Hommage national à Lekéty
La dépouille de Jean Paul Ngaloua, secrétaire général du Comité national olympique et sportif congolais, rejoindra le 8 novembre la terre de Lekéty. À quatre-vingt-quatre ans, ce pionnier de la gouvernance sportive laisse une empreinte que le mouvement olympique national salue unanimement.
Né en 1941, formé à l’École normale d’éducation physique, Ngaloua a d’abord arpenté les terrains poussiéreux des lycées comme professeur avant de gravir les échelons du ministère de la Jeunesse et des Sports jusqu’au rang d’inspecteur principal.
Son arrivée au Comité national olympique en 2002 comme directeur de cabinet du président a marqué un tournant. L’ancien pédagogue s’est mué en stratège, orchestrant dossiers de candidature, formations des fédérations et veille administrative pour installer une culture de performance durable.
Une dernière révérence au gymnase Nicole Oba
Le 6 novembre, le gymnase Nicole Oba a résonné d’ovations et de kiais. Karatékas, judokas, boxeurs ou lutteurs ont successivement occupé le tatami puis le ring, offrant des démonstrations symboliques, comme pour dire que la discipline reste le meilleur langage de l’hommage.
Au premier rang, des délégations venues du Cameroun, du Gabon et de la République centrafricaine rappelaient la dimension régionale de l’événement. Toutes saluaient un dirigeant qui avait su fédérer les secrétaires généraux d’Afrique autour de la Charte olympique et des valeurs d’éthique.
« Tu avais l’art de cultiver l’amitié et la bonne humeur », a rappelé le premier vice-président du CNOSC, André Blaise Bollet, dans une oraison funèbre entrecoupée d’acclamations. Le discours a brièvement suspendu le silence, laissant la salle mesurer le vide créé.
L’empreinte d’un bâtisseur reconnu en Afrique
En 2021, l’Association des Comités nationaux olympiques d’Afrique lui avait décerné sa plus haute distinction, saluant un artisan de la gouvernance ayant su conjuguer exigences internationales et réalités congolaises. Le trophée trône encore au siège du CNOSC, témoin d’une reconnaissance continentale rare.
Ses pairs se souviennent d’un technicien patient mais inflexible sur la rigueur financière. À chaque assemblée, il rappelait que la transparence comptable confère une légitimité indispensable aux partenariats publics-privés qui financent stages, équipements et déplacements des sélections nationales.
Son influence aura également pesé sur la mise sur pied du cadre régional CEMAC des compétitions juniors, initiative devenue incubateur de talents. Plusieurs athlètes médaillés aux Jeux africains 2019 font remonter leur premier voyage international aux carnets de route signés de sa main.
Le symbole d’une génération de cadres sportifs
Le parcours de Jean Paul Ngaloua illustre l’émergence d’une génération de cadres formés dans le Congo post-indépendance, passés de l’école de la République aux arcanes des institutions sportives internationales. Ils ont bâti les passerelles par lesquelles transite aujourd’hui l’ambition d’excellence nationale.
Pour le sociologue du sport Florent Mabiala, présent au recueillement, « sa carrière montre qu’un fonctionnaire peut devenir un diplomate du sport sans quitter Brazzaville, à condition de maîtriser le réseau et la langue du comité international ». Un message adressé à la jeune garde.
Sur les réseaux sociaux, de nombreux anciens élèves rappellent ses visites d’inspection dans les années 1980, où il distribuait matériels et conseils techniques. Chacun y voit l’origine d’une vocation sportive, preuve tangible qu’une politique publique porte ses fruits quand elle rencontre des visages.
Repères clés : à retenir
À retenir : 8 novembre, inhumation à Lekéty, village natal de la Cuvette Ouest; 2002, entrée au CNOSC; 2021, distinction continentale. Trois jalons qui balisent une trajectoire où le service public se confond avec le service du drapeau.
Tandis que le cortège funèbre traversera les localités riveraines de la RN2, plusieurs établissements scolaires organiseront des séances de sport collectif en signe de solidarité. Le Ministère a recommandé une minute de salut olympique avant chaque compétition nationale ce week-end.
Enjeux économiques du sport congolais
Le départ de Ngaloua intervient alors que le CNOSC négocie avec de nouveaux sponsors énergétiques pour le cycle olympique 2024-2028. Les observateurs s’interrogent sur l’impact de l’absence de cet artisan des contrats, réputé pour sa capacité à rassurer les investisseurs.
Selon la direction du comité, un fonds d’innovation estimé à deux milliards de francs CFA doit être présenté en décembre pour moderniser les infrastructures d’entraînement. L’éventuel soutien de partenaires étrangers dépendra, disent-ils, de la continuité administrative hérité de l’ère Ngaloua.
Les fédérations redoutent moins une crise qu’une transition prolongée. « Il avait déjà préparé les dossiers, nous devons simplement suivre la procédure », rassure la boxeuse et membre du bureau exécutif Hélène Kimbembé. La stabilité annoncée devrait maintenir sur orbite les ambitions olympiques congolaises.
Le dernier salut collectif
À Lekéty, où le cortège est attendu sous le grand fromager de la place centrale, les habitants repeignent déjà les fresques olympiques dessinées pour la Coupe d’Afrique Zone 4 de karaté. L’hommage populaire prolonge ainsi l’œuvre d’un homme qui croyait aux symboles.
La famille a confirmé que le cercueil sera drapé du drapeau tricolore, symbole d’un parcours entièrement dédié au rayonnement de la nation par le sport. Les chants d’enfants du village, répétés depuis plusieurs jours au crépuscule, formeront le dernier salut collectif.
