Riyad accueille la 21e conférence de l’Onudi
Sous les coupoles étincelantes du King Abdulaziz International Conference Center de Riyad, le Congo affiche cette semaine son ambition d’entrer de plain-pied dans la quatrième révolution industrielle. La délégation conduite par le ministre Antoine Thomas Nicéphore Fylla Saint-Eudes participe à la 21e Conférence générale de l’Onudi.
Jusqu’au 27 novembre, quelque cent cinquante États membres, organisations financières et géants technologiques scrutent la promesse contenue dans le thème : « Le pouvoir de l’investissement et des partenariats pour accélérer la réalisation des ODD ». Pour Brazzaville, le rendez-vous représente bien plus qu’un exercice diplomatique mais une tribune stratégique de visibilité internationale inédite.
Mandaté par le président Denis Sassou Nguesso, le ministre a reçu mission d’avancer sur plusieurs protocoles d’accord avec l’agence onusienne et ses bailleurs partenaires. L’objectif est clair : arrimer le Plan national de développement 2022-2026 à des financements et à des technologies éprouvées.
La stratégie industrielle congolaise en vitrine
Lors d’un panel consacré aux chaînes de valeur africaines, Fylla Saint-Eudes a rappelé que la richesse forestière, les gisements miniers et le potentiel agro-industriel du Congo ne seront créateurs d’emplois que si la transformation des matières premières s’effectue localement, dans des zones économiques clairement balisées.
« Nous voulons passer d’une économie d’extraction à une économie de connaissance », a-t-il martelé, soulignant la montée en puissance de la zone économique spéciale de Pointe-Noire, des incubateurs de Brazzaville et du futur parc technologique d’Oyo. Ces chantiers doivent absorber une jeunesse dont 60 % a moins de 25 ans.
Le discours a retenu l’attention de la directrice générale de l’Onudi, Gerd Müller, qui a noté la « cohérence » entre objectifs congolais et Agenda 2030. Des discussions porteront sur la mise à jour du Programme cadre de partenariat pays, signé en 2014 et aujourd’hui presque exécuté.
Des projets structurants pour diversifier l’économie
Le ministre a détaillé trois projets phares soumis à la table des bailleurs. D’abord, la raffinerie modulable de Pointe-Indienne, conçue pour réduire de 70 % les importations de carburants. Ensuite, une usine de panneaux en bois lamellé pour valoriser les essences locales moins prisées sur les marchés traditionnels internationaux.
Enfin, un corridor agro-logistique Nord-Sud, arrimé au chemin de fer, doit fluidifier l’acheminement des céréales et du manioc vers les centres urbains. Selon le ministère de l’Économie, ces trois infrastructures pourraient, à pleine capacité, ajouter 2,3 points de PIB et créer 25 000 emplois directs dès leur mise.
La Société nationale pétrolière du Congo s’est engagée à fournir le capital-amorçage pour la raffinerie, tandis qu’un consortium saoudien étudie une participation majoritaire. Pour le bois et le corridor, les autorités comptent sur le mécanisme onusien d’industrialisation inclusive, combinant prêts concessionnels et garanties d’investissement à long terme.
Investisseurs du Golfe et transferts de technologie
À Riyad, l’intérêt des fonds souverains du Golfe pour l’Afrique centrale se concrétise. Public Investment Fund, Saudi Exim Bank et Abu Dhabi Development Holding ont organisé des sessions B2B où la délégation congolaise a présenté un pipeline de treize projets évalués à 4,7 milliards de dollars américains.
Selon un négociateur sous couvert d’anonymat, les partenaires du Golfe attendent du Congo qu’il renforce la protection juridique des investissements avant de signer. L’adoption prochaine du nouveau Code des zones économiques spéciales, déjà approuvée en conseil des ministres, répond précisément à cette demande de prévisibilité et de confiance.
Outre le capital, les autorités recherchent l’appui technique des conglomérats saoudiens pour moderniser la formation professionnelle. Un protocole d’entente avec l’université du roi Saoud prévoit l’envoi de cent apprentis congolais dans les filières robotique et maintenance industrielle, dès la rentrée académique 2025-2026, afin d’enrichir le tissu local.
Regards d’experts : quelles attentes concrètes ?
Pour l’économiste Serge Jules Ouamba, présent à Riyad, la valeur du sommet réside dans la crédibilité qu’apporte l’Onudi aux projets. « Le tampon onusien rassure des investisseurs qui craignent encore le risque pays », estime-t-il, plaidant pour une priorisation claire des chantiers annoncés afin d’éviter l’éparpillement des ressources.
La chercheuse Pauline Ngatsé, spécialiste de politique industrielle, relève cependant que la transformation locale exige un marché régional solide. Elle salue la relance récente de la Zone de libre-échange continentale africaine et encourage Brazzaville à activer ses corridors fluviaux pour connecter Kinshasa, Bangui et Douala aux futures industries.
Le gouvernement, lui, voit dans la conférence un laboratoire de diplomatie économique. Dans un point presse, le ministre a évoqué la création prochaine d’une task-force interministérielle chargée de suivre les engagements pris à Riyad et de les intégrer aux budgets programme dès 2026 pour assurer leur exécution.
À Riyad, le pavillon congolais arbore un slogan simple : « Transformer local, partager global ». Derrière la formule, la délégation espère nouer les alliances qui permettront à l’industrie nationale de franchir un cap. Les promesses sont là ; leur concrétisation passera par une gouvernance rigoureuse et transparente au bénéfice des citoyens.
De retour à Brazzaville, la task-force prévoit de tenir, dès décembre, une table ronde avec le patronat afin d’aligner les priorités sectorielles et calendriers d’exécution nationaux.
