Nouveaux diplômés, nouveaux enjeux
Ils sont 175, brassards tricolores et regards impatients, à avoir reçu leur licence sur le campus de l’Institut des sciences et techniques professionnelles de Brazzaville. Pour ces jeunes, la remise de diplômes marque la première marche d’un parcours que le Congo veut résolument orienter vers la création de richesse.
Dans l’amphithéâtre étrenné l’an dernier par la rénovation du site, l’enthousiasme est palpable : tambours, danses traditionnelles et discours félicitent une promotion dont 54 % de femmes, reflet d’un pays misant sur le capital humain pour accélérer sa diversification économique.
Un institut au diapason de la relance
L’Istp, fondé en 2008, s’est hissé comme passerelle entre l’enseignement supérieur et le tissu productif national. Accrédité par le ministère de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, l’établissement adapte chaque année ses programmes aux priorités du Plan national de développement 2022-2026.
Selon le directeur Charles Mabouana, l’accent mis sur l’innovation managériale et le numérique répond à la demande des entreprises locales du BTP, des télécoms et de la finance, secteurs identifiés par le gouvernement comme moteurs de la croissance hors pétrole.
Compétences clés pour le marché congolais
La promotion 2024-2025 s’est répartie dans onze filières, de la gestion comptable à l’électronique industrielle. Ce panel reflète la stratégie nationale de montée en gamme des services, soutenue par l’adoption croissante de solutions numériques dans l’administration, l’agro-industrie et les fintechs locales.
Pour la lauréate Mercia Ngolo, la véritable valeur du diplôme réside dans la capacité à « transformer les difficultés en opportunités ». Elle encourage ses pairs à jouer un rôle d’interface entre décideurs publics et entreprises, à l’heure où les partenariats public-privé se multiplient.
Mohamed Diallo, responsable RH chez un opérateur télécom de Pointe-Noire, voit déjà dans cette cuvée « un vivier prêt à déployer la 5G, la cybersécurité et l’analytique ». Des compétences que le secteur pétrolier entend également capter pour la maintenance prédictive des plateformes offshore.
Voix d’étudiants, regards d’experts
Pendant la cérémonie, plusieurs diplômés ont dévoilé leurs projets. Christelle Mavoungou travaille sur une application de suivi de micro-crédit pour associations féminines de Makélékélé. Son camarade Armand Massamba finalise un prototype de drone à usage agricole, soutenu par un incubateur financé par le Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement.
Pour l’économiste Brice Oba, ces initiatives illustrent « la génération la plus entrepreneuriale jamais formée dans le pays ». Il note toutefois que l’accès au crédit et la protection de la propriété intellectuelle demeurent les deux verrous à lever pour libérer tout le potentiel de ces compétences.
En face, le ministère de l’Enseignement supérieur assure travailler à un guichet unique de valorisation des brevets issus des universités. Un projet pilote, lancé avec l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle, devrait voir le jour à Brazzaville début 2025, selon une source proche du dossier.
À retenir
Trois messages ressortent de la journée : oser entreprendre, cultiver l’éthique professionnelle et rester en phase avec les priorités nationales, qu’il s’agisse de la transition numérique ou de la gestion durable des ressources naturelles.
Le point éco
Chaque année, le Congo voit sortir près de 25 000 diplômés du supérieur, mais seuls 40 % décrochent un emploi à moyen terme, selon l’Institut national de la statistique. Les compétences techniques, comme celles délivrées par l’Istp, affichent cependant un taux d’insertion de 62 %.
Le Fonds national d’appui à l’employabilité, doté de 5 milliards de francs CFA, subventionne depuis cette année des stages de six mois dans les PME. Une trentaine de licenciés de l’Istp devraient en bénéficier, préparant ainsi le terrain à un recrutement durable au sein même des entreprises partenaires.
Perspectives et responsabilités
À la fin des discours, le directeur académique Modi Jéhu a rappelé à la promotion sa mission de « catalyseurs de progrès ». L’insertion, souligne-t-il, dépendra de la capacité à apprendre en continu, à s’ouvrir au régional et à consolider l’image d’excellence de l’Istp.
À l’extérieur, les familles immortalisent l’instant sous les manguiers en fleur. Entre applaudissements et promesses, l’optimisme domine : ces 175 diplômés entendent s’investir dans l’économie concrète, confortant la vision d’un Congo qui place l’éducation professionnelle au cœur de sa stratégie de développement durable.
Le réseau des anciens de l’Istp, fondé en 2015, jouera le rôle de tremplin. Une plateforme numérique met déjà en relation recruteurs et diplômés. Elle recense 1 200 membres actifs, dont plusieurs techniciens aujourd’hui cadres dans l’industrie forestière et dans les start-up de paiement mobile.
Prochaine étape : une bourse d’excellence conjointe Istp-ministère des Finances devrait être lancée en 2024 pour soutenir la recherche appliquée. Les meilleurs projets recevront jusqu’à 10 millions de francs CFA, à condition de s’installer au Congo pour une durée minimale de trois ans.
Ancrage régional et opportunités CEMAC
Plusieurs majors de la sous-région CEMAC ont déjà approché l’Istp pour des conventions de mobilité. Les diplômés pourraient ainsi effectuer des missions au Gabon ou au Cameroun, renforçant l’intégration économique voulue par la Commission et créatrice d’emplois qualifiés.
