Un préavis qui interpelle
La matinée du 3 octobre, le collège intersyndical de l’université Marien Ngouabi a déposé un préavis de grève de quatre jours. Le geste, mesuré mais ferme, met en lumière les défis financiers auxquels l’institution doit faire face tout en préservant sa mission de service public.
Cette alerte sociale émane de trois organisations représentatives : le Syndicat du personnel non-enseignant du supérieur, le Syndicat national de l’université et le Syndicat des enseignants du supérieur. Leur front commun confirme l’ampleur d’un malaise latent que les autorités s’emploient à résoudre par le dialogue.
En remplissant toutes les formalités prévues par la loi 25-97 sur l’exercice du droit de grève, les syndicalistes laissent une fenêtre de négociation ouverte. Un délai de quarante-huit heures s’est ainsi enclenché, avant qu’un éventuel mouvement n’affecte les amphithéâtres et les laboratoires.
Les revendications en détail
Au cœur des doléances figure le paiement intégral des salaires des mois d’août et septembre 2024, ainsi que de juillet à septembre 2025, périodes pour lesquelles des décalages de trésorerie ont été constatés. Les syndicats exigent en outre le règlement des heures supplémentaires accumulées depuis 2018.
Ils souhaitent également que les cotisations sociales, précomptées sur les fiches de paie, soient reversées sans délai aux caisses concernées. « Nous ne réclamons rien d’autre que l’application des textes », insiste le Pr Henri Kani, porte-parole du SYNESUP, se disant ouvert à une solution progressive.
Réponse et pistes du gouvernement
Sollicité, le ministère de l’Enseignement supérieur rappelle que l’État a déjà apuré douze mois d’arriérés sur la période 2022-2023 grâce à un budget rectificatif. Un conseiller affirme que « le Trésor travaille sur un nouveau calendrier de décaissements aligné sur les priorités sociales ».
Plusieurs échéances seraient déjà fixées avant fin octobre pour sécuriser la paie et liquider progressivement les heures majorées. Les services du ministre assurent tenir régulièrement informés les partenaires sociaux afin d’éviter toute rupture de confiance et garantir la reprise sereine des activités pédagogiques.
Impact sur le calendrier académique
La crise salariale intervient alors que l’université finalise les rattrapages liés à la pandémie et aux précédentes grèves. Un nouveau débrayage repousserait l’ouverture de l’année 2025 et pourrait décaler les concours nationaux, avec un effet domino sur les établissements partenaires.
Pour les étudiants, déjà confrontés à la flambée des coûts de logement, chaque semaine perdue complexifie la préparation des unités d’enseignement. « Nous espérons un compromis rapide, sans sacrifier la qualité des cours », témoigne Sylvie Mabiala, présidente de l’association générale des étudiants.
Les chefs de département redoutent également une compression du temps consacré aux travaux pratiques. Certains se disent néanmoins confiants, soulignant que la digitalisation de nombreux supports permet désormais de résorber plus aisément les retards, à condition de préserver la paix sociale au sein du campus.
À retenir
Le préavis de quatre jours s’inscrit dans une logique de négociation, non de rupture. Les syndicats revendiquent salaires et cotisations, le gouvernement répond par un échéancier. L’enjeu immédiat reste la continuité pédagogique, facteur clé pour maintenir l’attractivité régionale de l’université Marien Ngouabi.
À moyen terme, l’équation budgétaire interroge la soutenabilité du modèle de financement des universités publiques. L’institution brazzavilloise, forte de près de trente-cinq mille inscrits, dépend pour plus de 80 % de subventions étatiques, une proportion que des experts jugent vulnérable aux chocs macroéconomiques.
Le point juridique et économique
Le Code du travail congolais encadre strictement la grève dans les services publics essentiels. En déposant un préavis réduit, les organisations respectent l’article 375 et évitent une cessation illimitée susceptible d’être déclarée abusive par les tribunaux compétents, ce qui préserverait les rémunérations des jours de grève.
Côté finances, le retard de paiement découle partiellement des ajustements opérés par le gouvernement pour conserver la soutenabilité de la dette et financer les grands chantiers de diversification économique. L’université, précise un rapport du ministère des Finances, représente 12 % de la masse salariale publique.
Les analystes suggèrent d’explorer des partenariats public-privé pour les programmes professionnels, option qui soulagerait la trésorerie de l’État tout en modernisant les équipements. Des discussions pilotes, selon nos informations, sont déjà engagées avec deux sociétés para-pétrolières pour soutenir les filières ingénierie et environnement.
Voix d’étudiants et experts
Le sociologue Mabika Bouvier remarque que l’université, en tant que laboratoire d’idées, sert de baromètre social. « La capacité des acteurs à régler ce conflit sans violence renforcera l’image de gouvernance concertée que le Congo promeut dans la sous-région », estime-t-il lors d’une table ronde.
Christelle Ngakosso, économiste à l’Université de Kinshasa, observe de son côté la montée des revendications salariales dans l’enseignement supérieur sur tout le continent. Pour elle, « la clé est d’adosser la rémunération à la performance de la recherche et à l’attractivité des campus ».
Vers quel compromis ?
À l’heure où les pourparlers reprennent, le scénario le plus probable reste celui d’une levée du préavis après la signature d’un protocole d’accord échelonné. En coulisses, chaque partie mesure le coût d’une interruption du semestre et affiche sa volonté de préserver la réputation de l’institution.
