Les applaudissements de l’hémicycle
Les cinq coups de marteau traditionnels n’avaient pas encore résonné que, déjà, plusieurs élus se levaient pour applaudir la récente vague d’opérations anti-banditisme déployées à Brazzaville, Pointe-Noire et dans les capitales départementales.
Sous les dorures de la salle des Congrès, Pierre Ngolo, président du Sénat, a choisi de transformer l’ouverture de la session budgétaire en hommage appuyé aux forces engagées, soulignant leur « professionnalisme et retenue, gages de confiance retrouvée ».
Bilan des opérations sécuritaires
Depuis juillet, plus d’un millier de patrouilles ciblées ont été recensées par la direction générale de la Police, aboutissant à l’interpellation de 870 présumés « bébés noirs » et « kulunas », à la saisie d’armes blanches ainsi qu’au démantèlement de vingt-trois repaires.
Le ministère de l’Intérieur assure que le nombre d’agressions urbaines a chuté de 38 % en trois mois dans les quartiers les plus touchés de Moungali et Talangaï, un indicateur qui reste à consolider mais qui nourrit déjà un sentiment de répit parmi les riverains.
Un front institutionnel uni
Dans l’autre chambre, Isidore Mvouba a repris le même registre, rappelant que la sécurité publique constitue « le socle du développement » et que l’Assemblée nationale accompagnera le gouvernement « dans chaque réforme destinée à protéger nos familles et nos investisseurs ».
Les deux présidents ont d’ailleurs remis aux chefs de corps un livret symbolique référençant les textes qui encadrent l’usage de la force, un geste destiné à rappeler l’équilibre recherché entre fermeté anti-violence et respect des droits fondamentaux.
Racines sociales de la délinquance
Derrière les chiffres, les sociologues insistent sur la dimension communautaire des « bébés noirs », souvent issus de familles fragilisées par le chômage des parents, l’exode rural ou la déscolarisation précoce.
Pour la psychologue Adélaïde Makaya, « l’adolescent qui rejoint un gang cherche d’abord de la reconnaissance ». Elle ajoute que la répression seule déplace le problème d’un quartier à l’autre si rien n’est fait sur l’école, l’apprentissage et la médiation de voisinage.
Les élus en sont conscients : la stratégie nationale de prévention de la délinquance, annoncée par le Premier ministre, doit articuler centres de formation accélérée, soutien parental et programmes de sport urbain afin de couper l’herbe sous le pied aux recruteurs de la rue.
Budgets et réformes prioritaires
Côté finances, le projet de loi budgétaire 2025 consacre 92 milliards de francs CFA aux forces de sécurité, en hausse de 12 % ; mais il réserve aussi 54 milliards à l’emploi jeune et 18 milliards à la rénovation de cinquante écoles publiques jugées sensibles.
Le ministre délégué au Budget, Ludovic Ngatsé, justifie cet équilibre : « Une société sûre se construit autant avec des policiers visibles qu’avec des classes éclairées ». Le Parlement examinera ligne par ligne ces crédits afin d’assurer leur exécution rapide dès le premier trimestre.
L’avis des spécialistes
Pour le criminologue Dieudonné Diaw, interrogé par notre rédaction, l’approche actuelle marque « un tournant doctrinal, moins militaire qu’en 2010 et davantage orienté renseignement, écoute communautaire et justice de proximité », un virage qu’il estime compatible avec les attentes des bailleurs internationaux.
Il note toutefois que l’évaluation indépendante promise par le gouvernement devra être publiée, chiffres bruts et méthodologie à l’appui, pour éviter la guerre des statistiques souvent observée dans la sous-région lorsqu’il s’agit de criminalité juvénile.
Les engagements à suivre
À retenir : la session s’ouvre sur un consensus rare entre exécutif et législatif, tant sur la fermeté que sur l’urgence de traiter les causes profondes de la violence des bandes de mineurs.
Les parlementaires ont fixé un calendrier précis : vote du budget début décembre, adoption des textes scolaires avant mars et lancement d’un comité multipartite chargé de suivre l’impact de chaque action sécuritaire.
Enjeux juridiques et économiques
Sur le plan juridique, les commissions planchent également sur une révision de la loi de 2019 relative à la responsabilité pénale des mineurs, afin de renforcer la médiation judiciaire et d’introduire des mesures alternatives à l’emprisonnement pour les primo-contrevenants.
Les observateurs économiques y voient une voie de stabilisation durable : chaque point d’insécurité urbaine coûterait, selon la Chambre de commerce, 0,3 % de croissance. Retisser le lien social reviendrait donc à ouvrir, à moyen terme, de nouvelles perspectives pour l’investissement privé.
Dimension sous-régionale
Le Comité des chefs de police de la CEMAC suit de près l’expérience congolaise, considéré comme pilote avant un éventuel plan régional contre les bandes transfrontalières opérant entre Brazzaville, Kinshasa et Bangui, où les mêmes codes vestimentaires et modes opératoires apparaissent.
Une mission d’experts gabonais et camerounais est attendue en novembre pour observer le dispositif de vidéosurveillance embarquée, tandis que le fonds Paix et Sécurité de l’Union africaine a proposé un appui technique en matière de cartographie criminelle pour mutualiser les bases de données.
Voix de la jeunesse
À Talangaï, Junior, 19 ans, ancien « penseur » d’un groupe de bébés noirs, se réjouit d’un garage-école public : « Si on m’avait offert ce stage plus tôt, je ne serais pas tombé dans la rue », souffle-t-il.
Son témoignage illustre l’idée maîtresse défendue au Parlement : la sécurité commence par l’inclusion.
