Brazzaville mise sur son histoire familiale
En décembre, Brazzaville deviendra la capitale régionale de la généalogie, avec un symposium inédit coorganisé par l’ONG FamilySearch et le Centre de prospective pour le développement. Chercheurs, étudiants et grand public y sonderont archives et ADN pour redécouvrir les racines qui soudent la société congolaise.
Annoncé lors d’une réunion de coordination tenue le 11 septembre, l’événement bénéficie d’un appui gouvernemental discret mais déterminant, gage de sérénité logistique et diplomatique. Les organisateurs tablent sur une participation sous-régionale, portée par les vols directs et la stabilité sanitaire retrouvée.
« Nous pensons qu’une nation forte repose sur des familles fortes », insiste Jean Luc Magré, représentant Afrique de FamilySearch. Pour lui, disposer d’un arbre généalogique rigoureux renforce la solidarité intergénérationnelle, nourrit la confiance civique et inspire des politiques publiques mieux ancrées dans les réalités locales.
FamilySearch, leader mondial de l’archive vivante
Basée aux États-Unis, FamilySearch a numérisé plus de sept milliards d’actes d’état civil sur cinq continents. Son modèle, fondé sur l’accès libre, attire historiens comme généalogistes amateurs. À Brazzaville, l’organisation dévoilera ses algorithmes de reconnaissance d’écriture et son approche éthique de la donnée sensible.
L’ONG travaille déjà avec plusieurs archives nationales d’Afrique centrale. Au Cameroun ou au Gabon, ses scanners haute résolution soulagent des registres menacés par l’humidité. Ce retour d’expérience servira de fil rouge aux ateliers, où seront présentés cas d’école et bonnes pratiques de conservation.
Pour la partie congolaise, Ceprod joue le rôle de passerelle institutionnelle. Son référent, Jean Eric Djendja Itoua, a sécurisé l’ouverture de la base FamilySearch aux universités locales, soit l’accès à plus de 650 000 ouvrages numérisés. Les doctorants en histoire et sociologie saluent déjà « une révolution documentaire ».
Campus et patrimoine, un mariage stratégique
L’Université Marien-Ngouabi prépare déjà un séminaire de validation des contenus, de façon à aligner nomenclature locale et standards internationaux. L’enjeu est double : garantir la fiabilité scientifique et donner au Congo une place plus visible dans les bases globales de recherche généalogique.
Des bourses seront proposées pour financer la transcription de registres paroissiaux en langues nationales. Selon le professeur Bienvenu Boudimbou, « documenter nos lignées en kituba ou lingala, c’est affirmer la richesse plurilingue du pays et soutenir la formation d’archivistes spécialistes de l’Afrique équatoriale ».
Le symposium réservera aussi une journée découverte au grand public. Des stands interactifs permettront de tester des kits ADN et de remonter, en quelques minutes, des arbres familiaux simplifiés. Les organisateurs espèrent ainsi séduire une jeunesse urbaine, férue de technologies et désireuse de renouer avec ses racines.
Numérisation, cohésion et diplomatie culturelle
Au-delà de la transmission familiale, l’initiative s’inscrit dans la stratégie nationale de valorisation du patrimoine immatériel. Le ministère de la Culture veut convertir ces données en outils pédagogiques, touristiques et même diplomatiques, en illustrant la profondeur historique des relations entre peuples du bassin du Congo.
L’événement intervient aussi alors que la CEMAC réfléchit à une politique commune des archives. Brazzaville, qui accueille le Centre régional francophone pour la gestion des forêts, entend se positionner en hub documentaire, articulant biodiversité, histoire et innovation numérique au service de l’intégration sous-régionale.
Le maire de la capitale, Dieudonné Banti, anticipe déjà des retombées en matière de tourisme mémoriel. « Nos avenues portent des noms que les jeunes connaissent mal. Les parcours généalogiques offriront un récit plus incarné de l’indépendance et de la période post-conférence nationale », confie son cabinet.
Le point juridique et économique
Sur le volet protection des données, un groupe de travail piloté par l’Agence nationale de cybersécurité élabore un guide de bonnes pratiques. Il devra articuler le droit congolais, inspiré du règlement africain sur la protection des données, et les standards américains de FamilySearch.
La filière locale de numérisation pourrait aussi profiter du symposium. Start-up de scan 3D, graphistes et jeunes statisticiens se frottent les mains ; d’ores et déjà, un marché d’externalisation d’environ 50 000 pages par mois est évoqué, financé sur fonds propres et microcrédits d’amorçage.
Un comité de suivi, associant ministères, Ceprod et opérateurs privés, présentera en mars prochain un premier tableau de bord. Il compilera le nombre de registres sauvés, les emplois créés et la fréquentation numérique de la base FamilySearch originaire du Congo.
Cap sur décembre
À trois mois du coup d’envoi, le symposium cristallise un enthousiasme palpable. Branche académique, société civile et pouvoirs publics jouent la carte d’une mémoire réconciliée avec le futur. Brazzaville espère ainsi démontrer que la numérisation du passé peut servir de moteur de développement solidaire.
Le symposium se déroulera en deux phases : une première scientifique, réservée aux universitaires et archivistes, et une seconde ouverte à tous. Les inscriptions numériques devraient être actives dès la mi-octobre via une plateforme développée par une start-up congolaise.
Perspective régionale
Selon l’ambassadeur du Niger à Brazzaville, plusieurs délégations d’Afrique de l’Ouest envisagent de participer, convaincues que la généalogie est un soft power continental. La présence d’experts en linguistique peule ou yoruba promet des échanges transcendants les frontières coloniales.
