priorité est mise sur les premières années de scolarité, où se joue l’acquisition des fondamentaux et la lutte contre l’abandon précoce.
TRESOR, la performance mesurée
Au-delà des salles de classe, TRESOR investit dans la gestion de données. Un tableau de bord national, interconnecté aux inspections départementales, permettra d’anticiper les besoins en enseignants, de suivre les dépenses et d’évaluer, en temps réel, la progression des élèves.
« Notre défi est simple : aucun enfant hors de l’école », a résumé Anatole Collinet Makosso. Le programme cible 1,2 million d’élèves, avec un accent sur la Lékoumou, le Pool, la Sangha et la Likouala, départements où la démographie scolaire reste sous tension.
PARQEB, priorité à la qualité
Le deuxième programme s’attaque, lui, au cœur pédagogique. Formation continue des maîtres, révision des curricula et impression de nouveaux guides figurent parmi les actions phares. L’idée est de hisser le niveau moyen en lecture et mathématiques dès la troisième année primaire.
Pour Mme Fatoumata Barry Marega, de l’UNESCO, « la bataille de la qualité ne se gagnera qu’avec des enseignants motivés et bien outillés ». Les premières sessions de formation, prévues en mars, seront conduites par l’École normale supérieure et des experts régionaux.
Gouvernance et partenariats renforcés
Les ministères de l’Éducation, du Plan, des Finances, de la Fonction publique et des Affaires sociales signeront, début 2026, une matrice de responsabilités partagées. Objectif : fluidifier les recrutements, synchroniser les budgets et éviter les retards de paiement souvent dénoncés par le corps enseignant.
La Banque mondiale, via son mécanisme IDA, assure le suivi fiduciaire. UNICEF pilote le volet social, tandis que l’UNESCO apporte une expertise technique reconnue dans la région. Cette architecture vise à ancrer la redevabilité sans alourdir la chaîne de décision nationale.
Ce qui change dès 2026
Les premiers indicateurs attendus concernent l’augmentation du taux net de préscolarisation, aujourd’hui autour de 25 %. Le gouvernement table sur dix points gagnés en deux ans, grâce à la construction de salles communautaires et au déploiement de matériels ludiques adaptés.
La feuille de route prévoit également une plate-forme numérique pour la gestion des carrières enseignantes. Chaque instituteur disposera d’un compte retraçant formations, affectations et évaluations, facilitant les promotions au mérite et la mobilité vers les zones à déficit chronique.
Au-delà des chiffres, les partenaires insistent sur l’élan collectif. « Nous investissons dans l’avenir du Congo », affirme Maria Vittoria Balota de l’UNICEF. Reste que la réussite dépendra de l’appropriation locale : parents d’élèves, chefs d’établissements et collectivités sont appelés à soutenir la dynamique.
Impact macroéconomique attendu
Selon le ministère du Plan, chaque franc investi dans l’école génère, à horizon dix ans, trois francs de PIB supplémentaire. La corrélation, déjà observée dans plusieurs pays d’Afrique centrale, conforterait la stratégie du gouvernement fondée sur la formation d’une main-d’œuvre qualifiée.
Les projections retiennent également un recul de la pauvreté multidimensionnelle, grâce à la hausse attendue des revenus des futurs diplômés. D’ici 2035, le ministère des Finances estime que 200 000 jeunes supplémentaires accéderont à un emploi formel, réduisant les pressions migratoires internes.
La Banque mondiale, pour sa part, met en avant l’effet multiplicateur des achats locaux de fournitures et de travaux publics liés aux nouvelles écoles. Les PME du BTP, déjà mobilisées pour les routes départementales, voient là un carnet de commandes stable sur quatre ans.
Enfin, les partenaires rappellent le potentiel d’attractivité régionale. Des universités privées envisagent d’ouvrir des antennes, attirées par le vivier d’élèves mieux préparés. À terme, Brazzaville aspire à devenir un hub éducatif d’Afrique centrale, renforçant sa diplomatie d’influence douce.
