Un chantier civique au cœur de Kintélé
Sous un soleil encore timide de début d’août, les abords du complexe sportif La Concorde de Kintélé ont retrouvé l’animation des grands jours. Pelles, balais et souffleuses mécaniques ont rythmé le premier samedi du mois, choisi pour lancer une opération d’assainissement d’envergure qui a également gagné l’École normale supérieure, dans le premier arrondissement de Brazzaville. Au-delà de la simple remise au propre, le geste se voulait hautement symbolique : redonner éclat à des équipements hérités du cinquantenaire des Jeux africains et devenus, faute d’entretien régulier, l’ombre de leur promesse initiale.
À l’appel des autorités, fonctionnaires, étudiants, associations de quartier et personnalités publiques ont mêlé leurs efforts. « Le complexe incarne la jeunesse, la cohésion et, comme son nom l’indique, la concorde », a rappelé le ministre délégué Juste Désiré Mondelé, venu retrousser ses manches sur le terrain. L’image d’un gouvernement proche du geste concret visait à faire pièce à toute tentation de délégation: la propreté, par définition, ne se sous-traite pas entièrement.
La task force présidentielle, vecteur de coordination
Pour orchestrer l’opération, une task force présidielle, pilotée par le ministre d’État Jean-Jacques Bouya, a réuni les portefeuilles clés : Assainissement urbain, Aménagement du territoire, Grands travaux, mais aussi Jeunesse et Sports. Cet attelage intersectoriel prolonge la méthode déjà éprouvée dans la politique de municipalisation accélérée, laquelle a doté le pays de nouvelles infrastructures sportives et routières au cours de la dernière décennie.
L’objectif explicite est double. Il s’agit d’abord de dresser un audit complet des stades, gymnases et terrains annexes afin d’identifier les priorités de réhabilitation. Il s’agit ensuite d’inscrire l’entretien de ces espaces dans un cadre pérenne, où chaque ministère conserve une part de responsabilité et de budget. En filigrane, l’initiative traduit une volonté présidentielle de « réappropriation » des ouvrages publics, selon l’expression de Juste Désiré Mondelé, afin qu’ils cessent de souffrir de la logique trop fréquente du « tout neuf, tout laissé ».
Assainissement et gouvernance urbaine : enjeux sociétaux
Au-delà du geste visible, l’opération renvoie à des questions structurelles de gouvernance urbaine. Dans un article récent de la Revue congolaise de sociologie, la professeure Clarisse Makita rappelle que « la propreté de l’espace public est un marqueur sensible de la présence de l’État ». Autrement dit, balayer une avenue revient à restaurer symboliquement le contrat social qui unit l’administration et l’habitant.
Cette lecture éclaire le choix de sites hautement identifiés : le stade, miroir des performances nationales, et l’ENS, matrice de la future élite enseignante. Leur remise au standard attendu des partenaires internationaux projette l’image d’un Congo prêt à accueillir compétitions sportives, colloques ou investissements. Ainsi, l’assainissement n’est plus seulement hygiène; il devient vecteur de diplomatie urbaine.
L’implication citoyenne, moteur durable de la propreté
Reste la question de la durabilité. Le ministre de l’Assainissement urbain s’est montré aussi ferme qu’engageant en dénonçant le dépôt intempestif d’ordures par certains pré-collecteurs sur des artères fraîchement nettoyées. « Si l’on surprend un pousse-pousseur déposer les déchets dans la rue, il sera interpellé, et là, c’est sans concession », a-t-il averti.
Derrière la fermeté, se dessine la conviction que la réussite dépendra d’une articulation fine entre opérateurs publics, entreprises privées et responsables de quartier. Les sociologues parlent d’« écologie de gouvernance », où chaque acteur détient une parcelle d’autorité. Les associations de jeunesse mobilisées à Kintélé ont démontré qu’une adhésion populaire est possible, pour peu qu’on la nourrisse par une pédagogie continue et des incitations claires.
Vers un modèle métropolitain congolais de gestion des déchets
L’opération du 2 août apparaît ainsi comme un jalon d’un modèle métropolitain en gestation. Les investissements dans l’éclairage public, les trottoirs et les accotements mentionnés par Juste Désiré Mondelé préfigurent une approche intégrée où l’espace se conçoit comme un continuum propre, éclairé et sécurisé.
À moyen terme, plusieurs universitaires plaident pour l’adoption de contrats de performance entre la municipalité et les sociétés de collecte, assortis d’indicateurs publics. D’autres soulignent l’opportunité de former une filière de recyclage locale apte à créer de l’emploi. Quoi qu’il en soit, l’épisode de Kintélé laisse entrevoir la possibilité d’un cercle vertueux : lorsque l’État impulse, que la société civile répond et que l’entretien devient routine, l’espace public retrouve sa valeur partagée — celle d’un bien commun à protéger.
