Un rendez-vous mondial des pragmatiques africains
Le Palais des Congrès de Paris accueillera, du 24 au 25 novembre, la troisième édition de la Semaine l’Afrique des solutions. Conçu comme un catalyseur d’initiatives, le forum mise sur des projets concrets capables d’améliorer, dès maintenant, la vie quotidienne de millions d’Africains.
Parmi les orateurs retenus, le financier congolais Hervé Assah portera la voix de Brazzaville. Il détaillera les atouts agricoles, énergétiques et logistiques du Congo, dans l’espoir d’attirer des investisseurs responsables tout en valorisant la coopération Sud-Sud et les partenariats euro-africains.
Hervé Assah, trajectoire d’un stratège congolais
Formé aux meilleures écoles d’ingénierie financière, Assah s’est imposé comme interlocuteur clé des États africains auprès des marchés de capitaux. Ses conférences, prisées par les dirigeants et la diaspora, soulignent l’urgence de catalyser l’épargne africaine vers des projets productifs à forte valeur ajoutée.
Ses passages à la Banque mondiale, à BNP Paribas, puis chez Bankers Trust lui ont permis de naviguer entre financements innovants et politiques publiques. Chaque étape nourrit une conviction : sans infrastructures modernes ni gouvernance transparente, la promesse africaine demeurera une anticipation plutôt qu’une réalité.
En 2024, il rejoint le cabinet du président Denis Sassou Nguesso en qualité de conseiller spécial chargé des finances, de l’économie et de l’intégration régionale. Ce retour au service public traduit sa volonté d’aligner les stratégies nationales sur les impératifs de transformation continentale.
Des institutions financières à la présidence
Le nouveau conseiller supervise aussi la Société nationale d’assurance et de réassurance du Congo et siège à la Banque postale du Congo. Ces positions l’exposent aux attentes des ménages, des PME et des autorités, qu’il tente d’harmoniser autour d’un même horizon de crédibilité financière.
Pour l’événement parisien, Assah promet un portefeuille de projets bancables : modernisation des ports fluviaux, cluster bois-énergie durable, zones agro-industrielles autour de Ouesso et Oyo. L’accent mis sur la logistique régionale répond à l’ambition de faire du Congo un nœud stratégique entre Atlantique et CEMAC.
Paris, vitrine des opportunités congolaises
La capitale française devrait, selon les organisateurs, accueillir plus d’un millier de décideurs, d’entrepreneurs et de chercheurs. L’objectif déclaré est de passer de la parole à l’action en clôturant chaque table ronde par un engagement chiffré, validé par un comité de suivi indépendant.
Grâce à la présence de plateformes de financement participatif et d’agences de notation panafricaines, les start-ups congolaises espèrent sécuriser des « tickets » compris entre 100 000 et 5 millions d’euros. La priorité est donnée aux entrepreneurs verts et aux services numériques inclusifs.
Innovation et impact social au cœur des débats
Au-delà des capitaux, le forum veut stimuler un changement narratif. « Passer du diagnostic au prototype », insiste la fondatrice, la journaliste française d’origine ivoirienne Denise Epoté. Son credo rejoint celui d’Assah : raconter une Afrique de la solution plutôt que celle du besoin.
Le livre « Lumineuse » d’Assah s’inscrit dans cette veine. L’auteur y réhabilite la contribution afro-descendante aux Amériques et propose des mécanismes fiscaux pour rémunérer l’expertise locale dans les chaînes de valeur mondiales, créant ainsi un cercle vertueux entre mémoire, dignité et prospérité.
Le point éco : diversification et intégration régionale
À Brazzaville, les milieux d’affaires suivent de près les annonces attendues. Le ministère de l’Économie mise sur une croissance hors pétrole de 5 % à horizon 2026, grâce notamment au numérique et à l’agro-transformation, deux filières que la Semaine des solutions entend présenter comme sûres et rentables.
Sur le plan régional, l’intégration des infrastructures de paiement de la CEMAC avance. Les responsables de la BEAC profiteront du forum pour expliciter le calendrier d’interopérabilité, facteur clé afin que les PME congolaises vendent plus facilement au Cameroun, au Gabon ou en Centrafrique.
À retenir
À retenir : l’événement parisien devrait servir de vitrine aux réformes déjà engagées au Congo pour fluidifier le climat des affaires, réduire les délais portuaires et digitaliser l’administration fiscale. Les investisseurs auront ainsi un panorama concret des avancées institutionnelles et des marges d’amélioration encore ouvertes.
Perspectives et ambitions
Hervé Assah, optimiste, estime que « l’heure de l’Afrique de la résolution vient de sonner ». Il veut voir émerger un pacte tripartite entre pouvoirs publics, capitaux privés et société civile afin de mutualiser risques et bénéfices, condition, selon lui, d’une croissance inclusive durable.
Les conclusions qui sortiront de Paris nourriront, dès décembre, le plan national de développement 2025-2029. Le gouvernement congolais espère ainsi consolider sa feuille de route et convaincre, preuve à l’appui, qu’une stratégie ordonnée peut convertir les richesses naturelles en prospérité partagée.
Cadre juridique et diaspora mobilisée
Sur le versant réglementaire, Brazzaville vient d’adopter une loi incitative sur les partenariats public-privé, alignée sur les standards OHADA. Les juristes saluent un cadre plus lisible, qui limite le risque de change et sécurise l’arbitrage, deux conditions sine qua non pour les bailleurs internationaux.
De leur côté, les diasporas congolaises d’Europe ont promis de mobiliser un fonds de garantie solidaire pour les start-ups locales. Cet outil, annoncé à hauteur de 20 millions d’euros, devrait abaisser le coût du crédit et créer un effet de levier auprès des banques commerciales.
