Impact immédiat sur Radio Congo
Les sirènes ont retenti peu après 23 h 30, lorsque les premiers crépitements ont percé le silence du centre-ville de Pointe-Noire. En l’espace de minutes, une aile entière de Radio Congo s’est embrasée, arrachant aux ondes une voix régionale vieille de quarante-six ans.
Le bilan humain reste heureusement nul, mais les locaux éditoriaux, la salle de production et le groupe électrogène de secours ont subi des dégâts sévères. Au matin, le studio principal n’offrait plus qu’un décor noirci d’appareils fondus et de chaises calcinées.
Intervention des secours à Pointe-Noire
Quatre camions d’intervention du corps départemental des sapeurs-pompiers ont convergé vers la parcelle, guidés par la lueur orange visible jusqu’au port autonome. Les soldats du feu ont mis près de deux heures à circonscrire l’incendie, gênés par des projections d’aérosols encore sous pression.
« Nous avons dû adopter un refroidissement progressif, sinon le risque d’explosion restait élevé », explique un lieutenant, visage couvert de suie. Les réserves d’insecticides stockées par Sun Deep, dans l’entrepôt adjacent, contenaient des solvants capables d’alimenter un brasier durable.
Pillages opportunistes après les flammes
À la faveur de la fumée, des silhouettes ont franchi la grille arrière de la station. Quelques minutes plus tard, les premiers écrans d’ordinateur disparaissaient dans la nuit. Témoins et agents de sécurité évoquent un pillage éclair, mené par des inconnus profitant du chaos ambiant.
Les bureaux du directeur et du rédacteur en chef, situés au rez-de-chaussée, ont été forcés. Dossiers administratifs renversés, disques durs arrachés, consoles audio emportées ; au total, la radio estime la perte de matériel technique à plus de 60 millions de francs CFA.
Autorités et première remontée d’informations
Sitôt informé, le préfet Alexandre Honoré Paka a dépêché dans la nuit une équipe de son cabinet pour constater l’ampleur du sinistre et renforcer la sécurité du périmètre. Des patrouilles mixtes police-gendarmerie sécurisent depuis l’aube les accès à l’immeuble et aux stocks résiduels.
Le ministère de la Communication a salué, dans un communiqué matinal, « la promptitude des forces de secours » et a promis un appui technique pour restaurer l’antenne. Une cellule de crise a été activée afin d’évaluer les besoins et de maintenir un service minimum sur les ondes.
Un média régional stratégique
Créée en 1977, la station régionale de Radio Congo dessert plus d’un million d’auditeurs sur le littoral. De la couverture des opérations pétrolières à la diffusion des matches de l’As Otohô, elle constitue un lien quotidien entre les communautés urbaines et les villages riverains de la Nationale 1.
Selon Armand Imbouala, président de l’Union des professionnels de la presse écrite et audiovisuelle du Kouilou, « la perte temporaire de ce relais risque de creuser le déficit d’information locale, notamment sur la prévention des épidémies et la sécurité maritime ».
Gestion des stocks chimiques en question
L’incendie remet sous les projecteurs la question de l’entreposage de substances chimiques en zone dense. Malgré les normes édictées par le décret de 2018 sur les installations classées, de nombreux opérateurs continuent à stocker insecticides, solvants et carburants à proximité d’habitations, faute de zones industrielles périphériques.
Pour le chimiste Lucien Mabiala, enseignant à l’Université Marien-Ngouabi, « la combustion d’aérosols libère des composés organiques volatils dangereux. La coordination entre municipalité, protection civile et entreprises doit être systématique afin de cartographier les seuils de risque et imposer des plans d’évacuation clairs ».
À retenir
À retenir, d’abord : aucune victime, grâce à une veille nocturne bien coordonnée. Ensuite : un patrimoine médiatique endommagé, mais sauvable. Enfin : l’alerte révèle les failles d’une logistique chimique encore sous-réglementée au cœur de la capitale économique.
Le coût provisoire des dommages est évalué à 150 millions de francs CFA, selon la DRH de Radio Congo. L’établissement table sur un retour progressif à l’antenne sous quinze jours, en s’appuyant sur des partenariats publics-privés pour la réhabilitation du parc technique.
Le point juridique/éco
Sur le plan pénal, l’enquête ouverte par le parquet de Pointe-Noire s’appuie sur les articles 392 et suivants du Code pénal relatifs à la destruction de biens publics et au pillage aggravé. Les peines encourues pourraient aller jusqu’à vingt ans de réclusion, assorties d’amendes substantielles.
Côté assurances, la SNPC, maison-mère de Radio Congo, dispose d’une police incendie couvrant les installations régionales. Toutefois, les clauses d’exclusion pour émeutes ou vandalisme pourraient retarder les indemnisations, obligeant l’État à avancer les fonds nécessaires à la continuité du service public.
Perspectives pour la relance de l’antenne
Dès cette semaine, une équipe d’ingénieurs du ministère prévoit de réacheminer le signal vers une station mobile installée au quartier Loandjili. Objectif : préserver les programmes éducatifs, très suivis par les lycéens en période d’examens, et rassurer un public déjà confronté aux rumeurs en ligne.
À plus long terme, le chantier de reconstruction sera l’occasion d’intégrer des normes acoustiques et anti-incendie de dernière génération. Radio Congo espère ainsi transformer la crise en tremplin technologique, et renforcer la confiance d’auditeurs toujours plus exigeants sur la fiabilité de leurs sources.
