Brazzaville renforce ses capacités locales
Dans une salle discrète du quartier Poto-Poto, le 11 juillet 2025, une trentaine d’élus et de membres de la société civile ont planché sur un sujet à la fois technique et politique : comment produire des plans de développement local réellement ancrés dans les attentes des populations.
L’atelier, organisé par le Centre d’actions pour le développement, s’inscrit dans le projet Appui à la gouvernance locale et formation des élus, soutenu par le Fonds des Nations unies pour la démocratie jusqu’en 2025.
Sous la houlette de Guerschom Gobouang, responsable du programme Campagne et plaidoyer, les participants ont passé au crible leurs propres documents stratégiques, confrontant méthodologies technocratiques et perceptions populaires.
Le directeur exécutif du CAD, Trésor Nzila, rappelle que la Constitution consacre la décentralisation et confie aux collectivités la mission de traduire le Plan national de développement 2022-2026 en mesures palpables pour les quartiers, « sinon l’implication citoyenne restera un slogan ».
Une méthode base-sommet privilégiée
Au fil des sessions, le diagnostic est clair : l’approche sommet-base, longtemps dominante, reste prisonnière de canevas ministériels qui peinent à descendre jusqu’au dernier hameau.
Les participants explorent donc la logique inverse, fondée sur l’écoute des doléances communautaires puis la remontée d’indicateurs vers les conseils municipaux, afin de sécuriser un budget participatif.
« Quand les citoyens définissent eux-mêmes les axes prioritaires, la redevabilité s’installe naturellement », insiste Gobouang, évoquant les programmes pilotes conduits à Kinkala et Owando où les taux de réalisation dépassent 70 % selon les rapports d’étape.
Synergies nationales et internationales
La présence d’agents des ministères sectoriels a rappelé qu’aucun plan local ne survit sans ancrage budgétaire central.
Plusieurs directions ont présenté les guichets du Trésor et le futur Fonds d’appui aux collectivités, outil annoncé par le gouvernement pour fluidifier la chaîne financière entre Brazzaville et les chefs-lieux.
Le volet international n’est pas en reste : l’Agence française de développement, la Banque mondiale et l’Union européenne, déjà actives dans la réhabilitation des voiries secondaires, ont manifesté leur intérêt pour un dispositif de suivi citoyen des chantiers.
Le Programme des Nations unies pour le développement, déjà pilote du projet Accélérateur de la digitalisation communale, a annoncé la mise à disposition d’experts SIG. Ceux-ci accompagneront les services techniques pour géolocaliser les écoles, marchés et forages, préalable à un arbitrage objectif entre les priorités.
Cette géolocalisation alimente également le système national d’information environnementale, renforçant l’engagement du Congo dans les rapports climatiques ainsi que dans les engagements pris lors de la COP28 de Dubaï, où Brazzaville avait plaidé pour une aide accrue aux bassins forestiers.
Responsabiliser élus et populations
Au-delà des discours, les formateurs ont proposé des exercices pratiques : priorisation d’actions, chiffrage sommaire, calendrier et matrice de risques, puis simulation d’une session du conseil municipal ouverte au public.
Les débats ont souvent achoppé sur la fiscalité locale, encore trop modeste pour couvrir l’entretien des infrastructures, d’où la nécessité d’un dialogue constant avec la direction générale des impôts.
Plusieurs élus ont salué la clarté des outils, à l’image de Claudine Goma, conseillère municipale, qui se dit prête à afficher en ligne les contrats de travaux : « La transparence renforce la confiance et facilite même l’accès aux financements extérieurs. »
Sur le terrain, les organisations féminines insistent pour que les nouveaux textes imposent un quota de 30 % de femmes dans les comités de quartier. Le ministère du Genre a salué la proposition, rappelant que la Stratégie nationale d’égalité 2023-2027 fixe déjà cet objectif.
Dans la même veine, un consortium de start-up congolaises propose une application mobile qui permettra de signaler les lampadaires défectueux ou les nids-de-poule. L’outil, testé à Pointe-Noire, a réduit de 15 % les délais d’intervention des services municipaux.
Perspectives pour 2025 et au-delà
Le calendrier du projet prévoit, d’ici décembre, la finalisation d’une plateforme numérique recensant les indicateurs de progrès dans huit départements, accessible aux citoyens, aux partenaires techniques et aux parlementaires.
En 2024, une loi d’orientation sur la participation publique devrait être examinée. Ses décrets d’application, attendus, préciseront les modalités de consultation et la place des jeunes dans les comités de suivi.
Le ministère de l’Administration territoriale envisage, par ailleurs, de mutualiser les formations avec l’École nationale d’administration et de magistrature afin de garantir la pérennité des bonnes pratiques sorties de l’atelier.
Le prochain atelier, prévu à Dolisie en mars 2026, synthétisera les expériences et proposera un cadre normatif extensible à toutes les municipalités.
Une gouvernance locale, vecteur de stabilité
Au-delà de la technique, l’enjeu est politique : une gouvernance de proximité inclusive renforce la cohésion nationale chérie par les autorités, réduit les tensions sur les ressources et crédibilise la diplomatie congolaise attachée aux Objectifs de développement durable.
Analystes et diplomates voient dans cette dynamique un signal positif pour la stabilité macro-économique, la Banque des États de l’Afrique centrale soulignant qu’une meilleure gouvernance locale accélère la circulation monétaire et consolide le marché régional de la CEMAC.
