Brazzaville : une note de position qui fait réagir
Jeudi 15 janvier 2026, à Brazzaville, la Capged, consortium de cinq associations actives sur la gouvernance démocratique et l’État de droit, a rendu publique une note de position. Le texte intervient après des propos attribués au directeur général de la sécurité présidentielle, le général Serge Oboa, diffusés dans les médias et sur les réseaux sociaux.
La note est signée par Nina Cintia Kiyindou Yombo (OCDH), Roch Euloge Nzobo (CDHD), Maixent Agnimbat Eméka (FGDH), Bertrand Menier Kounanga (Mouvement Ras-le-Bol) et Blanchard Cherotti Mavoungou (ARPA2DH). Les auteurs disent dénoncer des « menaces, intimidations » et une « usurpation » de prérogatives relevant, selon eux, d’autorités civiles et judiciaires.
Libertés publiques et calendrier électoral au cœur du sujet
Dans sa formulation, la Capged indique être préoccupée par des propos dans lesquels le DGSP s’« autorise » à interdire l’exercice du droit de manifestation et de la liberté d’expression. Le consortium situe cette controverse à l’approche de l’élection présidentielle annoncée pour le 22 mars 2026, période traditionnellement marquée par une forte demande d’expression politique.
Selon la note, il aurait été affirmé que tout contrevenant à cette injonction serait « sévèrement réprimé » par des unités de la DGSP. La Capged y voit un risque de crispation du climat public et un élément susceptible d’alimenter la peur. Dans le même temps, elle insiste sur la nécessité de préserver l’ordre public dans un cadre légal clair.
L’opération “Bébés noirs” replacée dans le contexte sécuritaire
Le document mentionne l’opération dite de lutte contre le grand banditisme “Bébés noirs”. Le consortium estime que ce contexte, qu’il décrit comme « fragilisé », rend d’autant plus sensibles les déclarations de responsables sécuritaires. La Capged évoque des pratiques qu’elle qualifie de brutales et des atteintes graves aux droits humains, telles qu’elle les présente dans sa note.
Sur le fond, le texte fait le lien entre la demande de sécurité, forte dans une capitale exposée à des inquiétudes de délinquance, et la préservation des libertés. Pour la Capged, la réponse sécuritaire doit rester compatible avec les principes républicains, la Constitution et les engagements internationaux, afin de maintenir la confiance entre citoyens et institutions.
Le rappel de l’article 205 de la Constitution de 2015
La Capged souligne que manifester sur la voie publique est un droit et affirme que la force publique a, selon elle, l’obligation d’accompagner les manifestants pour prévenir les troubles. Le consortium renvoie explicitement à l’article 205 de la Constitution du 25 octobre 2015, qu’il cite comme socle de l’apolitisme de la force publique.
L’article 205, tel que repris, dispose notamment que la force publique est « apolitique », « soumise aux lois et règlements » et « subordonnée à l’autorité civile ». La Capged s’appuie sur cette référence pour demander que les prises de parole et les actions des structures de sécurité soient strictement encadrées par la loi.
Engagements internationaux : le Pacte relatif aux droits civils et politiques
Le consortium affirme également que les propos incriminés heurtent l’esprit d’instruments internationaux ratifiés par la République du Congo, en citant le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. La note insiste sur la liberté d’expression, la participation politique et la protection contre la peur et la répression, présentées comme des garanties fondamentales.
La Capged rappelle, en outre, la notion d’obligation de réserve pour une haute autorité militaire, en particulier dans une période où la compétition politique peut intensifier les tensions verbales. Dans le texte, ce rappel vise à éviter toute confusion entre missions de protection institutionnelle et débat électoral, et à préserver l’impartialité perçue.
Recommandations : apaisement, légalité, responsabilité partagée
La note adresse plusieurs recommandations, notamment au Président de la République, invité à rappeler aux forces de sécurité leur rôle républicain, apolitique et protecteur des citoyens. Le consortium s’adresse aussi au ministre de l’Intérieur, à qui il demande de garantir des conditions propices à une élection « libre » et « apaisée » dans le respect des droits et libertés.
Le document interpelle des partenaires au développement, afin qu’ils demandent le respect des engagements internationaux relatifs à la gouvernance électorale. Il appelle également les autorités civiles et militaires à la retenue et au respect des principes de l’État de droit. Enfin, il encourage les organisations de la société civile à dénoncer les propos perçus comme intimidants.
À retenir : ce que dit vraiment la Capged
La Capged rend publique une note de position datée du 15 janvier 2026 à Brazzaville à propos de déclarations attribuées au DGSP, le général Serge Oboa. Elle relie la séquence au climat de la présidentielle du 22 mars 2026 et évoque, en arrière-plan, les débats autour de l’opération “Bébés noirs”.
Le consortium structure son argumentaire autour de l’article 205 de la Constitution du 25 octobre 2015 et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Il formule enfin une série de recommandations adressées aux autorités nationales, aux partenaires au développement et à la société civile, dans l’objectif affiché de préserver un espace civique apaisé.
Le point juridique : compétences, réserve, force publique
La note s’appuie sur un principe : la force publique, présentée comme apolitique, est subordonnée à l’autorité civile et encadrée par les lois et règlements, selon l’article 205 cité. La Capged en déduit que toute restriction des libertés publiques doit s’inscrire dans un cadre légal et institutionnel identifié, afin d’éviter les interprétations concurrentes.
Le texte mobilise aussi l’idée d’obligation de réserve, attachée à la fonction de haute autorité militaire. Pour la Capged, cette réserve participe à la crédibilité des institutions de sécurité, surtout en période électorale. L’enjeu, tel qu’énoncé, consiste à concilier prévention des troubles et respect des droits.
Dernier mot : une séquence à suivre avant le 22 mars
Au-delà de la controverse, l’épisode illustre un point de vigilance classique des périodes électorales : la gestion du maintien de l’ordre et de la parole publique. Pour les institutions, l’enjeu est de préserver un cadre apaisé, lisible et conforme aux textes, afin que la compétition politique se déroule sans surenchère inutile.
La Capged indique que sa note de position est disponible en PDF et en lecture vidéo sur YouTube. Ce choix de diffusion large traduit une volonté de mettre le débat à la portée du public, tout en appelant, selon ses termes, à une responsabilisation collective autour des règles de droit et du climat civique.
