Kits AGR: coup de projecteur sur Mfilou
En plein cœur du septième arrondissement de Brazzaville, huit jeunes femmes vivant avec un handicap ont reçu, le 10 décembre, des kits d’activités génératrices de revenus. Derrière cette remise symbolique se joue un pas décisif vers l’autonomie économique d’une catégorie longtemps marginalisée.
L’opération clôture le Projet d’appui à l’intégration socioéconomique des jeunes filles-mères et femmes handicapées, lancé le 17 janvier grâce à un cofinancement de l’ambassade de France au Congo à hauteur de dix millions de francs CFA et de l’Observatoire Handicap Humanité.
De la vulnérabilité à l’entrepreneuriat
En trois cohortes successives, cinquante jeunes femmes, pour la plupart victimes de violences physiques ou psychologiques, ont suivi des modules combinant alphabétisation fonctionnelle, gestion de micro-projets, épargne solidaire et connaissance des textes protégeant les personnes handicapées en République du Congo.
« La viabilité d’une AGR repose d’abord sur l’appropriation par la bénéficiaire », rappelle Emmanuel Bati, coordinateur de l’ONG. Pour réduire les échecs, un diagnostic de terrain a associé les participantes aux choix d’activités : couture, maraîchage ou vente de produits de première nécessité.
Comité de suivi et ambition gouvernementale
Le suivi sera assuré pendant six mois par un comité dirigé par Gabriel Biyoudi. Des visites hebdomadaires permettront de vérifier l’état du fonds de roulement, la tenue des carnets de caisse et le respect du calendrier de remboursement établi avec les groupes d’épargne communautaire.
Au-delà de l’accompagnement financier, le programme s’inscrit dans la stratégie nationale d’inclusion des personnes handicapées, relancée par le ministère des Affaires sociales. Le gouvernement veut accroître la part d’entrepreneures handicapées inscrites au registre de commerce de 2 % à 10 % d’ici 2027.
Données clés et appui international
Selon les dernières données de l’Institut national de la statistique, près de 10 % de la population congolaise vit avec un handicap, et les femmes représentent plus de la moitié de ce segment. Leur taux d’activité reste inférieur de quinze points à la moyenne nationale.
Les partenaires internationaux voient dans cette expérience un laboratoire. « Pérenniser un micro-commerce supposera un accès facilité aux marchés locaux et au microcrédit institutionnel », estime Marie-Claire Perret de l’ambassade de France, soulignant la complémentarité entre appui matériel et renforcement des politiques publiques inclusives.
Obstacles logistiques, réponses locales
Sur le terrain, des obstacles demeurent. Certaines bénéficiaires, déplacées internes après les inondations de 2022, manquent encore de points de vente fixes. Les autorités locales, notamment la mairie de Mfilou, ont promis d’identifier des emplacements sécurisés à proximité des flux commerciaux.
L’un des défis transversaux reste l’accès aux chaînes d’approvisionnement. Dans le quartier Mayanga, les coûts de transport font grimper de 20 % le prix de revente des denrées. Un plaidoyer est en cours pour intégrer les petites revendeuses handicapées dans le dispositif étatique de transport subventionné.
Histoires de résilience
À l’échelle domestique, l’impact psychologique de la réussite économique est déjà perceptible. « Depuis que je vends mes légumes, mes voisins me considèrent autrement », confie Clarisse, 26 ans, atteinte d’une paralysie des membres inférieurs. Sa nouvelle activité a doublé le revenu familial mensuel.
Le rôle catalyseur des organisations de la société civile apparaît déterminant. L’Observatoire Handicap Humanité travaille maintenant à fédérer les ex-bénéficiaires au sein d’une coopérative afin de mutualiser les commandes auprès des grossistes et de négocier un meilleur accès aux financements spécialisés.
À retenir
À retenir : le projet aura mobilisé 11 millions de francs CFA, formé cinquante bénéficiaires et distribué quarante-huit kits. Les premières ventes montrent une rentabilité moyenne de 28 % en trois mois, selon le comité de suivi. Les autorités envisagent maintenant un élargissement aux départements périphériques.
Le point juridique/éco
Le point juridique/éco : la loi de 2018 sur la promotion des personnes handicapées impose des quotas d’emploi publics et offre des exonérations fiscales. Les micro-entreprises créées par des femmes handicapées bénéficient d’un abattement de 50 % sur l’impôt patenté durant la première année.
Perspectives de déploiement national
Le succès de cette initiative témoigne aussi du rôle pivot des autorités locales. Le chef de cabinet du maire de Mfilou a annoncé la mise à disposition gratuite de stands provisoires sur le marché municipal, le temps que les activités atteignent leur seuil de rentabilité.
À moyen terme, le ministère de la Formation professionnelle envisage d’intégrer un module spécifique sur l’adaptation des postes de travail aux handicaps dans les centres publics, afin de consolider les acquis et d’ouvrir le dispositif à un public plus large.
En conjuguant appui matériel, formation et cadre légal incitatif, le Congo-Brazzaville démontre qu’une inclusion économique tangible des personnes handicapées est possible. Les kits remis à Mfilou sont plus qu’un outil : un signal d’ouverture vers une prospérité partagée et durable à l’échelle nationale dans les années à venir.