Un rendez-vous mondial décisif
Le premier lundi d’octobre 2025, l’esplanade de la Faculté d’architecture de Brazzaville devrait résonner d’un enthousiasme particulier. Sous la bannière « Concevoir la résilience », les architectes congolais entendent faire de la Journée mondiale de l’architecture un moment pivot pour redéfinir la ville.
Dans son message officiel, le président de l’Ordre des architectes du Congo, Antoine Béli Bokolojoué, met la barre haut : dépasser les réponses ponctuelles et doter le pays d’espaces capables de résister aux chocs, s’adapter aux contraintes et, le cas échéant, renaître plus solides.
Cet appel s’inscrit dans la feuille de route tracée par l’Union internationale des architectes. L’organisation mondiale exhorte ses membres à partager prototypes, recherches et retours d’expérience, afin d’ancrer durablement la notion de résilience dans chaque plan d’urbanisme et dans chaque choix de matériau.
Architecture résiliente au Congo
Brazzaville et Pointe-Noire traversent depuis une décennie une croissance démographique soutenue. Les lotissements s’étendent sur des sols parfois instables, tandis que le fleuve Congo impose des zones inondables récurrentes. Concevoir la résilience signifie donc, ici, travailler le rapport à l’eau, à la forêt et au climat équatorial.
Plusieurs agences locales expérimentent déjà des toitures végétalisées, des briques de terre stabilisée et des dispositifs de ventilation naturelle. Ces solutions, moins énergivores, prolongent la durée de vie des bâtiments et réduisent le coût d’exploitation, un argument décisif pour les promoteurs comme pour les ménages.
Un cadre législatif renouvelé
La loi promulguée le 28 mai sur l’exercice de la profession d’architecte redéfinit les responsabilités et encadre les normes. Pour Antoine Béli Bokolojoué, ce texte fournit « un socle indispensable pour faire émerger des projets qui concilient identité congolaise, sécurité et respect des standards internationaux ».
Le dispositif introduit une obligation de concertation avec les urbanistes et les ingénieurs hydro-climatiques dès la phase d’avant-projet. Il encourage aussi l’usage de matériaux locaux certifiés, gage de traçabilité et de réduction de l’empreinte carbone, un axe aligné sur les engagements climatiques du Congo.
Former les bâtisseurs de demain
À l’Université Marien-Ngouabi, un nouveau cursus dédié à la résilience urbaine ouvrira à la rentrée 2024. Les étudiants y aborderont la gestion des risques, la modélisation 3D des crues et l’économie circulaire. L’objectif est de créer une masse critique de professionnels compétents d’ici cinq ans.
Pour accompagner cette évolution, l’OAC négocie des partenariats avec des écoles françaises et marocaines d’architecture. Des workshops hybrides permettront de tester, sur des maquettes interactives, des réponses adaptées aux réalités climatiques du Bassin du Congo tout en s’inspirant des dernières avancées numériques.
Défis climatiques et urbains
Selon le ministère de l’Environnement, les épisodes pluvieux extrêmes ont gagné près de 15 % d’intensité depuis 1990. Les architectes prennent désormais en compte la montée probable du niveau du fleuve et la fréquence accrue des glissements de terrain dans les quartiers péri-urbains.
Les projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat indiquent également un risque de vagues de chaleur plus longues. Une ventilation traversante, des brise-soleil en bois local et des toits réfléchissants figurent parmi les solutions privilégiées pour préserver le confort sans alourdir la facture énergétique.
À retenir
La résilience exige d’intégrer la culture constructive traditionnelle, de normaliser l’usage de matériaux biosourcés, de développer des compétences locales, et de sécuriser le financement des infrastructures critiques. Sur ces quatre piliers, l’OAC veut bâtir une feuille de route partagée avec les pouvoirs publics.
Le point éco
Le marché de la construction représente 8 % du PIB national et emploie officiellement 45 000 personnes. Selon la Chambre de commerce, chaque point de pourcentage d’économie d’énergie sur les nouveaux bâtiments pourrait générer un gain annuel de 1,2 milliard de francs CFA en importations évitées.
Cap vers la Journée mondiale 2025
Le 6 octobre 2025, l’OAC prévoit un concours d’idées ouvert aux étudiants et aux jeunes agences. Les projets lauréats seront exposés dans les deux principales villes avant d’être présentés à Paris lors du congrès mondial de l’UIA, symbole d’une ambition assumée.
« Nous voulons montrer que le Congo est capable d’anticiper et de proposer des réponses adaptées », souligne Antoine Béli Bokolojoué. Le ton est donné : construire autrement pour protéger les populations, tout en valorisant le savoir-faire local et en stimulant un secteur porteur d’emplois.
En élargissant le cadre réglementaire, en misant sur la formation et en échangeant avec la communauté internationale, les architectes congolais entendent inscrire la résilience dans le marbre. Une démarche qui pourrait faire école dans une région régulièrement confrontée aux caprices du climat et aux chocs économiques.
La réussite passera aussi par des financements innovants. L’idée d’un fonds national pour l’architecture durable, abondé par les bailleurs internationaux et les majors du BTP, circule. Il aiderait les communes à lancer des projets pilotes sans trop peser sur les budgets locaux.
Au-delà des chiffres, le concept de résilience renvoie à une valeur culturelle : la solidarité. Dans de nombreux quartiers, les tontines financent déjà la réhabilitation d’écoles ou la captation d’eau de pluie. Les architectes veulent capitaliser sur cette dynamique communautaire pour accélérer la transformation.
