Une dynamique nationale pour la santé maternelle
Le 27 novembre 2025, la République du Congo a franchi une nouvelle étape avec la certification de dix-neuf centres de santé intégrés engagés dans l’approche Mavimpi Ya Mboté, dédiée aux mères, nouveau-nés et enfants.
Cette approche, lancée trois ans plus tôt, s’appuie sur les principes d’Alma-Ata et d’Astana afin de renforcer le premier maillon du système sanitaire et d’ancrer une culture d’excellence communautaire.
Conduite par le ministère de la Santé et de la Population, avec l’appui de l’UNICEF, de Gavi et du Canada, la stratégie matérialise une vision partagée : sauver des vies et consolider la résilience nationale.
Des indicateurs en forte progression
En seulement dix-huit mois, les dix districts pilotes ont vu leur score moyen passer de 48,9 % à 76,6 %, selon le tableau de bord national validé par la Direction générale de l’offre de soins.
L’évaluation se fonde sur la disponibilité des intrants, la compétence du personnel, la maîtrise de la chaîne du froid vaccinal et la satisfaction des usagers, éléments essentiels d’un continuum de soins efficace.
À Pointe-Noire et Brazzaville, parents et soignants confirment la baisse des références d’urgence grâce à la prise en charge précoce des complications, un changement qui libère des lits hospitaliers et réduit les coûts pour les familles.
Les données collectées via la plateforme numérique DHIS2 montrent également une hausse significative du taux de vaccination pentavalente, passé de 72 % à 91 % sur les sites labellisés.
Des moyens logistiques renforcés
Pour consolider les acquis, le gouvernement a remis deux canots rapides et quatre véhicules utilitaires, d’une valeur totale de 432 millions F CFA, destinés à desservir les zones fluviales et rurales enclavées.
Ces dotations, complétées par des stocks de vaccins, d’antibiotiques et de produits nutritionnels, offrent aux équipes mobiles les moyens d’atteindre les îlots urbains périphériques et les villages bordant le fleuve Congo.
Selon le Dr Honoré Bouyinda, directeur de cabinet adjoint, « un centre isolé qui reçoit ses intrants à l’heure, c’est un diagnostic plus rapide et une chance supplémentaire pour chaque nouveau-né ».
La parole aux actrices de terrain
À Tié-Tié, la sage-femme Adèle Missandou raconte avoir réduit de moitié les accouchements compliqués : « Mavimpi Ya Mboté nous a donné des protocoles simples et un suivi rapproché des parturientes ».
Dans l’enceinte du centre de Vindoulou, Nadège, jeune mère de jumeaux, sourit : « Ils ont tout vérifié, même ma tension après la naissance. Je me suis sentie en sécurité ».
Les témoignages convergent : disponibilité permanente de l’oxymètre, conseils nutritionnels adaptés, visites à domicile postnatales. Autant de gestes qui, cumulés, placent la prévention au cœur de la relation entre soignant et famille.
À retenir
Trois ans après son lancement, Mavimpi Ya Mboté fait figure de laboratoire congolais de la qualité des soins primaires, aligné sur l’Objectif de développement durable 3 relatif à la santé et au bien-être.
La progression de près de 28 points de pourcentage en dix-huit mois témoigne d’une gouvernance centrée sur les résultats, soutenue par des partenariats techniques et financiers solides et transparents.
Le point juridique/éco
Le ministère prépare un arrêté d’application pour intégrer la certification Mavimpi Ya Mboté dans le code de la santé publique, ouvrant la voie à un financement pérenne via le budget-programme et les assurances sociales.
Selon l’économiste Joseph Matsima, la montée en gamme des centres accrédités pourrait générer des économies estimées à 1,2 milliard F CFA par an en évacuations et achats de médicaments hors circuit public.
Pour les bailleurs, ces gains renforcent l’attractivité du programme et facilitent sa reproduction dans d’autres provinces tout en consolidant la stratégie de couverture santé universelle inscrite dans le Plan national de développement 2022-2026.
Enjeux pour la pérennisation
L’institutionnalisation annoncée implique d’étendre la formation continue, de digitaliser le suivi qualité et d’impliquer les collectivités locales afin d’assurer l’entretien des équipements et la redevabilité vis-à-vis des communautés.
Les autorités sanitaires proposent de coupler l’approche avec la télémédecine pour rapprocher les spécialistes des zones rurales, une innovation déjà expérimentée à Ngabé avec un taux de satisfaction supérieur à 90 %.
La représentante de l’UNICEF, Mariavittoria Ballotta, réitère son appui : « Nous encourageons la généralisation rapide pour que chaque famille congolaise bénéficie d’un même standard de sécurité et de dignité aux moments cruciaux ».
Des réunions trimestrielles de retour d’expérience seront instituées avec les comités villageois, garantissant la remontée des indicateurs et l’ajustement des ressources en fonction des besoins réels exprimés par les communautés.
Perspectives régionales
Le succès congolais attire déjà l’attention de la Communauté économique des États d’Afrique centrale, où le Tchad et la Guinée équatoriale envisagent d’envoyer des délégations pour observer la mise en œuvre sur site.
Pour le professeur Michel Obambi, doyen de la faculté de médecine de Brazzaville, « partager un protocole éprouvé au sud d’un continent confronté à une mortalité néonatale élevée est un acte de solidarité stratégique ».
Le ministère de la Santé prévoit ainsi un manuel bilingue français-anglais sur l’approche, financé par le Fonds africain de développement, afin de diffuser les bonnes pratiques au-delà des frontières nationales.
