Brazzaville, capitale d’un panafricanisme musical renouvelé
À peine les derniers projecteurs éteints, la mémoire sonore de la 12ᵉ édition du Festival panafricain de musique continue de flotter sur les rives du Congo. Pendant huit jours, le Palais des congrès s’est mué en agora continentale, où convergences artistiques et dialogues interculturels ont esquissé une Afrique résolument tournée vers la création. L’enthousiasme populaire, perceptible jusque dans les quartiers périphériques, a rappelé que le Fespam n’est pas seulement un rendez-vous de spectacles, mais aussi un marqueur identitaire partagé au-delà des frontières nationales.
Dans son allocution de reprise parlementaire, le président de l’Assemblée nationale, Isidore Mvouba, a qualifié l’événement de « succès indéniable, nonobstant les railleries des esprits chagrins ». La formule, reprise par les médias locaux, souligne la persistance de regards sceptiques, mais surtout la capacité du festival à rallier le public autour d’un sentiment d’appartenance panafricain.
Fespam 2025, un indicateur de résilience économique
Organisé dans un contexte de restrictions budgétaires internationales, le Fespam a démontré une ingénierie financière soucieuse d’efficience. Les autorités ont privilégié la mutualisation des ressources publiques et privées, tout en s’appuyant sur l’expertise logistique de partenaires comme l’Unesco. Les retombées directes – fréquentation hôtelière en hausse, recettes fiscales additionnelles, création d’emplois temporaires – confirment la place du secteur culturel dans la stratégie de résilience économique nationale, telle que préconisée par la Commission économique pour l’Afrique (CEA).
Cette dynamique a été perceptible dès la cérémonie d’ouverture, où la présence d’opérateurs venus de Dakar, Lagos ou Johannesburg a donné lieu à des négociations de tournées et à la signature de protocoles d’échanges artistiques. De l’avis du délégué sénégalais, « le Fespam est désormais un marché à part entière, comparable aux Rencontres de Koroga », révélant l’institutionnalisation progressive du festival comme hub d’affaires créatives.
L’industrie culturelle, moteur de diversification nationale
L’érection d’un ministère dédié à l’Industrie culturelle et touristique, saluée par les festivaliers, s’inscrit dans un cadre plus large de diversification économique voulu par le chef de l’État Denis Sassou Nguesso. À travers les tables rondes du symposium, économistes et sociologues ont souligné le rôle structurant des filières de la musique, du cinéma et du design dans la formation des jeunes et la modernisation des chaînes de valeur locales. La recommandation phare – la création d’un fonds de garantie pour les entrepreneurs culturels – témoigne d’une volonté d’adjoindre aux politiques culturelles une dimension bancaire et assurantielle, gage de pérennité.
Selon une étude présentée par l’Observatoire congolais des industries créatives, chaque franc CFA investi dans les arts de la scène génère 1,8 franc de valeur ajoutée, un coefficient supérieur à celui enregistré par certaines matières extractives. À l’aune de tels chiffres, le Fespam apparaît moins comme un divertissement que comme un laboratoire de politiques publiques.
De la rumba au soft power congolais
L’inscription de la rumba congolaise au patrimoine immatériel de l’Unesco en 2021 a constitué un socle symbolique que le Fespam a su magnifier. La projection très attendue du documentaire « Les héroïnes de la rumba » de Yamina Benguigui, à laquelle ont assisté plusieurs ministres de la Culture africains, a mis en lumière l’historicité d’un genre devenu véhicule d’émancipation sociale. Pour les diplomates présents, cette célébration culturelle représente un prolongement de la diplomatie de proximité menée par Brazzaville dans les forums internationaux.
Dans les travées du Palais, la jeunesse a entonné en chœur des refrains légendaires avant de se ruer vers la scène où se trouvait le président de la République. L’image, abondamment relayée sur les réseaux sociaux, illustre un capital de sympathie transformé en outil de soft power. Au-delà de la parenthèse festive, le Fespam 2025 aura délivré un message limpide : loin des caricatures, la culture congolaise demeure un point d’ancrage pour le continent et un vecteur de projection d’influence maîtrisée.
