À Brazzaville, les 10 et 11 juin, la 45e session ordinaire du Conseil des ministres de l’UEAC s’est ouverte sur un constat sans détour. La communauté économique d’Afrique centrale traverse une zone de turbulences budgétaires qui interroge sa capacité à tenir ses promesses d’intégration.
Un diagnostic financier sans complaisance
Le ton a été donné d’emblée par Eric Mbendé, président du comité Inter-États. « Les chiffres sont alarmants. Les plans d’action et programmes peinent à se déployer », a-t-il déclaré, pointant une réduction drastique des ressources communautaires (adiac-congo.com).
Derrière cette franchise se devine une inquiétude structurelle. Les institutions de la CEMAC fonctionnent grâce aux contributions des États membres, dont les marges se sont resserrées au fil des aléas pétroliers et des contraintes budgétaires nationales.
Cette dépendance crée un cercle fragile. Quand les recettes des États fléchissent, les programmes régionaux ralentissent, et l’ambition collective se heurte à l’arithmétique froide des caisses vides.
La viabilité de l’institution en ligne de mire
Les experts des pays membres, réunis en amont, avaient déjà balisé le terrain. Leur mission première consistait à examiner en profondeur la situation financière de la Cémac, préalable à toute décision politique des ministres.
Les travaux ont logiquement débouché sur des recommandations ciblées. Elles portent sur le renforcement du recouvrement fiscal et sur des mesures destinées à garantir la viabilité financière de l’institution elle-même, condition de sa crédibilité.
Ce souci d’assainissement traduit une prise de conscience. Sans assise financière solide, les grands chantiers de la sous-région restent des intentions, suspendues à des arbitrages que les États peinent parfois à honorer.
L’intégration économique comme horizon
Charles Assamba Ongodo, vice-président de la Commission, a élargi la perspective. Il a insisté sur la nécessité de renforcer l’intégration économique régionale, levier qu’il juge indispensable pour sortir la zone de sa vulnérabilité actuelle.
Son plaidoyer s’est concentré sur un point névralgique. Améliorer la libre circulation des personnes et des biens reste, selon lui, la voie la plus sûre pour dynamiser le commerce intra-communautaire encore trop modeste.
L’enjeu dépasse la technique douanière. Il touche à la promesse fondatrice de la CEMAC : faire de l’Afrique centrale un espace fluide, où les échanges nourrissent une croissance partagée plutôt que des économies cloisonnées.
Free Roaming et politique minière : les chantiers concrets
Au-delà des finances, l’ordre du jour a aligné des dossiers très concrets. L’implémentation du Free Roaming régional figurait parmi les priorités, signe que l’intégration se joue aussi dans le quotidien numérique des citoyens.
Cette mesure, appelée à réduire le coût des communications entre pays membres, possède une portée symbolique forte. Elle matérialise, pour l’usager ordinaire, ce que signifie concrètement appartenir à une communauté régionale.
L’élaboration d’une politique minière commune a également retenu l’attention des ministres. Dans une sous-région riche en ressources, harmoniser les règles d’exploitation pourrait renforcer le poids de la zone face aux investisseurs et aux marchés.
Tourisme et statistiques pour densifier le projet
Le développement du tourisme en zone CEMAC complétait ce tableau. Souvent négligé au profit des hydrocarbures, ce secteur offre pourtant une diversification susceptible d’amortir la dépendance aux matières premières fluctuantes.
Plus discret, mais non moins stratégique, l’agenda comportait l’adoption de guides méthodologiques relatifs aux statistiques et aux recensements. Sans données fiables, aucune politique publique ne peut être pilotée avec rigueur.
Cette attention aux chiffres rejoint le diagnostic d’ouverture. Mesurer correctement l’état réel de l’économie régionale constitue le premier pas vers des décisions ajustées plutôt qu’improvisées.
Brazzaville, scène d’un test de crédibilité
En accueillant cette session, le Congo-Brazzaville s’est retrouvé au centre d’un moment révélateur. La capitale congolaise a servi de tribune à une institution sommée de prouver qu’elle peut se réformer en période de contrainte.
Les recommandations adoptées dessinent une feuille de route prudente. Recouvrement renforcé, intégration approfondie, dossiers sectoriels avancés : l’inventaire est cohérent, mais sa mise en œuvre dépendra de la volonté politique des États.
Car tout l’enjeu réside désormais dans l’exécution. La 45e session aura clairement nommé les difficultés ; reste à transformer ce lucide examen de conscience en résultats tangibles pour les économies d’Afrique centrale.
À Brazzaville, la CEMAC a choisi la vérité des chiffres plutôt que le confort des discours. C’est peut-être, dans la durée, la condition première de sa réinvention.
