Cap sur l’industrialisation inclusive
La 21ᵉ session de la Conférence générale de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel s’est achevée à Riyad sur une note ambitieuse : la mise en orbite de la “Déclaration de Riyad”, pivot d’une industrialisation mondiale plus inclusive et résolument durable.
Pour Brazzaville, le texte représente un jalon essentiel dans l’exécution de la stratégie nationale d’industrialisation, articulée autour de la valorisation des ressources naturelles et de la diversification de l’économie hors pétrole, priorité réaffirmée par le gouvernement lors du récent Conseil des ministres.
Une feuille de route mondiale validée à Riyad
Adoptée par consensus le 27 novembre, la Déclaration fixe une série d’orientations, de la création d’un Pôle international d’industrialisation durable à l’accélération de la transition énergétique, en passant par la promotion de la révolution numérique et de l’intelligence artificielle dans les chaînes de valeur.
Le directeur général de l’Onudi, Gerd Müller, a salué une « boussole collective pour construire des emplois de qualité et réduire la pauvreté », soulignant que l’industrie demeure le moteur le plus sûr pour atteindre les Objectifs de développement durable d’ici 2030.
La quatrième décennie du développement industriel africain
La Déclaration lance officiellement la quatrième décennie du développement industriel de l’Afrique, invitant bailleurs, institutions régionales et secteur privé à intensifier leur appui technique et financier, afin de consolider les avancées engrangées depuis le lancement de la première décennie en 1980.
Pour le Congo et l’ensemble de la CEMAC, l’alignement sur cette dynamique ouvre la voie à une meilleure intégration industrielle sous-régionale, condition essentielle pour peser davantage sur les marchés continentaux, notamment ceux créés par la Zone de libre-échange africaine.
Des opportunités ciblées pour le Congo
Selon le ministère en charge du Développement industriel, le Pôle international proposé pourrait faciliter l’accès des entreprises congolaises aux technologies de pointe et aux investisseurs susceptibles de soutenir la transformation locale du bois, de la potasse ou encore du fer de Nabemba.
La Déclaration encourage également l’agro-industrie, un segment déjà prioritaire dans le Plan national de développement 2022-2026, qui veut accroître la production rizicole de l’Alima et relancer la filière cacao dans le Mayombe pour réduire la dépendance alimentaire.
À retenir
Trois messages dominent : la place centrale de l’énergie propre, le recours aux outils numériques pour sauter des étapes de modernisation et l’impératif de chaînes de valeur inclusives intégrant les femmes et les jeunes, un vivier qui représente près de 65 % de la population congolaise.
Le point économique
Si la matérialisation des ambitions passe par des capitaux, la Déclaration rappelle la nécessité de partenariats innovants, combinant financements concessionnels, garanties publiques et investissements privés. Brazzaville a déjà mobilisé 50 millions de dollars auprès du Fonds saoudien pour le développement pour ses parcs industriels.
Le ministre des Finances, Rigobert Roger Andely, indique que chaque franc emprunté doit générer « au moins trois francs de valeur ajoutée locale », un ratio désormais inscrit dans la matrice d’évaluation des projets industriels soumis au nouveau Comité national de la dette.
Le rôle des partenariats et du numérique
La Déclaration promeut un triptyque Nord-Sud, Sud-Sud et public-privé. À Riyad, l’Agence congolaise pour la transition numérique a signé un protocole d’entente avec un consortium émirati pour déployer des plates-formes industrielles basées sur l’Internet des objets dans les zones économiques spéciales.
Ces solutions doivent améliorer la traçabilité des marchandises, réduire les coûts logistiques et fournir, en temps réel, des données de production aux services fiscaux, augmentant ainsi les recettes non pétrolières, objectif au cœur du programme conclu avec le Fonds monétaire international.
Transition énergétique et chaînes de valeur
Accroître l’accès à l’électricité reste un préalable. Le barrage de Liouesso, modernisé avec l’appui de la Chine, affiche désormais 28 MW ; l’État entend porter la capacité nationale à 2 000 MW d’ici 2035, notamment grâce au solaire, dont le potentiel est estimé à 5 kWh/m²/jour.
L’Onudi encourage parallèlement la montée en gamme des exportations. Dans le bois, la transformation in situ devrait passer de 35 % à 70 % en 2026. Une enveloppe de 20 millions d’euros de l’Union européenne est en cours de négociation pour renforcer la certification forestière.
Vers un leadership industriel inclusif
La Déclaration consacre enfin l’importance du genre. L’Onudi a invité Brazzaville à proposer, dès 2024, un programme pilote de mentorat destiné à 200 entrepreneures industrielles. « Un capital humain féminin fort est notre meilleure garantie de compétitivité », a résumé la ministre en charge de la Promotion des femmes.
Les universités Marien-Ngouabi et Denis-Sassou-Nguesso d’Oyo planchent sur un master commun en ingénierie de la maintenance industrielle, avec l’appui de l’Agence française de développement. L’objectif est de former, chaque année, 120 ingénieurs capables de piloter les lignes automatisées attendues dans les futures usines.
En conjuguant ces leviers — énergie, numérique, capital humain et financement —, le Congo se positionne pour transformer l’élan de Riyad en résultats tangibles. Les premières missions techniques de l’Onudi sont attendues à Brazzaville au premier trimestre 2024 pour calibrer la feuille de route conjointe.
