Brazzaville accueille la voix du FIJADA
Brazzaville a vécu un samedi singulier, lorsqu’une délégation du Forum international de la jeunesse africaine pour le développement de l’Afrique, FIJADA, menée par son président fondateur Jonathan Lumbeya Masuta, a tenu une rencontre stratégique sur l’Allée Charles-Ebina, face aux rives du Congo.
Dans une ambiance sobre, ponctuée par les hymnes des deux Congo, diplomates, responsables onusiens et représentants d’associations locales ont échangé autour d’un impératif commun : transformer l’énergie créative des jeunes en moteur concret de développement durable et de stabilité régionale.
Moment symbolique parmi d’autres, l’installation de Daniel Biangoud comme représentant national du FIJADA a matérialisé l’enracinement congolais de ce réseau panafricain né en 2022, réseau qui revendique déjà des antennes dans dix-sept capitales et des partenariats universitaires croissants.
Un forum continental jeunesse et développement
Jonathan Masuta rappelle que le FIJADA n’est ni un parti ni une ONG classique, mais une plateforme de plaidoyer multilatéral destinée à faire dialoguer décideurs et jeunes diplômés sur les chantiers prioritaires du continent, de l’éducation inclusive à l’économie circulaire.
Sa dernière table-ronde, organisée à Kinshasa le 12 août 2025, Journée internationale de la jeunesse, a produit un corpus de recommandations dont la vulgarisation, entamée à Brazzaville, doit, selon lui, « briser le cloisonnement linguistique et institutionnel entre capitales africaines ».
Parmi ces recommandations figurent la systématisation des programmes de mentorat, le renforcement des filières techniques liées aux énergies renouvelables et la création de fonds de micro-financement dédiés aux start-ups vertes pilotées par des équipes de moins de trente-cinq ans.
Priorité à la diplomatie environnementale des jeunes
Ambassadrice du forum, Deborah Bowa Baïke a souligné la corrélation entre crise climatique et vulnérabilité sociale, insistant sur la capacité des nouvelles générations à adopter des modèles sobres, du recyclage communautaire jusqu’à l’agroforesterie intelligente, encore sous-exploitée en zone équatoriale.
Elle plaide pour une éducation environnementale repensée dès le primaire, intégrant la connaissance des forêts humides du bassin du Congo, second poumon mondial, afin de susciter « une conscience territoriale forte et une diplomatie climatique fondée sur l’expertise locale ».
Plusieurs entrepreneurs sociaux ont confirmé l’intérêt des bailleurs pour ces projets verts, à condition que gouvernance et transparence financière soient renforcées; les représentants onusiens ont promis un accompagnement technique.
L’ancrage congolais sous le signe de la coopération
En installant son point focal à Brazzaville, le FIJADA s’aligne sur la stratégie nationale visant à promouvoir l’économie verte et l’entrepreneuriat jeune, axes rappelés lors du récent Conseil des ministres qui a validé le Plan national de développement.
José Cyr Ebina, hôte de la rencontre, a salué « une initiative compatible avec les orientations présidentielles en faveur de la jeunesse », soulignant la nécessité de valoriser le patrimoine culturel pour consolider le sentiment d’appartenance et la cohésion.
Pour Jonathan Masuta, Brazzaville illustre « une tradition d’accueil diplomatique et un positionnement stratégique sur le couloir Congo-Oubangui », atouts susceptibles de faire de la capitale un hub pour les futures assises régionales annoncées dès 2026.
Défis de la mobilité intra-africaine
Les échanges ont rapidement mis en lumière la question des visas africains, encore perçue comme un frein à l’intégration économique; beaucoup de jeunes entrepreneurs se heurtent à des procédures coûteuses qui ralentissent la circulation des idées et des capitaux.
Jonathan Masuta estime qu’une réforme progressive est possible, citant la Zone de libre-échange continentale africaine, dont les protocoles sur la libre circulation offrent « une base juridique à exploiter par les États sans renier leur souveraineté ».
Des diplomates présents ont évoqué l’intérêt d’une plateforme numérique de e-visa panafricain, projet appuyé par l’Union africaine, qui réduirait la bureaucratie et faciliterait la participation des jeunes aux forums transfrontaliers.
Objectifs alignés sur l’Agenda 2063
Au-delà du climat, le FIJADA inscrit ses actions dans l’Agenda 2063, feuille de route continentale axée sur la prospérité partagée, l’inclusion et la paix; trois concepts qui, selon Jonathan Masuta, exigent des passerelles constantes entre institutions et société civile.
Les programmes de mentorat du forum favorisent ces passerelles : chaque jeune sélectionné est épaulé par un expert africain de la diaspora, créant un réseau agile capable d’influer sur les politiques publiques par des notes d’analyse argumentées et adaptées.
Un rapport remis aux autorités congolaises propose ainsi des indicateurs de suivi ciblant la réduction du chômage des moins de vingt-cinq ans, l’augmentation du pourcentage de startups vertes labellisées et la parité hommes-femmes dans les organes décisionnels locaux.
Vers une dynamique régionale issue de Brazzaville
En clôture, Jonathan Masuta a formulé le vœu de tenir la prochaine table-ronde à Brazzaville, ambition saluée par les participants, convaincus que la proximité fluviale entre les deux capitales peut devenir un laboratoire d’intégration sociétale.
Il a également remis un trophée symbolique à Daniel Biangoud, missionné pour installer des clubs FIJADA dans les lycées et universités du pays, gage d’une action décentralisée s’inscrivant dans les priorités éducatives nationales et régionales.
Tandis que les invités se dispersaient sous les lumières du fleuve, l’idée dominait que la jeunesse congolaise, soutenue par des partenariats publics-privés équilibrés, pourrait devenir un catalyseur d’opportunités, renforçant la stabilité et le rayonnement du Congo-Brazzaville.
