Assainissement et résilience locale
La petite ville d’Odziba, blottie entre la Lefini et la savane arborée, vient de devenir le théâtre d’un programme d’assainissement à haute intensité de main-d’œuvre, plus connu sous l’acronyme HIMO, qui ambitionne de marier protection environnementale et cohésion sociale.
Porté par l’ONG Niosi en partenariat avec le Programme alimentaire mondial, le projet s’inscrit dans la sous-composante 6 du programme Pro-climat financé par la Banque mondiale, un cadre stratégique qui entend renforcer la résilience des communautés face aux vulnérabilités multiples.
HIMO, un modèle d’emploi communautaire
Le dispositif HIMO repose sur une idée simple : mobiliser la main-d’œuvre locale pour des travaux publics à forte densité de travailleurs, permettant de créer immédiatement des revenus temporaires, notamment pour les jeunes et les femmes, franges souvent sous-représentées dans l’économie formelle.
Ce schéma d’intervention, inspiré de pratiques africaines et asiatiques, privilégie les matériaux disponibles in situ et réduit l’empreinte carbone du chantier, tout en générant un sentiment d’appropriation qui, selon plusieurs sociologues congolais, constitue un facteur crucial de pérennisation des infrastructures.
Synergies institutionnelles et financement international
L’apport financier de la Banque mondiale, conjugué au suivi technique du PAM et à l’accompagnement de la préfecture de Djoué-Léfini, illustre la logique de co-construction voulue par Brazzaville dans ses politiques publiques de lutte contre la pauvreté.
« Les travaux que nous lançons aujourd’hui concrétisent la volonté du Gouvernement d’améliorer les conditions de vie », a rappelé le préfet Léonidas Carel Mottom Mamoni lors de la cérémonie de lancement, soulignant la dimension à la fois sociale, environnementale et économique de l’initiative.
Dimension sociologique du chantier
Au-delà de la rémunération, les promoteurs misent sur le capital social généré par la coopération entre habitants, administration et partenaires extérieurs ; un capital qui peut renforcer la confiance institutionnelle, souvent érodée dans les zones rurales par la marginalité géographique.
Le recours à des comités villageois pour identifier les secteurs prioritaires – places publiques, marchés, axes de drainage – répond à la théorie de la planification participative développée par Robert Chambers, où la prise de décision locale augmente l’efficacité et l’équité des investissements.
Impacts attendus sur la santé publique
Selon une étude de la Direction générale de la santé, les maladies hydriques représentent encore 18 % des consultations dans le Djoué-Léfini ; la création de rigoles et la collecte structurée des déchets devraient, d’ici deux saisons, réduire de moitié l’incidence des diarrhées infantiles.
Les praticiens locaux estiment aussi que la diminution des dépotoirs sauvages aura un effet positif sur la densité des moustiques, donc sur la prévalence du paludisme, première cause d’absentéisme scolaire dans la région.
En parallèle, le Centre hospitalier d’Odziba prévoit de corréler ses registres d’admission avec l’évolution des travaux afin de produire des indicateurs de santé publique « en temps quasi réel », une première au niveau départemental qui pourrait inspirer la surveillance épidémiologique dans le reste du pays.
Un levier contre les effets climatiques
En ciblant les zones inondables proches des affluents de la Lefini, HIMO s’inscrit également dans l’adaptation aux dérèglements climatiques, l’érosion des berges ayant gagné plus de cinquante mètres au cours de la dernière décennie selon l’Institut géographique national.
Les fossés de drainage construits manuellement limitent le ruissellement brutal, tandis que la plantation d’essences autochtones – acacias, limbas, safoutiers – favorise le stockage carbone et renforce la biodiversité utile à l’agriculture familiale, encore dominante dans le district.
Des étudiants de l’Université Marien Ngouabi mèneront des relevés de biomasse pour chiffrer le carbone séquestré par les nouvelles plantations. Ces données serviront à alimenter la contribution déterminée au niveau national, renforçant l’accès futur à des financements climat basés sur la performance.
Voix locales et retour d’expérience
Assise devant sa maison en pisé, Thérèse Ngouabi, mère de trois enfants, confie que le salaire journalier de 4 000 francs CFA perçu sur le chantier lui permettra de financer les frais de rentrée scolaire : « Nous sentons que notre travail a une utilité collective ».
Pour le chef de projet Benjamin Kiabambou, l’étape cruciale sera l’évaluation participative prévue six mois après la livraison ; un processus d’apprentissage collectif qui, insiste-t-il, « aidera à ajuster la méthode avant la réplication dans le Pool ».
Perspectives pour la gouvernance territoriale
En filigrane, HIMO nourrit le débat sur la décentralisation fonctionnelle : l’État conserve la maîtrise d’ouvrage stratégique, mais délègue la mise en œuvre aux acteurs de proximité, ouvrant la voie à un nouveau pacte de gouvernance territoriale reposant sur la subsidiarité.
La plateforme numérique de suivi, co-développée avec l’Agence nationale de l’informatique, permettra d’afficher publiquement l’avancement des tâches, les fonds déboursés et le nombre d’emplois créés, renforçant la reddition de comptes et constituant un exercice pratique de transparence administrative attendu par les partenaires techniques.
Si l’évaluation ex post confirme les résultats escomptés, l’initiative pourrait devenir un référentiel pour d’autres départements, montrant que le capital humain est la première ressource disponible pour transformer les territoires, condition d’une croissance inclusive chère aux partenaires internationaux.
