Guide national de riposte adopté
Le ministère congolais de la Santé vient d’approuver son tout premier guide national de riposte contre le choléra, fruit d’un atelier de quatre jours tenu à Kintélé. Le document, salué comme « une étape pivot », fixe désormais un cadre unique pour tous les acteurs.
Jusqu’ici, chaque service gérait ses propres protocoles, compliquant la coordination sur le terrain. Avec ce guide, les directeurs départementaux disposent d’un instrument harmonisé abordant à la fois la surveillance épidémiologique, l’approvisionnement en intrants, la mobilisation communautaire et le contrôle de la qualité de l’eau.
Foyers actifs et réponse locale
Les travaux se sont concentrés sur trois zones identifiées comme prioritaires : Congo-Oubangui, Nkeni-Alima et la ville-capitale, notamment le district insulaire de Mamou, épicentre actuel. Sur place, médecins sentinelles et volontaires rapportent des cas sporadiques depuis juin, sans flambée massive mais avec un risque permanent.
Le nouveau plan oblige chaque département sanitaire à constituer une cellule de crise permanente. Les équipes disposeront d’un tableau de bord quotidien et d’un mécanisme d’alerte qui remontera les données au Centre national de santé publique en moins de quarante-huit heures, réduisant les délais de réaction.
Partenaires techniques mobilisés
L’Organisation mondiale de la Santé, premier partenaire technique, a assuré la logistique de l’atelier et place deux épidémiologistes en appui long terme. « Notre engagement est d’accompagner le Congo jusqu’à l’interruption durable de la transmission », a rappelé le Dr Lucien Manga, représentant résident de l’agence onusienne.
La Banque mondiale finance, elle, un volet hydraulique de 6,5 millions de dollars destiné à sécuriser les prises d’eau et à déployer trois stations de chloration mobiles autour de Brazzaville. Cet appui complète les ressources propres mobilisées par l’État via le budget d’investissement public.
Plan multisectoriel détaillé
Le guide détaille quatre axes stratégiques : prévention, préparation, riposte et relèvement. Chacun est assorti d’indicateurs mesurables, comme le taux de létalité inférieur à 1 % ou la couverture de vaccination orale au-dessus de 80 % dans les communautés riveraines des cours d’eau.
Une attention particulière est accordée à l’engagement communautaire. Les associations locales, déjà actives contre la covid-19, mèneront des sessions de sensibilisation porte-à-porte sur l’hygiène des mains et la désinfection des points d’eau. Le budget communication est doublé pour diffuser spots radio, SMS et messages sur les réseaux sociaux.
Dans les hôpitaux de référence, un couloir de soins réservé aux cas diarrhéiques sera créé afin d’éviter les contaminations croisées. Des formations express, en e-learning et en présentiel, actualiseront les connaissances du personnel sur la réhydratation orale et intraveineuse, les antibiotiques recommandés et la prise en charge psychologique.
Surveillance numérique innovante
Une composante numérique est introduite : l’application mobile Choléra-Cg, développée par de jeunes ingénieurs de l’École polytechnique de Pointe-Noire, permettra aux agents de terrain de saisir en temps réel les symptômes, la géolocalisation et les stocks disponibles. Les données seront agrégées au serveur du Centre d’alerte précoce.
Ce dispositif, testé depuis le mois d’août dans huit formations sanitaires, a déjà réduit le délai de notification de cinq jours à vingt-quatre heures. L’outil inclut une rubrique grand public offrant des conseils d’autoprotection et la liste des points de traitement, ce qui renforce la transparence.
À retenir
Le nouveau dispositif capitalise sur l’expérience des flambées de 2011 et 2018 : centralisation des stocks de sels de réhydratation, cartographie des points d’eau non protégés, renforcement des contrôles aux frontières fluviales. Son adoption précède la saison des pluies, période où la contagion s’accélère traditionnellement.
Le point juridique et financier
Sur le plan réglementaire, le guide s’appuie sur le décret de juillet 2022 créant le Cadre national de préparation et riposte aux urgences sanitaires, qui définit les responsabilités des ministères sectoriels et autorise des décaissements exceptionnels. La Cour des comptes veillera à la bonne utilisation des financements externes.
Objectif d’éradication 2030
Le Congo s’aligne ainsi sur la feuille de route mondiale « Ending Cholera », qui vise une réduction de 90 % des décès d’ici 2030. Selon le ministère, le taux de létalité national est déjà passé de 2,4 % en 2018 à 1,3 % l’an dernier.
Le succès dépendra toutefois de l’accès durable à l’eau potable et de l’amélioration des systèmes d’assainissement en zone rurale, rappellent les experts. De nouveaux crédits sont attendus dans le budget 2024 pour accélérer les chantiers d’adduction, à commencer par les localités riveraines de la Sangha.
Mobilisation durable des acteurs
Pour Donatien Moukassa, directeur de cabinet du ministre, « nous devons rester mobilisés et courageux ». Il insiste sur la responsabilité des médias, invités à relayer sans sensationnalisme les consignes sanitaires. Des formations spécifiques leur seront proposées en partenariat avec l’Union des professionnels de la presse du Congo.
La publication du guide intervient dans un climat de vigilance mais aussi d’espoir mesuré : la République du Congo dispose désormais d’un instrument commun, soutenu par ses partenaires, pour faire reculer une maladie ancienne. Le défi sera d’en assurer l’application rigoureuse sur toute l’étendue du territoire.
