Une campagne rose et bleue relancée
Sous les lustres du Radisson Blu, le professeur Jean-Rosaire Ibrara a donné, le 2 octobre 2025, le coup d’envoi national d’« Octobre rose » et « Novembre bleu ». L’événement, très suivi par la presse, a rassemblé médecins, décideurs publics et associations citoyennes.
Le thème choisi, « Tous unis contre le cancer », souligne l’ambition de fédérer chaque segment de la société autour d’une urgence de santé publique devenue mondiale. La cérémonie s’est voulue à la fois solennelle et orientée vers l’action immédiate.
Le poids du cancer du sein au Congo
Chaque année, près de 5 000 Congolaises apprennent qu’elles sont atteintes d’un cancer du sein. Ce chiffre, qui représente environ un tiers des tumeurs féminines, interpelle les autorités sanitaires sur l’ampleur silencieuse du mal.
Le diagnostic tardif reste le talon d’Achille. « Plus de la moitié des patientes arrivent à un stade avancé », confie un chirurgien du Centre hospitalier universitaire. Le gouvernement veut inverser cette courbe grâce à des examens gratuits et une décentralisation des mammographes.
Chez les hommes, la prostate concentre l’inquiétude. Les urologues rapportent une progression régulière des cas, souvent détectés trop tard. D’où l’intérêt d’un mois bleu axé sur la pédagogie et l’abandon des tabous entourant les consultations masculines.
Sept axes stratégiques contre la maladie
Le ministère a décliné un plan en sept piliers. Le premier mise sur une sensibilisation de proximité, portée par les leaders communautaires, les responsables religieux et les médias locaux, afin de briser la peur du dépistage.
Vient ensuite la gratuité temporaire des consultations et des campagnes mobiles de diagnostic. « Nous réussirons si le test vient vers la population, non l’inverse », insiste le professeur Ibrara. Les hôpitaux de Pointe-Noire, Dolisie et Ouesso recevront du matériel flambant neuf.
Troisième pilier : une prise en charge globale, incluant la chirurgie, la chimiothérapie et le suivi psychologique. Les soignants bénéficieront, grâce au quatrième axe, de sessions de formation en partenariat avec la Société congolaise de pathologie et la Société d’urologie du Congo.
La recherche constitue le cinquième volet : registres épidémiologiques et essais cliniques permettront d’adapter les protocoles aux réalités locales. Le sixième axe mise sur la solidarité financière et sociale, via des associations de survivantes et des mutuelles d’entraide. Enfin, la coordination départementale doit garantir une gouvernance partagée jusqu’au dernier dispensaire.
Partenariat OMS et acteurs locaux
Le nouveau directeur régional de l’OMS, le professeur Mohamed Yakub Janabi, a salué « l’engagement constant et exemplaire » des autorités congolaises. L’organisation promet un accompagnement technique pour étendre le dépistage et réduire les coûts des molécules anticancéreuses.
Des ONG, des fondations pétrolières et la diaspora médicale apportent également leur expertise. Cette synergie public-privé vise à moderniser le plateau technique sans grever le budget de l’État, déjà mis à contribution par d’autres priorités sanitaires.
À retenir
Le ruban rose comme le ruban bleu deviennent, cette année, les emblèmes visibles d’un plan triennal. Objectif : augmenter de 40 % le dépistage précoce d’ici 2028 et réduire la mortalité spécifique de 15 %.
Un combat qui dépasse deux mois
Le professeur Janabi rappelle que « l’ennemi n’hiberne pas en décembre ». La continuité des soins et l’éducation permanente figurent au centre du nouveau référentiel national qui sera soumis au Conseil des ministres avant la fin de l’année.
À long terme, les décideurs espèrent ancrer les examens de routine dans les habitudes, comme la consultation prénatale ou le vaccin infantile. Les mutuelles santé encouragent leurs adhérents à profiter des rendez-vous gratuits pour inscrire le dépistage dans le calendrier familial.
Le ministre Ibrara conclut, optimiste : « Chaque vie sauvée sera notre plus belle victoire collective ». Derrière la formule, un constat se dessine : la lutte contre le cancer s’organise, gagne en moyens et en visibilité, portée par un État qui entend protéger durablement ses citoyens.
Le point santé publique
Selon la Banque mondiale, le coût direct et indirect des cancers pourrait atteindre 1 % du PIB national d’ici cinq ans si rien n’est fait. En investissant dès maintenant, Brazzaville table sur un rendement sociétal fort : plus de productivité, moins de dépenses hospitalières et une meilleure qualité de vie.
