Un jalon stratégique pour le Niari
Trois hectares de latérite rouge, cédés officiellement le 8 novembre par le ministre d’État Pierre Mabiala, changeront bientôt de vocation. À cet emplacement stratégique, à deux pas du garage administratif de Dolisie, sortira de terre la quatrième agence congolaise de la Banque des États de l’Afrique centrale.
Pour le Niari, cette implantation symbolise un tournant économique. Longtemps catalogué comme couloir logistique entre Pointe-Noire et Brazzaville, le chef-lieu ambitionne désormais de devenir un noyau financier régional, capable de catalyser l’épargne locale et d’attirer les flux monétaires liés aux filières bois, cacao et manganèse.
Rôle régional de la BEAC
La BEAC, dont le siège régional trône à Yaoundé, coordonne la politique monétaire de six États membres de la CEMAC. Son réseau d’agences garantit la circulation des billets, la supervision bancaire et la stabilité des prix. Dolisie viendra compléter un maillage déjà présent à Brazzaville, Pointe-Noire, Ouesso et Oyo.
Objectifs nationaux de bancarisation
Le projet s’inscrit dans la feuille de route gouvernementale sur la bancarisation, soutenue par le président Denis Sassou Nguesso. Selon le ministère des Finances, à peine 14 % des Congolais détiennent un compte bancaire. L’extension du réseau d’émission fiduciaire constitue donc un levier jugé prioritaire par Brazzaville.
Des retombées économiques attendues
En premier lieu, l’agence facilitera l’approvisionnement en numéraire des banques commerciales, souvent contraintes d’acheminer des cargaisons depuis Pointe-Noire. Des rotations plus courtes réduiront les coûts de sécurité et accélèreront la mise à disposition des billets, notamment durant la saison de paiement des achats de grumes.
Pour les petites et moyennes entreprises du Niari, l’arrivée de la BEAC représente une sécurisation des dépôts et une meilleure fluidité des règlements interbancaires. « Nous pourrons solder nos lettres de crédit sans passer par Pointe-Noire », se félicite Samuel Malonga, dirigeant d’une scierie installée dans la périphérie.
L’agence devrait également créer une centaine d’emplois directs, des caissiers aux ingénieurs IT, et stimuler des activités connexes de restauration, nettoyage ou transport. Les autorités municipales évaluent à plus de 3 milliards de francs CFA la masse salariale annuelle susceptible d’être injectée dans l’économie locale.
Focus sur l’inclusion financière
Au-delà du numéraire, la BEAC veut faire de Dolisie un laboratoire d’inclusion financière. Un guichet dédié au refinancement des institutions de microfinance sera logé dans le bâtiment, afin de consolider l’offre de petits prêts agricoles et de comptes épargne adaptés aux travailleurs informels.
Selon la direction nationale de la banque centrale, près de 60 % des ménages du Niari recourent encore au cash pour les transactions courantes. La présence d’un centre de tri et de destruction de billets usagés améliorera la qualité des coupures en circulation et rassurera les commerçants ruraux.
Regards croisés des acteurs
Pour l’économiste Alain Mankessi, professeur à l’Université Marien-Ngouabi, « une agence de la BEAC agit comme un multiplicateur : chaque franc stocké chez elle peut soutenir plusieurs francs de crédit dans la région ». Il estime que le Niari pourrait gagner un point de croissance dès la troisième année.
Du côté de la mairie, le premier adjoint, Brice Ngatsé, se réjouit d’un « signal de confiance envers notre cité de l’or vert ». Il souligne que l’administration a déjà lancé un plan de réhabilitation des voiries et d’éclairage public sur le boulevard que longera la future agence.
Calendrier et chantier durable
Le maître d’ouvrage, l’Agence de gestion du patrimoine bâti de l’État, table sur un chantier de vingt-quatre mois. Le bâtiment, de quatre niveaux, intégrera des façades ventilées pour réduire la climatisation et des panneaux solaires capables de couvrir 30 % des besoins énergétiques.
La position centrale du site pose toutefois un défi de circulation. Les camions de convoyeurs de fonds devront emprunter des axes déjà saturés aux heures de pointe. Un comité technique réfléchit à l’élargissement d’une bretelle contournant le marché central afin de fluidifier le trafic sensible.
À retenir
À retenir : une enveloppe prévisionnelle de 12 milliards de francs CFA, financement assuré par la BEAC, l’État congolais fournissant le terrain et les facilités fiscales. Mise en service envisagée en 2026, avec une capacité de traitement de 300 milliards de francs CFA de billets par an.
Le point juridique et financier
Le point juridique/éco : l’agence opérera sous le régime de l’ordonnance 62/2021 encadrant les succursales des institutions financières publiques. Les exonérations douanières sur les équipements seront effectives cinq ans, tandis que l’exonération de TVA sur les travaux n’excédera pas dix-huit mois.
Perspectives à long terme
À terme, l’essor financier de Dolisie pourrait renforcer la connectivité ferroviaire et routière du corridor Ouesso-Pointe-Noire, anticipent les analystes. Les autorités, elles, voient plus loin : faire de la ville une plaque tournante où convergeront économie forestière, services bancaires et projets d’industrialisation verte.
Le gouverneur de la BEAC pour le Congo, Michel Dzombala, devrait lancer bientôt une campagne de sensibilisation auprès des établissements scolaires. Objectif : initier les jeunes à la culture monétaire et aux moyens de paiement électroniques, afin de préparer la transition vers le futur franc numérique de la CEMAC régional commun.
